Tuerie de Dallas: Les forces de l’ordre françaises ne sont pas prêtes à s’équiper de «robots tueurs»

SECURITE Pour la première fois, la police américaine a utilisé un « robot tueur » pour neutraliser l’homme qui a tué cinq policiers à Dallas…

Vincent Vantighem

— 

Hutchins (Texas, USA), le 13 juin 2015. La police déploie un robot pour inspecter une voiture suspectée de contenir des explosifs.

Hutchins (Texas, USA), le 13 juin 2015. La police déploie un robot pour inspecter une voiture suspectée de contenir des explosifs. — Stewart F. House / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

« Ce sont eux qui ont inventé Terminator… Pas nous ! » Le parallèle entre la fiction et la réalité dressé par ce haut gradé de la gendarmerie est facile. Mais il témoigne bien de la prudence avec laquelle les forces de l’ordre françaises voient l’intérêt de s’équiper de « robots tueurs » pour les aider dans l’exercice de leur mission.

>> Les faits: L'auteur de la tuerie de Dallas abattu par un robot

La police de Dallas (Etats-Unis) a confirmé avoir eu recours à un robot pour tuer Micah Johson, l’homme soupçonné d’avoir abattu cinq policiers et blessé sept autres, jeudi dernier. Une première mondiale. « Nous n’avons pas eu d’autre choix que d’utiliser notre robot piégé, et de placer un dispositif dans son prolongement afin de le faire exploser là où était le suspect. Les autres options auraient exposé les agents à un grave danger », a justifié David Brow, le chef de la police de Dallas.

« On ne touche pas à la vie, même de gens comme cela »

Un tel événement n’est pas prêt à se produire en France. Et ce n’est pas en raison d’un quelconque retard technologique que l’Hexagone aurait pris par rapport aux Etats-Unis. « A priori, le robot utilisé à Dallas est du même genre que ceux dont nous disposons en France, lâche ainsi une source contactée par 20 Minutes. Il s’agirait d’un robot classique sur lequel les autorités ont collé un pain de C4 avant de l’envoyer se faire exploser au contact du forcené. »

>> Tuerie de Dallas : Ce que l'on sait de l'attaque

C’est avant tout pour des raisons éthiques que la sécurité française n’est pas disposée à utiliser ce type de dispositif. « Notre philosophie a un peu évolué depuis l’attentat de Charlie-Hebdo mais, à notre sens, la mort d’un forcené ou d’un preneur d’otage est toujours vécue comme un échec », poursuit notre source. En France, le but premier des forces de l’ordre est, au contraire, d’arrêter le suspect vivant afin qu’il puisse répondre de ses actes devant la justice. « On ne touche pas à la vie même de gens comme cela. » Contactée par Le Parisien, la direction générale de la police nationale confirme d’ailleurs, sans ambages, ne posséder « aucun robot tueur ».

L’intelligence artificielle inquiète la communauté scientifique

Pour autant, la sécurité française dispose déjà d’un arsenal technologique assez conséquent pour l’aider. Nos robots servent essentiellement d’yeux et d’oreilles aux forces de l’ordre en cas de prise d’otages. Retranché dans la salle de bains de son appartement, Mohamed Merah avait ainsi vu, en 2012, débarquer discrètement deux petits robots qui ont permis aux GIGN de localiser très précisément sa position.

Ancien patron du GIGN, Frédéric Gallois aimerait aujourd’hui que l’on aille plus loin, sans pour autant franchir la ligne jaune. « Nous ne sommes plus au XIXe siècle. Acceptons ces nouvelles technologies de combat », a-t-il réclamé, ce lundi, sur les ondes de RMC.

De là à autoriser la construction de robots dotés d’une intelligence artificielle leur permettant de décider, eux-mêmes, de la mort de quelqu’un ? Pas sûr. Si la Corée du sud a développé un robot tourelle pouvant surveiller sa frontière avec la Corée du Nord sans aide humaine et la Chine un matériel capable de poursuivre un suspect à 18mk/h et de le neutraliser à l’aide d’un Taser, plusieurs éminents scientifiques ont déjà lancé une pétition contre les « robots tueurs ».