Jack Lang, le 26 juin 2014, à l'Institut du Monde Arabe, à Paris.
Jack Lang, le 26 juin 2014, à l'Institut du Monde Arabe, à Paris. - NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Il épargne les locataires de la rue de Grenelle, mais pas leur action. Dans Pour une révolution scolaire* paru ce jeudi, Jack Lang fait l’inventaire de la politique éducative du gouvernement depuis 2012 et il n’y va pas de main morte pour exprimer sa déception. « Comment l’école et la jeunesse, priorités absolues de François Hollande lorsqu’il fut élu en mai 2012 et auxquelles il demeure profondément attaché, peuvent-elles êtres à ce point méprisées par l’administration de tutelle ? », s’interroge-t-il. Avant de faire ses propres propositions en vue du programme de la gauche pour 2017, celui qui a été deux fois ministre de l’Education analyse au scalpel les erreurs commises selon lui lors du quinquennat de François Hollande.20 minutes décortique ses cinq principales critiques.

1) Une réforme des rythmes scolaires devenue bourbier

Sur la nécessité de revoir l’emploi du temps des élèves, il y avait consensus, à droite comme à gauche. Pourtant,la réforme des rythmes scolaires est devenue selon Jack Lang « un imbroglio ». Selon lui, « il suffisait, dès juillet 2012, de rétablir la matinée [de classe] supprimée » et de raccourcir les vacances d’été. Mais surtout pas de créer des activités périscolaires financées par les municipalités, « qui allaient fatalement se révéler source d’inégalités puisque les villes n’ont pas toutes les mêmes ressources ». Face au tollé provoqué par la réforme, le gouvernement a finalement proposé un assouplissement, qualifié de « comble du ridicule » par l’ancien ministre. Car autoriser par décret à déroger à l’application de la réforme en laissant la possibilité de concentrer les horaires des activités périscolaires sur une demi-journée « était très exactement l’inverse de l’objectif initialement poursuivi ».

2) Une mauvaise méthode avec les syndicats d’enseignants

Pour Jack Lang, François Hollande a commis l’erreur de promettre la création de 60.000 postes dans l’Education dès sa campagne. « Pourquoi lâcher tant de postes sans rien réclamer en contrepartie aux syndicats ? », s’interroge-t-il. Cette promesse a conduit à une « surenchère » du côté des profs, selon l’ancien ministre. Et elle n’a pas permis au gouvernement d’être en position de force pour obtenir des avancées par exemple sur le temps de service des enseignants ou sur leurs conditions d’affectation.

3) La formation des enseignants décevante

Bien sûr, Jack Lang se félicite du rétablissement d’une formation initiale pour les enseignants sous le quinquennat de François Hollande. Mais pour lui, les Ecoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE) ressemblent trop aux ex-IUFM, en dispensant une formation trop théorique et pas assez proche du terrain. Le fait qu’elles soient rattachées aux universités y est pour beaucoup. « Quant à la formation continue, névralgique pour entraîner la profession, pour dire le sens des réformes, pour diffuser rapidement les nouveautés dans les classes et les établissements, elle est toujours aussi sinistrée qu’avant 2012 ».

4) La confusion entre l’excellence et l’élitisme

Jack Lang fustige l’abandon des classes bilangues voulu par la réforme du collège et le fait que les langues anciennes aient été noyées « au sein d’enseignements interdisciplinaires aux contours mal définis ». « La gauche veut lutter contre les phénomènes de ségrégation ? Que n’a-t-elle entrepris de réformer la carte scolaire, c’est-à-dire les règles d’affectation des élèves, au lieu de s’en prendre à des enseignements de qualité, qui agissent comme un phare pour tous les élèves ? », interroge-t-il.

5) Un défaut de pilotage et d’efficacité rue de Grenelle

Trois ministres de l’Education en cinq ans, c’est un peu trop selon Jack Lang. Cette instabilité ministérielle a eu pour conséquence une absence de ligne claire rue de Grenelle. « La gauche a posé des actes qui vont dans le bon sens. Mais de manière trop éparse, souvent trop tardive, laissant une sensation d’improvisation qui ne permet pas de dégager une ligne, une rigueur, un plan général. De bonnes mesures ne suffisent pas à faire une grande politique », affirme-t-il. L’ancien ministre fustige aussi la loi de refondation de l’école, qualifiée de « verbeuse ». « Si l’on tenait absolument à adopter une loi, au moins aurait-elle dû être concise et opérationnelle ». « Un décret, un arrêté, parfois même une simple décision suffisent dans la plupart des cas », poursuit-il. Il critique aussi la création du Conseil supérieur des programmes et le Conseil nationale d’évaluation du système scolaire, instances qu’il juge inutiles. Enfin, le gouvernement n’a pas eu le sens du timing, selon lui. La revalorisation salariale des enseignants est arrivée trop tard dans le quinquennat, donnant juste l’impression d’une mesure électoraliste

 

*Pour une révolution scolaire, Jack Lang, Kero, 9,90 euros.

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