Manuel Valls, Premier ministre, et François Hollande, président de la République, le 22 juin 2016 à l'Elysée.
Manuel Valls, Premier ministre, et François Hollande, président de la République, le 22 juin 2016 à l'Elysée. - VILLARD/SIPA

Couac, revirement, cabriole gouvernementale… L’exécutif a entretenu la confusion ce mercredi à propos de la manifestation parisienne des opposants àla loi Travail, actuellement examinée au Sénat. En début de matinée, la manifestation a été interdite par la préfecture de police, avant que les syndicats annoncent qu’un parcours était autorisé. 20 Minutes retrace cette journée singulière en 5 actes…

>> Notre live, en direct, des réactions après l'interdiction puis l'autorisation de la manifestation de jeudi à Paris

Premier acte : La manifestation à Paris interdite par la préfecture de police

Après des tractations avec les syndicats, la préfecture de police de Paris publie un communiqué vers 9 heures : elle interdit la manifestation prévue jeudi à Paris par les syndicats opposés au projet de loi Travail. Cette annonce constitue une première historique, puisqu’aucune manifestation organisée par des centrales syndicales n’a été interdite depuis le 8 février 1962, pendant la guerre d’Algérie.

Cette décision indigne les syndicats contestataires, mais aussi la CFDT, favorable au projet de loi Travail. Les élus d’une grande partie des gauches et du Front national manifestent eux aussi leur colère. Les chefs de file syndicaux Philippe Martinez (CGT) et Jean-Claude Mailly (FO) demandent à être reçus en urgence par Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur. Cette demande est satisfaite à 11h par Place Beauvau.

Philippe Martinez (CGT) et Jean-Claude Mailly (FO) le 12 mai 2016 lors d'une manifestation contre la Loi Travail
Philippe Martinez (CGT) et Jean-Claude Mailly (FO) le 12 mai 2016 lors d'une manifestation contre la Loi Travail - JOEL SAGET / AFP

Deuxième acte : Pour l’Elysée, il n’est pas possible d’autoriser cette manifestation en l’état

Dans sa présentation du compte rendu du Conseil des ministres, peu après midi, le porte-parole Stéphane Le Foll évoque l’interdiction de la manifestation. « Tant que les conditions ne sont pas réunies - conditions de sécurité, de protection des biens et des personnes -, c’est vrai que l’autorisation n’est pas donnée », déclare le ministre, citant le chef de l’Etat.

Troisième acte : Les syndicats déclarent que la manifestation est finalement autorisée

Peu avant 13h, coup de théâtre : l’intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, UNL et Fidl) annonce que la manifestation se déroulera « sur un parcours proposé par le ministre de l’Intérieur », près de la Bastille. Elle fait cette annonce à l’issue d’une rencontre de 45 minutes entre le ministre de l’Intérieur et les secrétaires généraux de la CGT et FO. Cela veut dire que lorsque Stéphane Le Foll parlait d’interdiction lors de son point presse, les syndicats avaient déjà négocié avec le ministère de l’Intérieur une autorisation de défiler…

Le parcours de la manifestation contre le projet de loi Travail du jeudi 23 juin 2016.
Le parcours de la manifestation contre le projet de loi Travail du jeudi 23 juin 2016. - Google Maps

Quatrième acte : L’exécutif se défend

Un coup « non », un coup « oui »… La communication confuse de l’exécutif relève-t-elle de dissensions entre le Président et le Premier ministre, soutien de l’interdiction ? « Le petit jeu qui consiste à laisser penser qu’il y aurait eu une décision au sein de l’exécutif prise par le Premier ministre est une fausse question. Les décisions sont prises de manière collective », dément le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll après le Conseil des ministres. Un commentaire qui ne convainc pas, puisque Manuel Valls revient à la charge lors de la séance des questions d’actualité à l’Assemblée nationale. Le Premier ministre assure que « tout a été fait ensemble » avec François Hollande et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve pour que la manifestation puisse se tenir.

Cinquième acte : L’opposition et une partie de la gauche pointent l’incohérence du gouvernement

L’impression d’improvisation de l’exécutif est raillée à droite comme à gauche. Jean-Luc Mélenchon, du Parti de gauche, juge le Premier ministre « Valls obtus et confus ». Alain Juppé, candidat (Les Républicains) à la primaire de droite pour 2017, estime que la volte-face de l’exécutif est « la démonstration de l’incurie du gouvernement ». Quant au député européen Guillaume Balas, classé à gauche du PS, « la sagesse a prévalu en autorisant la manif, mais tout cela a montré un dysfonctionnement gouvernemental grave ». Sale journée au sommet de l’Etat mais aussi pour la majorité, à 24 heures d’une nouvelle mobilisation nationale.

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