Attentat de Nice: Un SMS équivoque, des nouvelles interpellations... L'enquête progresse

ENQUETE Sept personnes sont en garde à vue, après la levée de celle de l'épouse de Lahouaiej-Bouhlel, d'avec qui il était en instance de divorce...

20 Minutes avec AFP

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La promenade des Anglais de Nice après l'attentat

La promenade des Anglais de Nice après l'attentat — Sasha Goldsmith/AP/SIPA

Un SMS évoquant des « armes » envoyé avant la tuerie, trois nouvelles interpellations… L’enquête a progressé dimanche pour cerner les éventuelles complicités de l’auteur de l’attentat sanglant de Nice, qui a relancé la polémique sur la politique antiterroriste du gouvernement.

« Tout ce qui aurait dû être fait depuis dix-huit mois ne l’a pas été », a déclaré dimanche l’ex-chef de l’Etat Nicolas Sarkozy. « Je sais parfaitement que le risque zéro n’existe pas » mais « une autre politique est possible », a affirmé le président du parti Les Républicains, pour qui la mobilisation de la réserve opérationnelle civile n’est pas de nature à « résoudre le problème du terrorisme ».

Le bilan pourrait encore s’alourdir

A neuf mois de la présidentielle, l’exécutif socialiste tente depuis l’attaque du 14-Juillet, la troisième d’ampleur en un an et demi, de rejeter toute polémique : Manuel Valls s’en est pris aux « irresponsables » qui « disent que cet attentat était évitable » et François Hollande a lancé un appel à l'« unité ».

Le bilan de 84 morts, dont dix enfants et adolescents ainsi que de nombreux étrangers, pourrait encore s’alourdir. Le pronostic vital de 18 blessés, dont un enfant, est engagé, sur les 85 personnes toujours hospitalisées dimanche.

Jeudi soir, peu avant de foncer au volant d’un camion dans la foule qui venait d’assister au feu d’artifice de la fête nationale sur la Promenade des Anglais, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait envoyé un SMS « se félicitant de s’être procuré un pistolet 7.65 et évoquant la fourniture d’autres armes », selon des sources proches du dossier. Le chauffeur-livreur tunisien de 31 ans « s’est également pris en photo au volant du camion » entre sa location le 11 juillet et le soir du carnage, avant de l’envoyer par SMS. Les enquêteurs s’attèlent à « identifier l’ensemble des destinataires » des messages.

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Un couple d’Albanais interpellé

Sept personnes sont en garde à vue, après la levée de celle de l’épouse de Lahouaiej-Bouhlel, d’avec qui il était en instance de divorce. Un homme de 37 ans, membre de l’entourage du tueur, et un couple d’Albanais ont été arrêtés dimanche à Nice. D’après un témoignage qui doit encore être étayé, l’homme de ce couple, âgé de 38 ans, est soupçonné d’avoir fourni le pistolet. Un des quatre hommes de l’entourage du tueur arrêtés vendredi et samedi, âgé de 22 ans, est aussi soupçonné d’avoir fourni un soutien logistique, ce qu’il conteste.

Selon des sources policières, au moins une personne a évoqué en garde à vue un basculement « récent » vers « l’islam radical » de Lahouaiej-Bouhlel, un homme violent qui n’affichait jusqu’il y a peu aucun intérêt particulier pour la religion. L’attaque de Nice a été revendiquée par les jihadistes de l’État islamique, comme les attentats parisiens du 13 novembre, les plus meurtriers jamais commis en France avec 130 morts.

Les 12 et 13 juillet, le tueur, jamais signalé pour radicalisation mais connu pour des violences, avait fait des repérages sur la Promenade des Anglais avec le camion, réservé dès le 4 juillet.

Premiers permis d’inhumer

Pour contrer la menace, Bernard Cazeneuve a appelé samedi soir « tous les Français patriotes » à rejoindre la « réserve opérationnelle » qui compte 12.000 volontaires (9.000 de la gendarmerie nationale, 3.000 de la police). Évoquant un « attentat d’un type nouveau » qui « montre l’extrême difficulté de la lutte antiterroriste », le ministre de l’Intérieur a aussi promis de « renforcer la présence des forces de sécurité » sur le terrain.

Les 34 premiers permis d’inhumer ont été délivrés dimanche, a annoncé le parquet de Paris, ce qui permettra d’engager la restitution des corps. Et les premières indemnisations interviendront « dès la fin de la semaine prochaine », a déclaré la secrétaire d’État à l’Aide aux victimes, Juliette Méadel.

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Devant un mémorial improvisé sur la Promenade des Anglais, des passants ont continué à déposer fleurs et messages : « Je penserai à vous le reste de mes jours », dit l’un. « Pourquoi nous ? », s’interroge un autre.

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Les messes dominicales ont aussi permis à des fidèles fortement marqués par l’attentat d’exprimer une « douleur impossible à panser », mais aussi de prononcer « des mots de paix ». Le vicaire général du diocèse de Paris Mgr Denis Jachiet, lors d’une messe en hommage aux victimes en la cathédrale Notre-Dame de Paris, a appelé à ne pas « céder à l’esprit de haine ou de jugement » pour mieux « relever le défi de la fraternité » notamment à l’égard de « nos frères musulmans ».

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Le deuil national de trois jours, entamé samedi, culminera lundi midi avec une minute de silence. François Hollande la suivra au ministère de l’Intérieur, après un nouveau conseil de Défense et de Sécurité à 9h à l’Élysée, tandis qu’à Nice ce moment de recueillement sera observé au monument du Centenaire, sur la Promenade des Anglais où des « moyens exceptionnels supplémentaires » seront mobilisés pour la sécurité. La célèbre avenue sera totalement rouverte dans la foulée.