Une classe de primaire près d'Angers.
Une classe de primaire près d'Angers. - FRANK PERRY / AFP

C’est la hantise des parents d’élèves et des profs : que les classes soient surchargées à la rentrée. Et cette année, leurs craintes devraient s’avérer justifiées dans bon nombre d’établissements. Selon le ministère de l’Education nationale, le nombre moyen d’élèves par classe sera à cette rentrée de 25,5 en maternelle, de 23 en primaire, de 24,8 au collège de 19,3 en lycée professionnel et de 30 en lycée général.

Des chiffres qui semblent plutôt acceptables à première vue, mais qui cachent des réalités bien différentes sur le terrain, comme l’indique Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa : « Les moyennes d’élèves ne veulent pas dire grand-chose, car certaines classes sont à 18 élèves en zone rurale et d’autres à 35 dans les grandes villes », affirme-t-il. Même son de cloche chez Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU : « Les classes sont loin d’être homogènes sur tout le territoire. Selon nos calculs, 55 % de celles de maternelle et 27 % de celles de primaire comptent plus de 25 élèves par classe. Et 8 % des classes de maternelle (soit 7.300) enregistrent même plus de 30 élèves », s’alarme-t-elle. Selon une étude de la DGESCO, dans le premier degré le nombre d’élève par classe est d’ailleurs resté quasiment stable depuis 10 ans et demeure supérieur à la moyenne européenne.

La poussée démographique en cause

Une réalité difficile à comprendre au regard des 19.328postes d’enseignants créés en maternelle et primaire dans le public depuis 2012, des 17.049 nouveaux postes de profs dans le secondaire public pendant la même période et des 3.753 nouveaux enseignants recrutés dans le privé (tous niveaux confondus). « Malgré les efforts consentis par le gouvernement, on n’en voit pas l’incidence sur le terrain », commente ainsi Francette Popineau. Et ce pour plusieurs raisons, comme les analyse Christian Chevalier : « Les créations de postes ont répondu à la poussée démographique des élèves ces dernières années aussi bien dans le premier que dans le second degré. Elles ont permis d’ouvrir des classes dans les zones les plus peuplées, de réarmer les brigades de remplaçants et de créer des dispositifs nouveaux dans l’éducation prioritaire (comme le plus de maîtres que de classes ou la remise en vigueur de la scolarité des moins de trois ans). Mais du coup, elles n’ont pas pu agir sur la taille des classes dans les établissements ordinaires », souligne-t-il.

Et pour cette rentrée, les enseignants du secondaire sont particulièrement inquiets : « On attend 53.000 élèves en plus dans les collèges et lycées publics et privés, ce qui va absorber toutes les créations de postes », déclare Frédérique Rolet, la secrétaire générale du Snes. Déjà à la rentrée 2015, le nombre de classe de seconde comptant plus de 35 élèves étaient passées de 7,6 % à la rentrée 2015, contre 5,9 % l’année d’avant. « Et si tousles recalés du bac demandent à redoubler, on ira même jusqu’à 78.000 élèves en plus », s’alarme la syndicaliste. Elle sait déjà que la situation ne s’arrangera pas l’an prochain, puisqu’on attend 58.000 élèves de plus à la rentrée 2017, notamment en raison de l’arrivée au collège des élèves du baby-boom nés en 2005 et 2006.

Les conditions d’apprentissage affectées

Des classes surchargées qui affecteront sans doute les conditions de travail des enseignants et leur prise en charge de leurs élèves : « Plus la taille des classes est importante, plus les élèves fragiles sont désavantagés. D’autant que les enseignants sont confrontés à un plus grand nombre d’élèves aux besoins spécifiques (ceux qui ont un handicap, les précoces…) qu’il y a quelques années », insiste Francette Popineau.

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