Un adolescent faisant ses devoirs à la maison.
Un adolescent faisant ses devoirs à la maison. - CLOSON DENIS/ISOPIX/SIPA

Le serpent de mer de la suppression des devoirs à la maison refait surface. L’association de soutien scolaire ZupdeCo a lancé ce lundi un manifeste pour que les devoirs des collégiens soient faits sur le temps scolaire lors d’heures dédiées.

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Un avis partagé par de nombreux spécialistes de l’éducation qui considèrent que le travail à la maison accentue les inégalités scolaires, comme le soutient Claire Krepper, secrétaire nationale du SE-Unsa : « Le fossé se creuse entre les élèves qui bénéficient d’un appui de leur famille pour effectuer leurs devoirs et les autres se débrouillant seuls et ne parvenant pas toujours à mener à bien leur travail », explique-t-elle. Comme ZupdeCo, le syndicat d’enseignants est favorable à des séances de travail accompagnées par des profs, des assistants d’éducation ou des associations spécialisées en soutien scolaire. A l’inverse, Valérie Marty, présidente de la Peep, estime que « supprimer les devoirs à la maison ne résoudrait pas les inégalités. Car les parents des milieux favorisés continueraient quand même à faire travailler leurs enfants chez eux ».

L’intérêt pédagogique en question

Les détracteurs des devoirs estiment que le travail à la maison recèle un faible intérêt pédagogique, à l’instar d’Eunice Mangado-Lunetta, directrice des programmes de l’Afev (association qui vient en aide aux élèves en difficulté scolaire dans les quartiers populaires.) : « Si c’est pour faire de la répétition de cours, cela peut être fait à l’école. Et certains élèves sont trop en fragilité pour être autonomes dans leur travail à la maison », estime-t-elle. « Idem pour les exercices d’application, un élève en difficulté réussira mieux à le faire à l’école en bénéficiant des conseils d’un adulte ou de ses camarades, que seul chez lui », renchérit Claire Krepper.

D’ailleurs, selon elle, de plus en plus d’enseignants s’interrogeraient sur l’utilité du travail à la maison et auraient tendance à l’alléger beaucoup ces dernières années. Et avec la mise en œuvre de la réforme du collège, les élèves de 6e bénéficient de 3 heures d’accompagnement personnalisé, qui va leur permettre d’effectuer une bonne partie de leurs devoirs. « Ce qui prouve que cette réflexion sur la suppression des devoirs est bien en marche », souligne Claire Krepper.

« L"élève a besoin d’être face à lui-même »

Mais elle est loin de convaincre tout le monde. A contrario, les défenseurs des devoirs à la maison, estiment que le travail à la maison a des vertus pédagogiques indéniables : « l’élève a besoin d’être face à lui-même pour évaluer s’il a compris la leçon et pour la mémoriser. Il ne peut pas le faire dans une salle accueillant 30 élèves », soutient Valérie Marty. Même son de cloche chez la psychopédagogue Christine Henniqueau-Thioly : « L’enfant a besoin de réassurance, de consolider ce qu’il a appris, en revenant seul sur sa leçon », estime-t-elle.

Les devoirs à domicile permettent aussi selon elle, de « développer l’autonomie des collégiens », de leur apprendre à travailler régulièrement, voire même parfois à « retrouver le plaisir d’apprendre », à condition qu’ils ne soient pas trop lourds. « L’enfant peut aussi travailler à son rythme et faire une pause avant de se mettre au travail en rentrant de l’école. Alors que des heures d’études encadrées au collège auraient pour effet de rallonger encore son temps de présence au collège », souligne aussi la psychopédagogue.

De son côté, si elle n’approuve pas les devoirs classiques à la maison, Eunice Mangado-Lunetta estime que certains travaux sont tout de même plus facilement effectués en dehors de l’école : « c’est le cas par exemple des travaux de recherches pour un exposé ou de l’élaboration de projets de groupe », indique-t-elle.

Les parents « accros » aux devoirs

Les parents semblent aussi globalement convaincus de l’intérêt des devoirs comme le souligne Claire Krepper : « Ils ont des positions ambiguës sur le sujet. D’un côté, ils estiment que les devoirs pourrissent souvent leur vie de famille. Mais d’un autre, ils jugent les enseignants qui en donnent peu manquent d’exigence », souligne-t-elle.

Un attachement aux devoirs dont témoigne aussi Valérie Marty : « Ils représentent un moment de partage entre parents et enfants. Et il ne faut pas forcément avoir fait de hautes études pour faire réviser une leçon à son enfant », soutient-elle. « C’est important que l’école pénètre à la maison », estime également la psychopédagogue Christine Henniqueau-Thioly. « L’enfant peut ainsi montrer à ses parents ce qu’il apprend à l’école, ce qui serait moins facile en cas d’une internalisation des devoirs au collège », estime-t-elle. Ce que conteste Claire Krepper : « si les devoirs étaient internalisés au collège, on pourrait créer un cahier des apprentissages via lequel l’élève inscrirait en fin de journée, ce qu’il a appris au collège. L’occasion d’en discuter ensuite avec ses parents », suggère-t-elle.

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Chaque camp semble donc bien retranché derrière ses positions. Le seul consensus entre les défenseurs et les détracteurs des devoirs à la maison est qu’il est nécessaire de mieux inculquer aux collégiens une méthodologie de travail : « Il faut davantage les aider à repérer ce qu’il est essentiel à mémoriser dans une leçon et la manière de vérifier qu’ils l’ont bien assimilée », indique ainsi Claire Krepper. « Il faut les aider à identifier s’ils ont plus une mémoire visuelle ou auditive afin de leur permettre d’être plus efficaces », ajoute Valérie Marty. Des techniques de révision, qui au collège ou bien chez soi, seront aussi utiles !

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