En temps de crise, les jeunes misent sur la débrouillardise pour décrocher un job

EMPLOI Alors qu’un jeune Français sur quatre est au chômage, les moins de 30 ans considèrent que la débrouillardise et le culot sont les meilleurs atouts pour trouver un emploi selon un sondage exclusif OpinionWay pour « 20 Minutes »…

Laure Cometti

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Des jeunes en entreprise (illustration)

Des jeunes en entreprise (illustration) — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Pour les jeunes Français, le culot et la débrouillardise sont plus déterminants que le diplôme ou le réseau dans la recherche d’emploi. C’est ce qui ressort d’un sondage sur le travail réalisé par OpinionWay pour 20 Minutes auprès des 18-30 ans*. Faut-il y voir le regard désabusé d’une jeunesse touchée par le chômage ou un discours méritocratique ? Les réalités varient en fonction des filières et les catégories socioprofessionnelles.

Pour 62 % des jeunes, la débrouillardise est le meilleur atout pour trouver un job

Alors qu’un jeune Français sur quatre est au chômage (chez les moins de 25 ans), les sondés considèrent que la débrouillardise et le culot sont les meilleurs atouts pour trouver un emploi (62 %), devançant nettement le diplôme (41 %) et le réseau (40 %). Cette tendance s’inverse chez les lycéens et les étudiants pour qui le diplôme est l’atout numéro un, devant la débrouillardise.

Elise Tenret, maître de conférences en sociologie à l’université Dauphine, l’a également constaté à travers l’enquête 2013 de l’Observatoire national de la vie étudiante (OVE), « les efforts personnels sont plébiscités. 75 % des 18-35 ans jugent que ce facteur est très important dans la réussite professionnelle et ils sont 44 % à en dire de même du diplôme ». Pour la sociologue, ces résultats reflètent la prégnance d’une « rhétorique méritocratique propre à la société libérale individualiste », mais aussi une certaine clairvoyance. « Le diplôme reste un facteur important mais les jeunes sont conscients qu’il ne suffit pas pour décrocher un emploi », poursuit-elle. En effet, selon notre sondage seuls 41 % des jeunes ont confiance en la capacité des entreprises à leur assurer un avenir professionnel satisfaisant.

Le culot, une arme (à double tranchant) dans un contexte très compétitif

Miser sur la débrouillardise et le culot ne revêt toutefois pas le même sens pour tous les jeunes car « il y a des disparités de représentations de la recherche d’emploi en fonction des filières », indique Elise Tenret.

En effet, Jean Pralong, professeur de gestion des ressources humaines à Neoma Business School, estime que « les jeunes ne jouent pas tous à armes égales en matière de compétences à gérer sa carrière. Dans les grandes écoles, on apprend à se vendre. Certains BTS sont très demandés. Mais pour les autres, la concurrence peut être très violente ».

Le culot peut donc faire partie d’une stratégie de recherche d’emploi. « Les jeunes sont conscients qu’il faut jouer des coudes pour se faire une place dans un environnement de plus en plus compétitif. Accéder au Graal du CDI c’est dur, et ça ne tient parfois qu’à un fil, d’où l’idée qu’il peut être judicieux de bousculer les codes », observe Jean Pralong. Attention toutefois à ne pas trop les bousculer, « car cela peut être maladroit ou contre-productif », prévient le professeur.

La débrouillardise comme alternative à la crise

Pour certains jeunes, la débrouillardise est une condition sine qua non dans la recherche d’emploi. C’est ce qu’ont constaté les journalistes Sophie Brändström et Mathilde Gaudéchoux, auteures de Ma vie à deux balles, un web-documentaire puis un livre** consacrés à une jeunesse confrontée à la précarité. Sophie Brändström observe que les jeunes en recherche d’emploi ont souvent recours au système D, grâce aux réseaux, en ligne - « comme Twitter ou le site Le Bon Coin pour trouver un petit boulot ou une colocation » - et IRL [dans la vie réelle]. Ne pouvoir compter que sur sa débrouillardise dans sa recherche d’emploi est « plus fatigant », mais cela laisse aussi « plus de liberté et permet un autre équilibre en vie professionnelle et vie privée », constate la journaliste.

« De plus en plus de jeunes optent pour le système D, l’uberisation du marché du travail. Ils choisissent de se reconvertir en utilisant les nouvelles technologies pour échanger des savoir-faire, ils cumulent plusieurs jobs ou créent leur propre boulot », affirme Sophie Brändström. Près de quatre jeunes sur dix envisagent de devenir entrepreneur et de créer leur propre emploi selon notre sondage, et 5 % l’ont déjà fait. En moyenne, les 18-30 ans travaillent 38.3 heures par semaine (en comptant le travail et le temps consacré aux études et aux petits boulots). Au cours de son enquête auprès des jeunes précaires, la journaliste a constaté qu'« ils refusent d’être une génération sacrifiée comme on les a si souvent décrits ».

Si vous avez entre 18 et 30 ans, vous pouvez participer au projet «#MOIJEUNE», une série d'enquêtes lancée par 20 Minutes et construite avec et pour les jeunes. Toutes les infos pour vous inscrire en ligne ici.

 

* Etude OpinionWay pour 20 Minutes réalisée en ligne du 24 mars au 4 avril 2016 auprès d’un échantillon représentatif de 583 jeunes âgés de 18 à 30 ans (méthode des quotas).

** Ma vie a deux balles. Génération débrouille, de Sophie Brändström et Mathilde Gaudéchoux, éditions Les liens qui libèrent, paru le 26 août 2015.

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