Nuit debout, place de la République, à Paris, le 20 avril 2016.
Nuit debout, place de la République, à Paris, le 20 avril 2016. - PHILIPPE LOPEZ / AFP

Nuit debout ? « Des gens qui n’ont rien dans le cerveau » qui viennent « donner des leçons à la démocratie française ». La définition vient de Nicolas Sarkozy, mais elle pourrait aussi bien avoir été extraite des commentaires des articles que l’on peut lire ici et là sur le Web au sujet des rassemblements de la place de la République. Depuis le 31 mars, le mouvement suscite en effet d’innombrables réactions, dont certaines ne font pas vraiment dans la nuance. « Paumés », « sectaires », « violents »… Les nuitdeboutistes sont-ils vraiment ce dont on les accuse parfois ? 20 Minutes tente de répondre aux préjugés sur le mouvement.

Ce sont des gens qui ne savent pas pourquoi ils sont là

Sous l'article «15 jours de #NuitDebout: A quoi rêvent les «nuitdeboutistes»?
Sous l'article «15 jours de #NuitDebout: A quoi rêvent les «nuitdeboutistes»? - 20 MINUTES

Nous l’avons constaté par nous-mêmes place de la République : les nuitdeboutistes n’ont pas de programme politique, pas de plan d’action qui fasse consensus, et encore moins d’idée de ce qu’ils vont devenir. Mais ils l’assument complètement. Organisateurs ou simples participants, nombre d’entre eux perçoivent d’abord le mouvement comme un espace de discussion pour penser un autre monde, avant de passer à l’action. Parmi les cadres, la question du lendemain fait toutefois l’objet de discussions continues et même conflictuelles. François Ruffin, le journaliste de Fakir et réalisateur du documentaire Merci patron !, à l’origine de l’occupation de la place, a par exemple fait du 1er mai une date importante. Objectif : opérer un rapprochement « quasi-historique » avec le mouvement syndical en vue du retrait de la loi El Khomri. L’appel a été adopté par l’assemblée générale (AG).

Ce sont des gauchistes manipulés

Sous l'article «VIDEO. Nuit Debout? Pour Marion Maréchal-Le Pen, c'est «un mouvement de jeunes lycéens étudiants qui se font plaisir, qui fument du pétard»
Sous l'article «VIDEO. Nuit Debout? Pour Marion Maréchal-Le Pen, c'est «un mouvement de jeunes lycéens étudiants qui se font plaisir, qui fument du pétard» - 20 MINUTES

L’extrême gauche est évidemment présente place de la République. Outre Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, de nombreux militants de divers partis et syndicats de la gauche radicale se sont mêlés à la foule, pour influer sur les décisions des commissions et de l’assemblée générale ou prendre tout simplement le pouls du mouvement. Mais d’autres mouvances politiques ont fait de même, à commencer par EELV, représentée par son porte-parole, Julien Bayou. Surtout, la couleur politique de Nuit debout fait moins consensus que ce que semblent croire certains commentateurs. Dans un article publié vendredi, Streetpress raconte ainsi l’opposition interne entre ceux qui ont pris en main la communication de Nuit debout ( la page Facebook notamment) et l’équipe de Fakir. Les premiers refusant de se dire de gauche, quand les autres affichent plus volontiers leur orientation. Par ailleurs, il faut rappeler que le mouvement est organisé de manière horizontale. Il n’y a donc aucun leader qui tient les ficelles, le moindre sujet faisant l’objet d’heures de discussions en commissions et en assemblée.

Ce sont des gens qui ne travaillent pas

Sous l'article «VIDEO. Qu'est-ce que le mouvement #NuitDebout?»
Sous l'article «VIDEO. Qu'est-ce que le mouvement #NuitDebout?» - 20 MINUTES

Des chômeurs, il y en a évidemment dans la foule des nuitdeboutistes. Des retraités, des étudiants, des SDF aussi. Mais la sociologie du mouvement est plus variée que cela et ne se résume pas aux inactifs, même s’ils sont clairement en grand nombre. Sur place, nous avons rencontré des professeurs en collège et lycée, des instituteurs, une psychologue, des artistes, un chargé de communication et autres salariés, ainsi que Maxime. Agé de 23 ans, ce mécanicien automobile habitant la Normandie s’est carrément mis en congé sans solde pour participer aux rassemblements. Pour complexifier la situation, il faut rappeler que certains nuitdeboutistes peuvent être étudiants et travailler en parallèle pour financer leurs études. C’est le cas par exemple d’Angéline, 19 ans, étudiante en graphisme et à mi-temps dans une entreprise spécialisée dans la 3D, que nous avons rencontrée. « Je n’ai pas pu venir dès le début du mouvement à cause de mon agenda d’étudiante qui travaille à côté, raconte-t-elle. Mais finalement, je me suis rendu compte qu’un mouvement qui commence à cette heure-ci c’est bien car on peut venir après le boulot. »

Ce sont des gens sectaires

Sous l'article «VIDEO. Nuit Debout? Pour Marion Maréchal-Le Pen, c'est «un mouvement de jeunes lycéens étudiants qui se font plaisir, qui fument du pétard»
Sous l'article «VIDEO. Nuit Debout? Pour Marion Maréchal-Le Pen, c'est «un mouvement de jeunes lycéens étudiants qui se font plaisir, qui fument du pétard» - 20 MINUTES

L’expulsion d’Alain Finkielkraut, le 16 avril, après une bordée d’insultes, a choqué une partie de l’opinion, et jeté le discrédit sur le pluralisme de Nuit debout. Ses participants seraient-ils sectaires ? La réponse est évidemment plus nuancée que la question. Dès le lundi, l’épisode a fait l’objet d’ une longue discussion publique, à laquelle 20 Minutes a assisté. Où on a pu entendre, notamment : « On ne peut pas utiliser les mêmes outils que ceux que nous combattons. On peut acclamer Yanis Varoufakis tout en laissant parler Finkielkraut ou même Marine Le Pen à partir du moment où on peut démonter leurs argumentaires », « On peut rejeter les idées d’une personne et il faut que cela se fasse dans le cadre d’un débat, mais rejeter une personne, un individu en se basant sur sa biographie, sur ce qu’il est, c’est dangereux », « Il est important de rappeler qu’il a pu assister aux débats de l’AG pendant près d’une heure avant d’être invectivé. Les insultes sont le fait d’individus, pas de l’ensemble des milliers de personnes qui se trouvaient sur la place ». Des propos loin d’être sectaires.

Ce sont des gens violents

Sous l'article «#NuitDebout: Le mouvement peut-il être déstabilisé par les violences de ce week-end?»
Sous l'article «#NuitDebout: Le mouvement peut-il être déstabilisé par les violences de ce week-end?» - 20 MINUTES

Distributeurs de billets vandalisés, panneaux publicitaires saccagés, forces de police prises à partie, commissariats caillassés… Les actes de violence se sont multipliés en un mois, donnant lieu à des interpellations. Là encore, impossible d’y voir une action coordonnée et consensuelle. Une partie des participants à Nuit debout y voient une pratique légitime, quand d’autres excluent toute forme de violence du répertoire d’action collective. Le sujet a fait l’objet d’une longue discussion dimanche. Interrogé par l’AFP, Victor, membre de la « commission action », explique ainsi que le mouvement reste « solidaire de ceux que les médias appellent les casseurs », même si lui prône « des actions pacifiques ». Mais sur place, des nuitdeboutistes nous ont, à l’inverse, confié qu’ils souhaitaient l’exclusion des individus violents, notamment « ceux qui montent des barricades » sur la route bordant la place de la République.

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