Radicalisation, départs en Syrie... L'Outre-Mer aussi est concerné par le djihadisme

TERRORISME Les départements ultramarins sont eux aussi confrontés au phénomène djihadiste…

Florence Floux

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Photo non datée de Fabien Clain.

Photo non datée de Fabien Clain. — OFF / AFP

Les Outre-Mer, l’autre terre du djihad ? Bernard Cazeneuve et George Pau-Langevin, la ministre de l’Outre-mer, souhaitent en tout cas l’éviter en détaillant lundi leur plan sécurité pour les Dom-Tom : la lutte contre la radicalisation doit s’engager partout, y compris en Outre-mer.

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Selon les chiffres de l’Uclat (Unité de coordination de la lutte antiterrorisme), entre 100 et 200 signalements pour radicalisation ont été constatés sur l’île de la Réunion en 2015. Soit le même ordre de grandeur que dans les Bouches-du-Rhône (Marseille) ou la Gironde (Bordeaux). Or, l’île de l’Océan indien compte beaucoup moins d’habitants que ces deux départements : presque deux millions pour les Phocéens, 1,5 million pour les Girondins, et… 900.000 Créoles. Des sources concordantes évoquent près de 80 départs pour la Syrie et l’Irak depuis la Réunion, une quarantaine depuis Mayotte et 8 depuis la Guadeloupe et la Martinique.

Une « star » réunionnaise du djihadisme

« La radicalisation islamiste a longtemps été considérée comme un non-sujet à la Réunion… Jusqu’en 2015, avec les attentats en métropole auxquels sont liés les frères Clain, des Réunionnais d’origine mais qui se sont radicalisés en métropole. Cette même année, un jeune Saint-Andréen est mort dans les rangs de Daesh en Irak et un jeune de 21 ans soupçonné d’être à la tête d’une filière de recrutement djihadiste, Naïl Varatchia, a été arrêté et mis en examen », explique Edouard Marchal, journaliste au Quotidien de La Réunion.

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Parmi les « stars » françaises de Daesh figure un Réunionnais radicalisé à Toulouse (Haute-Garonne). Fabien Clain, né à la Réunion en 1978 dans une famille catholique pratiquante, a rejoint le devant de la scène djihadiste depuis plusieurs années. Proche de Mohamed Merah, suspecté d’être derrière l’attentat évité de Villejuif (Val-de-Marne), il s’est fait connaître du grand public en revendiquant au nom de Daesh les attentats du 13 novembre. Plus récemment, son nom est également apparu dans l’enquête concernant le meurtre de deux policiers à Magnanville (Yvelines). Ce porte-parole de Daesh se trouverait actuellement en Syrie. Quant à l’enquête concernant le prédicateur réunionnais Naïl Varatchia, soupçonné d’être à la tête d’une filière de recrutement et mis en examen en 2015 par un juge antiterroriste parisien, elle se poursuit afin d’établir d’éventuelles complicités.

« La confusion identitaire » ?

« De nombreux djihadistes convertis sont originaires des Dom-Tom ou de pays africains de tradition chrétienne, détaille David Thomson, journaliste à RFI. C’est une tendance structurelle importante depuis le début : Fabien et Jean-Michel Clain, Willie Brigitte… Je n’arrive pas à l’expliquer. Cela montre peut-être que l’idéologie djihadiste peut trouver des raisons d’exister dans la confusion identitaire, de personnes qui ont deux cultures et qui ne se sentent pas forcément bien intégrées. »

Pour Romain Caillet, chercheur spécialiste des djihadistes, la situation ultra-marine est simple. « Mayotte a une population musulmane à 95 %. La Réunion a la même proportion de musulmans que la métropole et une organisation communautaire très importante. Il est logique qu’elle connaisse les mêmes problèmes que la métropole. » La proportion de djihadistes originaires des Dom-Tom parmi les convertis lui semble également aller de soi. « Une grande partie de ces convertis sont originaires d’Outre-mer, mais ils vivent en métropole, dans les mêmes quartiers défavorisés que la population musulmane. Les djihadistes proviennent principalement de milieux sociaux difficiles. »

Un centre de déradicalisation à Mayotte

Bernard Cazeneuve a réaffirmé lundi, place Beauvau, sa volonté d’intensifier la lutte contre la radicalisation violente en Outre-mer. Un centre de déradicalisation devrait d’ailleurs ouvrir à Mayotte d’ici à la fin 2017. En avril, lors de l’annonce de son schéma national d’intervention, le ministre de l’Intérieur indiquait également qu’une antenne du Groupe de pelotons d’Intervention (GPI), GIGN en outre-mer, va être créée au cours de l’année 2016. Des simulations d’attentats ont d’ailleurs eu lieu.