Comment renforcer les mesures de sécurité dans les écoles?

EDUCATION Les ministres de l’Education et de l’Intérieur reviendront ce mercredi sur les dispositions prises pour sécuriser les établissements…

Delphine Bancaud

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Des élèves font leur rentrée dans un collège à Aytre (Charente-Maritime).

Des élèves font leur rentrée dans un collège à Aytre (Charente-Maritime). — XAVIER LEOTY / AFP

Prévenir les catastrophes. A une semaine de la rentrée, les ministres de l’Education Najat Vallaud-Belkacem, de l’Intérieur Bernard Cazeneuve feront le point ce mercredi sur des mesures pour sécuriser les établissements face à la menace terroriste. « Il n’y aura pas d’annonces tonitruantes, la plupart des mesures ayant déjà été annoncées », explique à 20 minutes le cabinet de Najat-Vallaud Belkacem. Les dernières en date sont issues de la circulaire du 29 juillet. 20 minutes fait le bilan des dispositions qui ont déjà été décidées dans ce domaine et de celles qui pourraient encore améliorer la sécurité des établissements.

Les mesures déjà décidées

Le premier objectif est de sécuriser les établissements eux-mêmes. « L’année scolaire dernière, on a fait le point sur les travaux de sécurisation prioritaires », explique-t-on rue de Grenelle. Selon les cas, des grillages ont été ajoutés, des caméras de vidéo surveillance installées, des portes ont été renforcées. La circulaire du 29 juillet insiste aussi sur la sécurisation des « espaces particulièrement vulnérables des établissements scolaires » (accès isolés, façades exposées notamment). Ce qui entraînera d’autres travaux sur les bâtiments dans les prochains mois.

Des consignes ont aussi été données pour améliorer la sécurité aux abords de l’école. Les parents d’élèves sont invités à « éviter tout attroupement préjudiciable à la sécurité des élèves » et à ne pas stationner devant l’établissement. Quant aux chefs d’établissements, ils peuvent contrôler visuellement les sacs des personnes qui pénètrent dans l’établissement.

Pour se parer au pire, les établissements doivent aussi désormais organiser trois exercices de sécurité au sein des établissements chaque année, dont un simulant un attentat avec intrusion. Les autorités académiques doivent quant à elles veiller à la mise à jour des répertoires téléphoniques des chefs d’établissement et des inspecteurs afin que toute alerte puisse être rapidement transmise. Sera testé la veille de la rentrée l’envoi d’une alerte par SMS. Toujours dans cette optique de mieux préparer les personnels d’encadrement (chefs d’établissement, inspecteurs…) aux catastrophes, un plus grand nombre d’entre eux sera formé à la gestion de crise. Des « cellules académiques de gestion de crise » seront opérationnelles « avant la prérentrée ».

Côté élèves, « une sensibilisation aux gestes qui sauvent » des collégiens est prévue en classe de troisième, ainsi que la formation au brevet de secouriste « de tous les élèves délégués ».

Il est aussi demandé aux directeurs d’école de tenir « des réunions de rentrée avec les parents d’élèves pour leur exposer les mesures de sécurité prises », et, dans les collèges et lycées, d’informer élèves et parents « dès la rentrée ».

Les mesures que la communauté éducative réclame

Si les syndicats d’enseignants et de chefs d’établissement saluent tous les diverses initiatives du gouvernement pour renforcer la sécurité, ils estiment néanmoins que beaucoup reste à faire. « On ne réglera pas la sécurité des établissements en quelques mois et sans un investissement financier plus important », résume Philippe Tournier, secrétaire général du Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN).

Ses critiques portent surtout sur la responsabilité dont écopent les personnels éducatifs en matière de sécurité : « les établissements scolaires sont les seules structures publiques de masse qui sont totalement dépourvues de personnels de sécurité qualifiés. Ce sont les gardiens, les assistants d’éducation et le chef d’établissement qui assurent ces missions » s’alarme-t-il, réclamant l’embauche de vrais spécialistes de la sécurité au sein des établissements. Un avis que partage Francette Popineau, secrétaire générale du SNUipp-FSU, qui souligne les difficultés accrues des chefs d’établissements du primaire : « beaucoup d’entre eux sont très souvent enseignants en même temps. Ils ne peuvent pas gérer leur école, faire la police devant les établissements et enseigner en même temps. Il leur faut une aide extérieure », insiste-t-elle.

Même son de cloche de la part de Christian Chevalier, secrétaire du SE-Unsa : « il faudrait que les chefs d’établissements bénéficient d’un appui de la police », indique-t-il. Selon lui, l’expertise de spécialistes de la sécurité serait particulièrement nécessaire lors des exercices de sécurité : « ils indiqueraient quelle serait la salle la plus appropriée pour un confinement, comment prévenir les collègues des autres classes, comment évacuer une classe en sécurité… », poursuit-il.

Selon Philippe Tournier, les mesures annoncées par le ministère ne permettent pas non plus de régler plusieurs questions de sécurité : « les élèves continuent à se regrouper devant les récréations pour fumer alors que nous avions demandé à ce qu’ils puissent le faire à l’intérieur du bâtiment », explique-t-il. Autre demande de sa part : « installer dans les établissements une sonnerie spécifique qui permettrait de prévenir les personnels en cas d’attaque directe de l’établissement », insiste-t-il. De quoi étayer encore la réflexion des ministres sur ce dossier…