Elle a tant fait parlé d’elle, puis presque plus. La réforme des rythmes scolaires ? « On a l’impression que cela s’apaise », a déclaré Najat Vallaud-Belkacem, lors de sa conférence de presse de rentrée. Dans son discours à l’occasion de la rentrée scolaire, ce jeudi, François Hollande a également salué cette réforme « pleinement entrée dans les mœurs ».

Près de trois quarts des communes «satisfaites ou très satisfaites »

Mise en place dans la douleur à la rentrée 2013 et généralisée sur tout le territoire un an plus tard, cette réforme a été fortement décriée à la fois par les parents d’élèves, les enseignants et les maires à son démarrage. Mais aurait-elle donc fini par s’imposer ? « Ce n’est plus un sujet, même si les choses doivent être peaufinées ici ou là », estime ainsi Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa.

Pour preuve selon lui : l’immense majorité des communes a mis en place des activités périscolaires en fin d’après midi pour tous les élèves (seulement 6 % n’en proposent pas). Et selon le rapport de la sénatrice Françoise Cartron (PS), publié en mai, près de trois quarts des communes « se disent satisfaites ou très satisfaites » des nouvelles activités périscolaires proposées aux enfants

De grandes inégalités selon les communes

Mais tout est loin d’être idyllique pour autant. Car dans le projet de Vincent Peillon, l’idée était d’offrir via cette réforme des activités périscolaires gratuites, financées par les communes. Trois ans plus tard, l’idéal a laissé place à la réalité. Selon la Peep, la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public, plus de 30 % des communes vont demander une participation aux parents d’élèves pour financer les activités scolaires à cette rentrée ». « Mais il ne s’agit que de sommes symboliques », estime Christian Chevalier.

Autre inégalité créée par cette réforme : « dans certaines villes, les enfants bénéficient d’une offre d’activités périscolaire de qualité, alors que dans d’autres, il s’agit toujours de garderie améliorée », souligne Francette Popineau, secrétaire générale du SNuipp.

Les animateurs du périscolaire dénoncent aussi leurs conditions de travail, car ils encadrent, selon eux, un trop grand nombre d’enfants pour pouvoir faire un travail de qualité. Ils ont d’ailleurs prévu de faire grève le 5 septembre à ce sujet. 

Et alors que la semaine de quatre jours et demi de classe devait permettre aux enfants d’être moins fatigués, un rapport de l’inspection générale paru en juin s’interroge « sur l’alourdissement des semaines des enfants et parfois aussi sur l’accroissement de la complexité de leurs journées ».

La maternelle, gros point noir

Quant à l’effet de la demi-journée en plus de classe sur la qualité d’apprentissage des élèves, il n’est pas encore possible de la mesurer. « Il faut du temps pour l’évaluer, ce sera sans doute possible au milieu du quinquennat suivant », estime Christian Chevalier. Le rapport de l’inspection générale dénonce d’ailleurs l’absence d’indicateurs objectifs permettant d’évaluer l’impact sur la progression des apprentissages des élèves comme l’avancée dans les programmes, une meilleure assimilation des leçons…

Enfin, le gros point noir de la réforme des rythmes reste son application en maternelle. Tous les observateurs témoignent de la fatigue accrue des élèves. « Dans certaines écoles, on réveille encore les enfants de la sieste pour les faire participer aux activités périscolaires », constate Francette Popineau.

Le rapport de l’inspection générale souligne aussi : « les taux d’absence [des enfants] surtout le samedi, et peut-être – mais cela doit être vérifié –- en éducation prioritaire ». Il estime aussi que « la réorganisation des après-midi, plus courtes qu’auparavant, a réduit les temps d’apprentissages après la pause méridienne. Cette réduction affaiblit le bénéfice de la matinée supplémentaire ».

Des améliorations recommandées

Face à ce constat, le SNuipp estime que la réforme des rythmes ne devrait pas être mise aux oubliettes, bien au contraire. « De nombreuses évolutions sont indispensables », insiste Francette Popineau. Même son de cloche chez la la sénatrice Françoise Cartron. Anticipant un « essoufflement de l’offre » d’activités périscolaires, elle réclame « un saut qualitatif » afin qu’elles conservent leur intérêt pour les enfants. Concernant la maternelle, la sénatrice propose par exemple, de mettre les activités périscolaires entre 12 et 14 heures afin que le rythme des plus petits soit respecté et qu’ils puissent dormir après.

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Reste à savoir si le gouvernement qui prendra ses fonctions en 2017 s’attellera à ces améliorations ou reviendra purement et simplement sur ces nouveaux rythmes scolaires. « Si la droite passe, je pense qu’il n’y aura pas de remise en cause globale de la semaine à quatre jours et demi, mais qu’une plus grande liberté d’organisation sera laissée aux communes », estime Christian Chevalier. « Le pire des scénarios serait qu’il n’y ait plus du tout de cadrage national sur le sujet », ajoute Francette Popineau.