Rapport sur le terrorisme: Les services du renseignement pointés du doigt

TERRORISME La commission d'enquête rend son rapport tant attendu ce mardi...

Florence Floux

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Un véhicule de police (illustration).

Un véhicule de police (illustration). — F.Brenon/20Minutes

Six mois, 200h d’auditions, 190 entretiens… C’est ce qu’il aura fallu à la commission d’enquête parlementaire sur les moyens mis en œuvre dans la lutte antiterroriste après les attentats de Paris et Saint-Denis  pour rendre son rapport, ce mardi. Un ensemble de conclusions et de préconisations très attendues sur la façon dont l’Etat français a fait face à la menace terroriste en janvier et novembre 2015.

Le rapport n’a pas encore paru mais il est déjà critiqué. Des travaux partisans politiquement, des membres de bonne volonté mais dont la connaissance limitée de sujets très techniques ne permettait pas de poser les questions adéquates, l’absence de moyens de coercition pour obtenir des réponses… Les critiques se sont fait jour bien avant ce 5 juillet, au fil des différentes auditions de ministres, experts, policiers, victimes appelés à s’exprimer par les parlementaires.

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Ces auditions souvent publiques ont fait émerger plusieurs des points qui ont cristallisé les interrogations des députés. 20 Minutes vous en dresse la liste.

  • Une mauvaise coopération des services de renseignement. C’est un des grands problèmes soulignés à plusieurs reprises par les parlementaires. La réforme des services en 2008, qui a vu les renseignements généraux (RG) et la Direction de la surveillance du territoire (DST) fusionner pour devenir la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) devenue en 2014 la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), semble être à la source d’une certaine désorganisation… et parfois de déperdition d’information. C’est ainsi que les députés se sont étonnés à plusieurs reprises que certains terroristes impliqués dans les attaques de janvier et de novembre soient déjà connus des services. De même, comment Abdelhamid Abaaoud a-t-il pu revenir en France sans que personne ne le sache ? La réponse de Bernard Cazeneuve lors de sa seconde audition devant la commission (« Mes services n’ont pas vocation à enquêter sur les ressortissants étrangers à l’étranger ») n’avait pas convaincu les députés.
     

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    Le renseignement pénitentiaire en question. Chérif Kouachi a rencontré en prison son « mentor », Djamel Beghal. Tout comme Amédy Coulibaly, identifié comme radicalisé lors de son passage à Fleury-Mérogis, au contact de Djamel Beghal - et où il rencontre également Chérif Kouachi. Il est à nouveau incarcéré en 2010 pour des faits en lien avec l’islamisme. Mais à sa sortie de prison en 2014, il n’est pas mis sous surveillance. « Le parcours de Coulibaly démontre des carences de notre part. Il nous faudra y remédier », a indiqué le garde des Sceaux, Jean-Jacques Urvoas, devant la commission, avant de reconnaître que « tout est à faire » dans le domaine du renseignement pénitentiaire. Le parcours de Coulibaly illustre également combien les échanges d’informations entre la Justice (administration pénitentiaire) et l’Intérieur (DGSI) paraissent parfois difficiles.
     

  • Une mauvaise coopération européenne. Les députés ont souligné l’importance de la coopération européenne sur plusieurs points. L’emploi très fréquent de faux documents d’identité par Daesh - deux des kamikazes du Stade de France sont entrés en Europe avec de faux passeports syriens - doit motiver les pays de l’UE à renforcer les rangs de Frontex (agence européenne pour la gestion des frontières extérieures des États membres de l’Union européenne). Problème numéro 1 : Frontex n’a pas accès à la basse de données de Schengen, le SIS, dont les renseignements sont fournis par les services de police et de renseignement. Problème numéro 2 : le SIS n’est pas alimenté de façon homogène par tous les pays de l’UE.
     

  • La répartition des compétences des unités d’intervention. On peut dire que la question a interpellé la commission. Pourquoi le Raid intervient-il à l’Hyper Casher et pas au Bataclan ? Pourquoi des soldats de l’opération Sentinelles présentes le soir du 13 novembre près de la salle de spectacle n’interviennent pas ? Et pourquoi le GIGN, qui se trouvait également à proximité n’est-il pas intervenu non plus ? Qu’est-ce qui a raté dans l’assaut du Raid à Saint-Denis le 18 novembre, dans lequel Abdelhamid Abaaoud est tué, quand on sait que 1.200 balles ont été tirées par le Raid… et un seul pistolet retrouvé côté djihadistes.
     

  • Une mauvaise prise en charge des victimes. Les familles des victimes des attentats, également entendues par les députés, ont dénoncé des délais « inadmissibles » pour être informé des décès de leurs proches. Numéros de téléphone saturés, identifications tardives, institut médico-légal (IML) dépassé… De même, certains survivants du Bataclan ont décrit des scènes ubuesques : impossibilité de joindre la police par téléphone pendant longtemps, une policière raccroche au nez d’une victime parce qu’elle « chuchote »…