Euro 2016: Formation, effectifs, coûts... La sécurité dans les fans-zones est-elle assurée?

SECURITE La sécurité dans les fans-zones reste une question majeure de l'Euro, qui débute à Paris le 10 juin...

Florence Floux

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La fan-zone du Champ-de-Mars pourra accueillir jusqu'à 92.000 supporters.

La fan-zone du Champ-de-Mars pourra accueillir jusqu'à 92.000 supporters. — THOMAS COEX / AFP

A quelques jours de l’Euro, la pression monte. Manuel Valls a réuni la semaine dernière les groupes parlementaires pour faire un point sur la sécurité dans les fans-zones. Une semaine auparavant, Bernard Cazeneuve avait annoncé que 60.200 personnes allaient être mobilisées en tout dans aux abords des stades pour que la compétition se passe sans problème : 42.000 policiers, 30.000 gendarmes, 5.200 personnes de la sécurité civile et 10.000 militaires.

A tous ces uniformes s’ajouteront 12.000 agents de sécurité privée censés intervenir sur l’Euro, dont 3.000 sur les 10 fans-zones de l’Hexagone. La responsabilité de ces espaces pouvant contenir jusqu’à 90.000 personnes a été déléguée par l’Etat aux municipalités. Pour faire face à la demande depuis les attentats de janvier 2015, le secteur a largement recruté au cours des derniers mois. Pour être prêt le jour J ?

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« J’ai dû multiplier par 3 ou 4 les sessions de formation pour répondre à la demande, explique Jérôme Lagneaux, de Thésée Formation. Il y a eu un pic au début du mois d’avril. La majorité des candidats sortiront le 10 juin, les autres une semaine plus tard. » Pourtant, Alain Bauer, président du Cnaps (Conseil national des acitivités privées de sécurité), qui délivre les agréments pour exercer le métier d’agent de sécurité, indique qu’il « n’y a pas eu d’afflux », le rythme étant resté « très normal ». « Personne n’a été pris de court, et le marché ne se limite pas à un mois de surplus d’activité tout les 4 ou 8 ans… » poursuit Alain Bauer, qui indique que le nombre de demandes « progresse régulièrement mais sans pic ».

Un nouveau « module terrorisme »

Même son de cloche chez Claude Tarlet, de l’Union des entreprises de sécurité privée (UEPS) : « Les effectifs ont été renforcés au moment des attentats. Certaines entreprises n’ont pas pu garder tout le monde mais ont conservé des agents dans leur vivier. C’est à ces gens qu’elles ont fait appel pour l’Euro. Il y a 170.000 agents de sécurité privée aujourd’hui, mais 290.000 cartes professionnelles ont été délivrées. » Ce qui peut éventuellement poser problème.

Certains agents de sécurité exercent ce métier depuis de nombreuses années, lorsque les diplômes et formations n’existaient pas encore. Il se peut donc que des agents ne soient pas formés à la palpation ou à la fouille. De même, un renforcement de leur formation initiale de 140 heures a été mis en place en décembre 2015 : « Quatorze heures ont été ajoutées, pour acquérir une meilleure connaissance de la problématique et des éléments concrets pour savoir quels signes chercher dans une foule », détaille Jérôme Lagneaux.

« Rien n’est impossible »

Or, les professionnels plus « anciens » n’ont pas été formés à ce module. « Les entreprises qui interviennent sur l’Euro ont été obligées de renvoyer ces personnels en formation. Quand ce n’est pas le cas, on les met ailleurs que dans les fans-zones : ils peuvent surveiller des bâtiments par exemple », note Jérôme Lagneaux, qui n’exclut pas pour autant que des gens non formés se retrouvent sur des points sensibles : « Rien n’est impossible, mais normalement ce ne sera pas le cas. »

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Le même problème existe également pour la formation au hooliganisme et aux mouvements de foule, qui est incluse dans les nouveaux modules. Les agents de sécurité doivent régulièrement assister à des « recyclages », obligatoires tous les quatre ans, ce qui permet de remettre tout le monde au même niveau.

Des effectifs réalistes ?

Si les formations ont été prises d’assaut, un autre problème subsiste : celui de l’évaluation des effectifs nécessaires. Alain Bauer, du Cnaps, déjà interrogé par 20 Minutes il y a deux semaines, indiquait qu’il restait « dubitatif » sur les chiffres avancés. « La bonne règle est d’un agent de sécurité pour 100 personnes. La fan-zone parisienne pourra accueillir 90.000 supporters. Il faudrait donc 900 agents pour sécuriser le site. Or, les organisateurs n’en annoncent pour l’instant que 400 », ajoutant : « Tous les opérateurs de sécurité privée le disent et l’ont répété : les effectifs n’existent pas en quantité suffisante pour sécuriser les stades, les sites accueillant les sportifs, les fans-zones… » La préfecture de police de Paris doit d’ailleurs préciser ce lundi le dispositif de sécurité qu’elle compte mettre en place pour l’Euro dans la capitale.

Côté vérification des profils, le Cnaps délivre une carte professionnelle à l’agent de sécurité tous les 5 ans. A chaque échéance, il refait une enquête sur la personne, vérifie son casier, ses déplacements à l’étranger… « Que vous ayez eu une contravention ou que vous ayez été condamné pour meurtre, votre dossier sera dans un premier temps mis de côté par le Cnaps, qui étudiera les autres demandes en priorité » ; indique Jérôme Lagneaux. Des mesures de sécurité qui sont encore plus strictes dans le cadre des agents de sécurité aéroportuaire.

Coopération et budget

Pour autant, la sécurité sur les fans-zones et l’Euro de façon plus générale ne dépend pas uniquement des seuls agents, comme le rappelle Claude Tarlet de l’UEPS : « C’est surtout un problème de coordination. Sur la finale de la Coupe de France au Stade de France, il y a des soucis parce que les organisateurs ont mis les agents de sécurité devant le fait accompli, en changeant les procédures habituelles. » Des supporters avaient effectivement échappé à la fouille et aux palpations lors du match PSG-OM, le 20 mai dernier. La coopération avec les villes et les forces de l'ordre sera donc capitale.

A tout cela s’ajoute un problème de coûts. « Nous assurons une mission dans le cadre d’un budget. Il faut en permanence faire pression pour obtenir davantage d’argent lorsque nous estimons que cela est nécessaire », confie Claude Tarlet avant de conclure : « De toute façon, nous avons toujours dit que si nous nous rendons compte qu’il existe un risque majeur, nous prendrons la décision de retirer nos hommes. » Coup d’envoi le 10 juin.