Condamné pour incitation à commettre un attentat : «On se fend la poire sur Telegram»

JUSTICE Un jeune homme de 29 ans comparaissait ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Paris...

Florence Floux

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L'application de messagerie Telegram.

L'application de messagerie Telegram. — CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

« Je jouais un rôle pour rigoler. » Jusqu’au bout de son procès devant la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, ce vendredi, Youssef L. aura répété cette phrase telle un mantra. Cet homme de 29 ans, agent de sécurité en boîte de nuit à Montpellier (Hérault) a été condamné à quatre ans d’emprisonnement dont deux ans ferme pour consultation habituelle de sites à caractère djihadiste et incitation à commettre des attentats auprès de deux personnes sur la messagerie instantanée Telegram.

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En cause, les messages échangés au cours des derniers mois avec deux acolytes virtuels : Arthur, un jeune radicalisé désireux de partir faire le djihad et Sébastien, souffrant de problèmes psychiatriques. Ses explications, données avec un accent du Vaucluse – le prévenu est né à Orange — ont parfois fait rire les curieux qui remplissaient la salle d’audience. Jamais la présidente et ses deux assesseuses. « Je ne comprends pas ce qui est rigolo là-dedans ? » demande l’une d’entre elles. « C’était pour me moquer d’eux, c’étaient des perchés pour moi. Il voulait quitter la France pour aller en Syrie », explique Youssef.

Foot et sites porno sur Snapchat et djihadisme sur Telegram

Une fiche S, des études de téléphonie révélant des images de décapitation sur son portable, un abonnement à la chaîne Telegram Dawla médias, en référence à Daesh. Et des conversations dans lesquelles il invite Sébastien à « passer à l’acte demain, mercredi, y aura des gens dans la rue ». « C’était pour me moquer de lui, je savais que c’était un "fatigué". D’ailleurs, après je lui ai proposé de lui vendre une bombe atomique et de la lui remettre sous un pont, ou bien dans un commissariat, parce que c’est sécurisé », se justifie le jeune homme.

« Vous comprenez Monsieur L. que quand je vois l’usage que vous faites de Whatsapp, Snapchat et Viber, et celui que vous réservez à Telegram, où il est question de religion et de djihadisme, j’ai vraiment l’impression qu’on a deux personnes qui coexistent », s’enquiert la présidente. Un premier individu intéressé principalement par le football et les sites porno, et celui de Telegram. « C’est ce que je vous dis, je ne suis pas du tout comme ça dans la vraie vie », poursuit le prévenu, fidèle à son mantra.

« Une mauvaise plaisanterie qui a mal tourné »

A sa ligne de défense, le tribunal n’a cessé de répondre par l’ironie. « Vous jouez bien le rôle hein, vous êtes super crédible », lui lance une assesseuse. « Peut-être que finalement, ils étaient tous comme vous, ils jouaient tous un rôle pour rigoler. On se fend la poire sur Telegram », continue la magistrate. « J’ai plaisanté avec les mauvaises personnes », admet Youssef. Mauvais choix de mots. Le prévenu se fait reprendre : « En gros, si on résume tout ça, c’est une mauvaise plaisanterie qui a mal tourné », ironise l’assesseuse.

Le conseil du prévenu, Martin Méchin, qui plaidait la relaxe, a lui aussi décidé de filer la métaphore cinématographie, en comparant toute cette histoire au Dîner de cons. « Avec Arthur et Sébastien, Monsieur L. avait trouvé ses cons, comme Bernard Lhermitte avec Jacques Villeret. »

Cette fois-ci, la farce proposée n’a pas fait rire grand monde. Youssef L. a été placé sous mandat de dépôt. Pour Martin Méchin, la peine est « d’une sévérité qui se veut exemplaire » et est « inadaptée » pour un homme sans casier dont la sœur venait de lui trouver un travail qui débutait… au 1er octobre.