La peur ne gagnera pas. D’après les résultats d’une enquête exclusive d’OpionionWay pour 20Minutes* sur un panel de jeunes âgés de 18 à 30 ans, seulement 12 % d’entre eux disent avoir ressenti de la peur après l’attentat de Nice survenu ce 14 juillet. Si un jeune sur deux dit avoir ressenti de la tristesse, ils ne sont que 32 % à se dire « en colère » et 12 % à avoir ressenti « de la haine ». Pour eux, le plus important est maintenant de « mieux profiter de la vie et se faire plaisir » (à 54 %) et « passer plus de temps avec mes proches » (39 %).

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« C’est reparti pour les larmes et les bougies… »

Interrogés sur les sentiments qu’ils ont ressentis en apprenant l’attentat de Nice, les jeunes se sont massivement déclarés « tristes » (50 %), « consternés » (34 %) et « en colère » (32 %). Pour Illan, 19 ans, étudiant en droit, la nouvelle a été dure à encaisser : « Je me suis écroulé dans la rue et j’ai pleuré car je me suis dit : "C’est terrible, on va revivre le 13 novembre" », témoigne-t-il.

Pour Mirana, 23 ans, ingénieure, la première pensée qui lui est venue est : « Encore ? ! ». Cette impression de revivre un mauvais cauchemar, Clara, 20 ans, l’avait anticipée : « Avec mes amis, on se disait que si ça n’avait pas pété pendant l’Euro, le 14 juillet était le moment idéal pour nous emmerder », raconte l’étudiante en communication qui se sent moins concernée par l’attaque sur la Promenade des Anglais que par celle du Bataclan qui visait « des gens de notre âge ».

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Entre émotion et méfiance sur les réseaux sociaux

« Je m’y attendais, nous confie pour sa part Anne, 24 ans, étudiante en journalisme. Je me suis dit : "C’est reparti pour des mois de débats stériles, d’état d’urgence, de larmes, de bougies…" » Malgré cette lassitude, les jeunes restent solidaires : Guillaume, 18 ans, étudiant en informatique, dit avoir « rapidement échangé » avec ses amis après l’annonce de l’attentat car « quand ça arrive, l’essentiel est de communiquer, parler, ne pas se retrouver tout seul ».

Si les discussions ont souvent eu lieu sur les réseaux sociaux, les jeunes savent toutefois prendre avec des pincettes ce qu’ils y voient : pour 46 % d’entre eux, les réseaux sociaux sont « une source d’information peu fiable qui véhicule des rumeurs infondées ». Seul un jeune sur quatre estime que dans de telles situations les réseaux sociaux sont « une source d’information qui permet de suivre l’événement en direct » et 18 % les utilisent surtout pour « témoigner de son soutien ou de sa solidarité ».

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« On ne va pas se laisser abattre par des fous furieux »

Au lendemain de l’attentat, les jeunes n’ont pas changé leur manière de vivre. Pour eux, après de tels événements, il faut redonner de l’importance à ce qui compte vraiment : 54 % estiment qu’ils doivent « mieux profiter de la vie et se faire plaisir », 39 % qu’il faut « passer plus de temps avec ses proches » et 36 % « relativiser les problèmes du quotidien ». Seulement 23 % pensent qu’il faut « faire preuve de plus de prudence » et 20 % qu’il serait bon de « quitter le pays et vivre ailleurs ».

« On ne va pas se laisser abattre par des fous furieux », martèle Guillaume. « Je m’efforce de croire que mon avenir sera celui que je veux tracer, je refuse que des personnes comme ça pourrissent mon quotidien et de vivre avec un sentiment d’insécurité et de peur », abonde Illan. Néanmoins, la menace terroriste plane dans les esprits : « Le 14 juillet, j’étais au festival des Vieilles Charrues, nous raconte Pierrick, 24 ans. Nous étions 60.000 personnes au même endroit à faire la fête en écoutant de la musique… ça m’a forcément traversé l’esprit que ce serait typiquement une cible pour Daesh. »

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« Dans quelle société vivront nos enfants ? »

Ebranlés mais pas prêts à bouleverser leur vie, les jeunes ne sont que peu tentés par un engagement solidaire (seulement 4 % se disent prêts à s’engager dans une association pour aider les victimes et leur famille) ou citoyen (18 % pensent qu’il faudrait s’engager dans l’armée, la gendarmerie ou la réserve opérationnelle). Quant à la politique, ils ne sont que 8 % à penser que les attentats sont une raison de s’engager dans un parti et 58 % affirment que les attentats n’influeront pas sur leur choix d’un candidat pour la présidentielle de 2017.

Cela ne les empêche pas d’être lucides sur les risques de fracture de la société française : « De ce que je vois sur les réseaux sociaux, l’unité nationale commence à s’effriter, confie Mirana. J’ai des amis musulmans qui font l’objet de beaucoup d’amalgames. » « Ce qui m’inquiète, c’est ce que cela va engendrer comme divisions au niveau national ou européen, renchérit Anne. Dans quelle société vivront nos enfants ? »

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Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet «#MOIJEUNE», une série d'enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.

 

*Enquête 20 Minutes avec OpinionWay réalisée en ligne le 19 juillet 2016 par questionnaire auto-administré, auprès d’un échantillon représentatif de 733 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

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