Pourquoi le nombre de divorces baisse en France

FAMILLE Entre 2010 et 2014, le nombre annuel de divorce a reculé de 8%...

Delphine Bancaud

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Illustration d'une femme qui retire son alliance après son divorce.

Illustration d'une femme qui retire son alliance après son divorce. — SUPERSTOCK/SIPA

Une idée reçue qui vole en éclat. Non, les Français ne divorcent pas de plus en plus. En 2014, 123.500 divorces ont été prononcés, soit 1.400 de moins qu’en 2013, selon une étude de l’Insee rendue publique ce jeudi. Et la tendance à la baisse est manifeste depuis plusieurs années : « entre 2010 et 2014, le recul est de 8 % », souligne Marie Reynaud, cheffe de l’unité démographiques et sociales à l’Insee.

Et cette baisse des divorces concernent toutes les durées de mariage, même si le pic des désunions se situe toujours à 5 ans de mariage. Une tendance qui n’est pas observée qu’en France, selon la chercheuse à l’Ined, Anne Solaz : « En Grande Bretagne, dans les pays nordiques et aux Etats-Unis, on constate aussi cette chute des divorces. C’est comme si on avait atteint un palier dans ce domaine, après avoir connu une augmentation continue entre les années 70 et 90 », indique-t-elle.

La crise en cause

Fait nouveau selon Marie Reynaud : « cette diminution n’est pas due au fait que le nombre de mariage baisse en France. Car entre 2010 et 2014, le nombre de personnes mariées a diminué dans une bien moindre mesure que les divorces (-1 % contre -8 %). Elle témoigne donc d’un changement de comportement des Français qui ont une moindre propension à divorcer », explique-t-elle. Reste à savoir pourquoi.

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La crise est sans doute une des explications. « Aux Etats-Unis, plusieurs chercheurs ont clairement montré le rapport entre les difficultés économiques des foyers et la chute du nombre de divorces », indique Anne Solaz. Car en période de fort chômage, de flambée des prix de l’immobilier et de faibles augmentations des salaires, certains couples sont obligés de différer leur rupture par peur de voir leur niveau de vie se dégrader de manière conséquente. Une cohabitation entre ex que les Américains appellent «  living together apart » et qui peut parfois durer longtemps, comme l’a souligné le sociologue Jean-Claude Kaufaman dans son récent ouvrage Piégée dans son couple. « Ce serait la première fois que la crise aurait un tel impact sur les divorces car après la crise de 1993, on n’a pas observé de baisse des désunions », commente Marie Raynaud.

Des unions mûrement réfléchies

Le fait que les mariages soient désormais plus raisonnés pourrait aussi expliquer le fait que l’on les rompe un peu moins. En effet, le mariage est redevenu un vrai choix, vers lequel on ne tend pas uniquement pour sécuriser la famille et payer moins d’impôts depuis l’existence du Pacs. Par ailleurs, comme le souligne Anne Solaz, « les mariages sont d’autant plus stables qu’on se marie plus vieux. Or, l’âge moyen lors du premier mariage a augmenté de manière continue et se situe désormais à 30 ans. Et les couples qui se marient ont généralement connu une période de cohabitation qui leur a permis de se connaître et de se tester », indique la chercheuse.

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Autre facteur à prendre en compte : la progression des remariages depuis les années 70. En 1980, 18 % des unions devant le maire impliquaient au moins une personne qui avait déjà convolé. Et en 2014, 28 % des mariages étaient un remariage pour au moins l’un des deux membres du couple. « Or, ces dernières années, les secondes unions sont devenues plus sûres que les premières, comme si la maturité et le fait de mieux choisir son conjoint la deuxième fois, prolongeaient la longévité de l’union », explique Anne Solaz. De quoi donner de l’espoir à tous ceux qui refont leur vie.

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