Take Eat Easy placé en redressement judiciaire

JUSTICE La start-up belge de livraison de repas a été placée a suspendu son service…

Clémence Apetogbor

— 

Un livreur Take Eat Easy

Un livreur Take Eat Easy — Take Eat Easy

Take Eat Easy, c’est fini. La société de livraison à vélo de repas à domicile, une des pionnières en la matière, a été victime de ses concurrents, alors que le marché est en plein développement.

Chloé Roose, co-fondatrice de l’entreprise belge lancée il y a trois ans a annoncé la fin de l’aventure mardi dans un communiqué intitulé « Les mots justes pour vous dire au revoir ».

«C’est ici que prend fin l’aventure Take Eat Easy. Nous sommes fiers et heureux d’avoir été au centre de cette révolution et avons adoré pouvoir vous livrer les meilleurs restaurants de France, mais malheureusement, il est temps pour nous de vous dire au revoir. »

Redressement judiciaire

Malgré ses bons résultats, Take Eat Easy a été placée en redressement judiciaire. L’entreprise, qui proposait la livraison à vélo de plats de restaurants pour 2,50 euros et était présente dans 20 villes d’Europe, dont Paris, Madrid et Londres, avait même dépassé le million de livraisons la semaine dernière.

« En une année, nous avons connu une croissance mensuelle de plus de 30 % et accru notre portfolio de restaurants partenaires de 450 à 3.200 et notre base de clients de 30.000 à 350.000 », précise Chloé Roose, dont l’entreprise a vu son nombre de salariés passer de 10 à 160.

Elle précise alors que les revenus de l’entreprise ne couvrent pas encore ses coûts, et qu’elle n’est pas parvenue à clôturer une troisième levée de fonds, entraînant le redressement judiciaire. « Un de nos propres investisseurs avait investi dans un de nos concurrents directs », raconte l’autre co-fondateur de la start up Adrien Roose, dans un communiqué en anglais.

Des investisseurs trop frileux

Comme le note La Tribune, pas moins de « 114 fonds d’investissement » ont refusé de s’engager dans la start-up, signe que les perspectives de développement de la société n’étaient plus assez convaincantes.

Le glas sonne en juin 2016, quand un groupe de logistique « possédé par l’Etat français » retire son offre de 30 millions d’euros. Selon Le Soir, il pourrait s’agir de La Poste, possédée par sa filiale GeoPost.

Chloé Rosse termine en remerciant les clients, les coursiers, mais aussi les restaurateurs. « Nous ne vous remercierons jamais assez. […] Vous, restaurants partenaires, pour votre confiance, votre fidélité et tout ce travail à nos côtés. »

« Take Eat Easy - Les mots justes pour te dire merde »

Problème, certains établissements partenaires de l’entreprise belge ont appris, tout comme les clients, la suspension du service par le biais de ce communiqué. Le restaurant Booba Mara, situé dans le 17e arrondissement de Paris, a répondu à l’annonce de Take Eat Easy dans un long post Facebook intitulé « Take Eat Easy - Les mots justes pour te dire merde ».

« Hier encore nous recevions des commandes sur Take Eat Easy. Hier encore des livreurs pédalaient pour vous livrer vos plats », explique Booba Mara. Et de poursuivre, « nous ne serons jamais payés des commandes du mois de juillet (900 euros de manque à gagner). Les livreurs ne seront jamais payés de leur mois de juillet non plus. Et nous l’avons tous appris… aujourd’hui, le 26 du mois ! »

« La co-fondatrice dit chercher « les mots justes pour dire au revoir ». Peut-être aurait-il été plus facile d’avoir les mots justes si vous aviez eu un comportement juste ! La majeure partie de l’article explique à quel point ils ont été géniaux et successful chez Take Eat Easy pour finir dans la dernière phrase par nous remercier ainsi que les livreurs d’avoir été là. Quelle indécence ! », s’emporte le restaurant.

De son côté, Take Eat Easy ne fait pas état d’impayés dans son communiqué.

Un comportement décrié

« Pourquoi avoir laissé le mois entier s’écouler ? Pourquoi avoir continué à encaisser jusqu’à la dernière minute sur le dos des livreurs - qui sont tous dans des situations précaires - tout en sachant que vous alliez les planter ? Pourquoi avoir volé des restaurants qui sacrifient leur marge pour faire face en travaillant avec vous ? », s’interroge encore le restaurant.

Le restaurant revient ensuite sur le fonctionnement même du service, dont il salue néanmoins l’initiative. « Il faut savoir que Take Eat Easy c’est 25-30 % de commission pour le restaurateur (sauf ceux qui sont connus qui ont droit à de meilleures conditions), sachant que nous avons 1/3 de matières premières, 1/3 de main d’oeuvre, et 1/3 de marge. Le restaurateur ne le fait donc pas vraiment pour gagner plus d’argent mais pour gagner en visibilité et atteindre une clientèle au-delà de la clientèle d’ultra-proximité. »

Et de conclure : « Mais ce que vous avez fait là, ce n’est pas fair-play, c’est un coup dans le dos. Vous avez cramé 6 millions d’euros en un an et avec tout ça, vous n’avez pas su anticiper pour éviter de voler un mois de travail aux plus faibles. On ne vous pleurera pas. »