Bernard Cazeneuve répond à la commission d'enquête sur les attentats

POLITIQUE Le ministre a salué ou balayé d'un revers de main certains propositions de la commission...

C. A. avec AFP

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Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve — GEORGES GOBET / AFP

Ce mardi, le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de janvier et de novembre 2015, doit être remis au président de l’ Assemblée nationale.

Celui-ci préconise notamment une refonte de la lutte antiterroriste après avoir constaté des « failles des services de renseignement » et leur manque de coordination.

La réponse de Bernard Cazeneuve

Bernard Cazeneuve a répondu par courrier, assurant que plusieurs préconisations étaient « déjà mises en oeuvre » tout en réaffirmant ses réserves sur une refonte du renseignement de manière plus diplomatique que la semaine dernière.

Dans une lettre douze pages en date de mardi au président de la commission Georges Fenech (Les Républicains) et à son rapporteur Sébastien Pietrasanta (PS), que l’AFP s’est procurée, Bernard Cazeneuve assure avoir pris connaissance « avec le plus grand intérêt » de leurs 40 propositions.

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Le ministre « réservé » sur certaines propositions

« Comme vous l’avez constaté, nombre de vos préconisations ont d’ores et déjà été mises en oeuvre » ou « sont en cours » de l’être, affirme-t-il. « D’autres ouvrent des pistes d’étude sur lesquelles je ne manquerai pas de mobiliser mes services », ajoute le ministre sur un ton qui se veut conciliant, après des échanges très polémiques la semaine dernière.

Il se déclare cependant toujours « réservé » sur les propositions « tendant à remettre en question l’organisation actuelle des services de renseignement par mimétisme avec des modèles étrangers » qui diffèrent selon lui des spécificités françaises.

Sur ce volet, Bernard Cazeneuve se montre intéressé uniquement par celles visant à « renforcer les missions du coordinateur du renseignement », « associer plus intimement la gendarmerie » et « préciser le positionnement de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP) » sur laquelle la commission d’enquête est très critique.

Cazeneuve contre une Direction générale du renseignement territorial

La création d’une Direction générale du renseignement territorial, prônée par les députés et fusionnant une partie de la DRPP et le service de renseignement de la gendarmerie, est en revanche rejetée par Bernard Cazeneuve. Il invoque un risque de « concurrence dommageable » avec la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI).

Il craint en outre des rivalités comme celles constatées entre services de renseignement avant leur fusion en 2008.

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Il va confier, écrit-il, à l’Inspection des services du renseignement une « mission d’expertise » sur les relations entre la DRPP et les autres services spécialisés. Mais ajoute rester prudent, mettant en garde contre un « démembrement » de cette entité dépendant de la seule et puissante préfecture de police de Paris, un « modèle original et éprouvé ».

La création d’une agence nationale du renseignement proposée par la commission ajouterait un nouvel étage au « millefeuille », et risquerait même d’aboutir à un « plum pudding », avait déjà balayé le ministre. Cette formule a suscité la « plus vive consternation » de Georges Fenech et avait été déplorée également par Sébastien Pietrasanta et des représentants de victimes des attentats du 13 novembre.

Selon l’entourage du ministre, ce dernier pourrait recevoir les deux parlementaires mercredi.