Plus d'un an après son lancement, l'opération Sentinelle est loin de faire l'unanimité

SECURITE Un rapport confidentiel du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) diffusé ce vendredi par BFMTV propose, entre autres, de supprimer les militaires statiques...

William Pereira

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Un homme interpellé pour l'agression au cutter d'un militaire de l'opération Sentinelle en gare de Strasbourg.

Un homme interpellé pour l'agression au cutter d'un militaire de l'opération Sentinelle en gare de Strasbourg. — KONRAD K./SIPA

Janvier 2015. Les attentats visant la rédaction de Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la Porte de Vincennes poussent François Hollande à déclencher l’opération Sentinellepour protéger les points sensibles du territoire (lieux de culte, écoles, etc.). Après avoir compté plus de 10.000 militaires déployés en France en février, Sentinelle s’est stabilisée à 7.000 hommes avant de tomber sous les 4.000 avant les attentats du 13 novembre. Depuis les attaques de fin d’année, l’opération a fixé à 10.000 le nombre de soldats dispatchés sur le territoire.

Mais est-ce réellement suffisant ? Un rapport confidentiel du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) diffusé ce vendredi par BFMTV, et pointant les axes d’amélioration de la Sentinelle, laisse penser que non. 20 Minutes fait le point sur les critiques et les pistes d’amélioration du dispositif.

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Les gardes statiques largement contestées

Premier axe de contestation, les gardes statiques, que l’on peut par exemple observer devant certains lieux de culte. « Cela fait un an que les militaires réclament de la mobilité », déclare Florent de Saint-Victor, consultant indépendant et spécialiste des questions de défense. Il note également qu’à Paris « deux tiers des forces mobilisées sont statiques », et compare cette disposition à « un médicament qui perdrait en efficacité. Car si ces soldats sont statiques, ils manquent d’efficacité, il n’y a plus d’effet de surprise. » A l’inverse, l’avantage d’une patrouille mobile permet de semer le doute chez les terroristes qui ne pourraient plus bénéficier des certitudes que lui offrent des cibles qui ne bougent pas.

Une perte de savoir-faire possible pour les militaires déployés

L’autre bémol de la patrouille statique se situe dans l’origine des militaires déployés à l’intérieur. « Le problème de l’opération Sentinelle, c’est que les 10.000 soldats qui ont été mobilisés ont été prélevés sur des troupes qui devaient s’entraîner, car on ne pouvait pas prendre le risque de rappeler des soldats en provenance d’opérations extérieures », explique un autre expert proche des milieux de la Défense qui a souhaité rester anonyme. « La nature des missions que l’on confie aux forces armées est problématique. Ils font du "gardiennage" statique », qui les empêche de s’entraîner, ajoute-t-il. Les hommes qui opèrent dans le cadre de l’opération Sentinelle ont, de fait, bénéficié de 64 jours d’entraînement en 2015 contre 90 l’année précédente. Ce qui entraîne, au mieux, une stagnation des soldats « qui finissent par ne plus maîtriser certaines capacités car ils ne font plus de stages », confirme Florent de Saint-Victor.

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« Où se situe la plus-value sécuritaire ? »

Comble de cette mobilisation, « les forces armées n’ont pas vocation à ouvrir le feu contre les terroristes. En aucun cas ils ont le droit d’agir sur le territoire. L’Etat d’urgence n’a aucun impact sur l’emploi des militaires. Seul l’état de siège leur permettrait d’agir » rappelle l’expert proche des milieux de la Défense.

Autant de paramètres qui sèment le doute chez les deux experts, qui s’interrogent sur la nature du déclenchement de l’opération Sentinelle. « Est-ce une mesure politique, ou une mesure réellement efficace », s’interroge Florent de Saint-Victor. « Des hommes armés, cela rassure. Cela a même permis de renouer le lien entre ces derniers et le peuple. Mais où se situe la plus-value sécuritaire ? », demande aussi l’autre spécialiste.

Peut-on pour autant déclaré que les patrouilles statiques sont inutiles ? Non. « Le 13 novembre, l’armée a sécurisé des dispositifs de manière plus performante que les forces de police. Il faut également noter qu’en cas d’attaque chimique où s’il faut déployer des hélicoptères, les militaires ont beaucoup plus de moyens », tempère le spécialiste proche des milieux de la Défense.

Quelles solutions pour améliorer l’opération Sentinelle ?

Le salut de la Sentinelle pourrait paradoxalement venir… de la police. « Des efforts sont en cours. Des améliorations sont en cours », note Florent de Saint-Victor, qui évoque la formation des forces policières afin que celles-ci puissent faire face à la menace terroriste. L’autre analyste cite, pour exemple, « les BAC armées d’armes de guerre. » Mais ces formations ne pourront pas être totalement menées à bien si « une augmentation des effectifs policiers ne suit pas derrière », souligne Florent de Saint-Victor, surtout dans un contexte où l’Euro, les mouvements sociaux, le Tour de France et bientôt les élections présidentielles préoccupent davantage les policiers.

Le secteur privé pourrait également être davantage impliqué dans l’effort de sécurisation du territoire afin de soulager forces militaires et policières. « On sous-estime le rôle de la sécurité privée, à laquelle la communauté juive fait déjà appel. Les entreprises privées commencent à employer plus d’agents, ils font plus attention, c’est bien. C’est un effort collectif qui concerne tout un chacun, » note l’expert proche des milieux de la Défense.