Georges Salines, le président de l'association «13 Novembre : fraternité et vérité», est un passionné de course à pied.
Georges Salines, le président de l'association «13 Novembre : fraternité et vérité», est un passionné de course à pied. - RS

Il a beau se présenter comme un « vieux vétéran » légèrement rouillé, Georges Salines enchaîne les tours de pistes avec une allégresse juvénile. Increvable coureur de fond, le président de l’association « 13 novembre : Fraternité et Vérité » est un peu chez lui au stade de la porte de Charenton, en lisière du bois de Vincennes. C’est ici que, trois fois par semaine, ce médecin de 59 ans, enfile ses baskets et transpire pendant plus d’une heure. Le rituel est instauré depuis de nombreuses années. Mais encore plus depuis novembre dernier et cette nuit tragique au cours de laquelle sa fille Lola a perdu la vie au Bataclan. « J’ai appris sa mort le samedi vers 18h. Le dimanche matin j’avais entraînement. J’y suis venu pour voir mes copains, pour courir avec eux. »

Ce jour-là, une centaine de coureurs l’accompagnent pour une sortie collective dans le bois. « Les gens sont venus parce qu’ils savaient qu’il serait là, confirme Claude Mercier, l’entraîneur-président de la SAM Paris 12, l’un des plus vieux clubs d’athlétisme de la région. Il y a une solidarité des coureurs. Nous sommes proches les uns des autres. » Par pudeur, certains n’osent lui parler. Mais leur présence suffit à le toucher. « Ils m’ont entouré, ils ont été extraordinaires. Ça m’a fait du bien », souffle celui qui a fait de la course à pied un élément clé de son équilibre. A vrai dire, Georges Salines a toujours couru depuis ses années étudiantes. Et ses jambes le portaient encore en moins de 3h sur marathon il y a deux ans.

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Des entraînements sanctuarisés

Pour lui, il n’a jamais été question de s’arrêter après la tragédie du mois de novembre. « Au contraire. » Malgré un quotidien bousculé par l’activité de l’association, les sollicitations médiatiques et les rendez-vous en hauts lieux, jusqu’à l’Elysée lundi dernier, le représentant des familles de victimes et de leurs proches sanctuarise toujours ses entraînements. « C’est ma fenêtre de respiration », glisse-t-il avant de rejoindre son groupe.

En période de deuil, « ça me permet de tenir le coup physiquement. On est dans des combats qui vont durer des années sur le plan judiciaire. Et psychologiquement, on doit encaisser des chocs à répétition. » Le dernier en date, cette semaine, avec les attentats de Bruxelles. Les images l’ont tout de suite replongé dans le chaos de la fin de l’année 2015. « Ça a réactivé la douleur, le stress. On pense sans arrêt à ce que vivent les familles, les proches qui, toute la journée, ont dû rechercher une personne quand le téléphone portable ne répond plus… »

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« Toujours disponible pour conseiller les plus jeunes. »

En courant aussi, l’homme meurtri avoue repenser à ces heures difficiles. Mais surtout à sa fille. « Ça m’arrive quand je fais un footing dans le bois tout seul. Moins quand je cours avec le club. On discute. » Dans l’effort, il lui arrive parfois de tutoyer un état proche de la méditation. La course lui apporte certaines réponses. « Oui, les idées viennent. Ce sont des moments où on n’est pas en train de regarder son portable, la télé. Ce sont des moments pour penser. » Et partager. Claude Mercier confirme le rôle important du représentant des familles de victimes au sein de son groupe. « Un très bon coureur, l’un de nos meilleurs vétérans, toujours disponible pour conseiller les plus jeunes. »

Pendant les séances, les discussions glissent rarement sur le sujet des attentats. Sauf si l’intéressé en éprouve le besoin. En ce mardi de mars, il est plutôt question de « fractionné », de « VMA », de « spécifique sur 400m ». Un jargon que seuls les habitués des pistes peuvent apprécier. Y compris dans la difficulté. Mais dans ces moments-là, courir n'est-il pas le meilleur moyen de rester debout?

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