Plusieurs employés de SFR ont été épinglés pour des directs polémiques sur Periscope.
Plusieurs employés de SFR ont été épinglés pour des directs polémiques sur Periscope. - YouTube

SFR va-t-elle donner son nom à une nouvelle jurisprudence, celle des infractions sur les réseaux sociaux… depuis le lieu de travail ? Deux nouveaux employés d’une boutique de l’enseigne à Antony (Hauts-de-Seine) ont été mis à pied pour avoir tenu des propos antisémites et misogynes sur Periscope pendant leurs horaires de travail. Une sanction qui intervient deux mois après que deux autres vendeurs de la même marque ont été licenciés pour avoir détruit en direct sur la même application, dans l’arrière-boutique, le téléphone d’un client « désagréable ».

Les propos et actes diffusés sur un réseau social et préjudiciables vis-à-vis d’un employeur ne sont pas une nouveauté, depuis le premier cas juridique en 2010 de trois salariés d’Alten licenciés pour avoir critiqué leur direction sur leur profil Facebook. Mais Periscope, de par sa nature (l’application permet de diffuser un flux vidéo en direct), est en train d’introduire en France une nouvelle forme de dérapage, celui qui se déroule en live depuis le lieu de travail.

Aux Etats-Unis, une journaliste qui avait essayé en juin 2015 pour la première fois l’application avait été licenciée pour s’être filmée en train de jouer de la guitare dans son bureau. Depuis, elle se présente sur Twitter comme une « Periscopeuse insubordonnée ».

>> A lire aussi : Periscope, l’escalade de la violence en six vidéos polémiques

« Un salarié qui fait des bêtises pendant ses horaires de boulot entache la réputation de l’entreprise. Celle-ci peut utiliser l’argument d’atteinte à l’image de la société pour aller jusqu’au licenciement », explique Me Anthony Bem, avocat spécialisé en droit de l’Internet. Les employés de SFR épinglés pour des propos antisémites et misogynes risquent en outre jusqu’à un an de prison et 45.000 euros d’amende pour « provocation à la discrimination en raison de la religion » et « provocation à la haine ou à la violence en raison du sexe ».

L’interdiction des réseaux sociaux sur le lieu de travail permise par la loi

Certaines entreprises pourraient-elles décider d’interdire les réseaux sociaux sur le lieu de travail, afin de se prémunir contre d’éventuels cas similaires ? « Parfaitement, poursuit l’avocat, il peut y avoir une charte le stipulant au sein de l’entreprise, bien que ce soit encore rare et que cela concerne avant tout les emplois aux conditions de travail particulières : je pense aux employés des prisons, ou aux fonctions tenues secret défense. Mais il n’existe pas de texte interdisant d’interdire sur ce point. »

>> A lire aussi : Facebook et travail: Des profils parfois embarrassants

Facebook ou Youtube par exemple sont déjà bloqués par plusieurs employeurs, plus pour des raisons de frein à la productivité qu’à cause de potentiels dérapages. La direction d’une entreprise a d’ailleurs le droit de surveiller l’historique de navigation d’un salarié pendant ses horaires de travail. Mais il reste le smartphone, qui est d’ordre privé. Et les diffusions Periscope se font via les portables.

« Le direct amène la transgression »

« Les réseaux sociaux ont rendu poreuses les parois entre vie privée et professionnelle. Periscope va encore plus loin en jouant sur la carte du direct. C’est là que se situent les dérives, car le direct amène la transgression, avec des spectateurs qui poussent, qui créent une mise en tension », détaille Michael Stora, psychologue et fondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines. Les dérapages d’employés de SFR lui rappellent la pratique du « happy slapping », qui consiste à filmer une scène violente pour la diffuser sur les réseaux sociaux.

>> A lire aussi : Cinq choses à savoir sur le « Happy slapping » contre les profs

L’absence de cadre de Periscope additionnée à un goût du risque explique selon Michael Stora l’extension de ces dérives aux lieux de travail. Les normes sociales y sont plus strictes que dans le milieu privé, et donc susceptibles d’être bousculées par les amateurs de transgression : « Il y a une forme de désinhibition sur la toile, des gens osent des actes, des paroles, comme s’ils étaient à l’abri des regards. On sait aussi en psychanalyse qu’il existe des conduites à risques dont le but, par le surmoi, est précisément de se faire arrêter. Internet est un amplificateur qui facilite ces dérapages et Periscope les pousse par sa configuration. »

Mots-clés :