Euro 2016: «Il faut garder l'esprit de solidarité post-attentats même dans les stades»

INTERVIEW Pour l'agent de sécurité qui a repoussé l'un des kamikazes du Stade de France le soir du 13 novembre, les spectateurs ont aussi un rôle à jouer...

Propos recueillis par Florence Floux

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Salim Toorabally, agent de sécurité au Stade de France le 13 novembre 2015, a refoulé Bilal Hadfi.

Salim Toorabally, agent de sécurité au Stade de France le 13 novembre 2015, a refoulé Bilal Hadfi. — S.TOORABALLY

Le 13 novembre 2015, Salim Toorabally, agent de sécurité au Stade de France, refoule un homme qui tente d’entrer sans billet dans l’enceinte de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). L’individu en question n’est autre que Bilal Hadfi, l’un des kamikazes du Stade de France, qui se fera sauter un peu plus loin, ne tuant finalement que lui dans l’explosion.

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Depuis, la vie de Salim Toorabally a changé. Un peu seulement, car cet agent de sécurité continue d’exercer son métier malgré les sollicitations des médias du monde entier. Dernièrement, c’est même la NFL américaine qui lui a demandé de venir parler de son expertise en termes de sécurité devant son personnel, aux Etats-Unis. Alors que Bernard Cazeneuve a dévoilé ce mercredi les mesures mises en place pour que l’Euro se déroule sans drame, 20 Minutes a interrogé ce professionnel de la sécurité.

Êtes-vous retourné au Stade de France depuis le 13 novembre ?

J’y suis retourné une première fois deux mois après, pour le match de rugby France-Italie. J’ai eu peur à ce moment-là, des images du 13 novembre, de gens qui couraient me sont revenues à l’esprit. En quittant ce match, je me souviens m’être dit que je ne remettrais plus jamais un pied là-bas. Les attentats de Bruxelles m’ont également replongé dans tout cela. Et puis finalement, j’ai décidé qu’il ne fallait pas avoir peur, même s’il m’arrive d’y repenser. Je me suis dit que l’expérience de mes treize années d’agent de sécurité pouvait servir.

Avez-vous retravaillé au Stade de France depuis ?

Oui tout à fait, j’y ai retravaillé plusieurs fois et je suis très confiant dans la sécurité qui a été mise en place. Elle a été largement renforcée. Je me sens rassuré là-bas, même s’il y a eu des loupés samedi sur la finale de la Coupe de France. Ce problème va vite être corrigé, des simulations sont faites dans le stade par les services de sécurité. A chaque match, il y a des améliorations.

De nouveaux agents de sécurité sont actuellement recrutés en vue de l’Euro. Comment se déroule leur recrutement ?

Je sais que le recrutement était encore en cours il y a 15 jours, aujourd’hui je ne sais pas où ils en sont. Il faut d’abord obtenir un agrément de la part de la Cnaps, qui transfère votre demande à la préfecture. Celle-ci mène une enquête sur vous. Au bout de deux mois, la Cnaps vous donne la réponse. Si vous obtenez l’agrément, vous pouvez commencer votre formation d’agent de sécurité. Votre carte professionnelle est renouvelée tous les cinq ans par la suite, avec une nouvelle enquête de la préfecture. C’est la même procédure pour tous les agents de sécurité, y compris dans les aéroports par exemple.

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D’après vous, que faut-il pour être un bon agent de sécurité sur l’Euro ?

Tout d’abord, il ne faut pas avoir peur de la foule. Agent de sécurité dans un stade, ça n’a rien à voir avec agent de sécurité dans un centre commercial. Vous ne devez pas craindre les mouvements de foule et garder votre sang-froid, même face à des individus violents. Il faut une grande autonomie tout en ayant l’esprit d’équipe. Le 13 novembre, lorsque Bilal Hadfi a fini par faire demi-tour, j’ai tout de suite prévenu mes collègues qui se trouvaient aux autres portes. Il faut également être physionomiste, repérer les gens. Mais les agents ne sont pas seuls. Le public doit les aider aussi. Il faut garder l’esprit de solidarité des attentats. Les spectateurs qui vont au stade doivent être responsabilisés. Eux aussi, ils peuvent agir, en observant ce qui se passe autour d’eux. Nous devons tous être actifs.