Attentats de Bruxelles: Les Français redoutent une autre attaque dans l'Hexagone

EXCLUSIF Au lendemain des attentats qui ont frappé la capitale belge, les Français craignent pour leur sécurité, selon un sondage YouGov pour « 20 Minutes »...

Anissa Boumediene

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Militaires français en patrouille le 23 mars 2016 à l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy

Militaires français en patrouille le 23 mars 2016 à l'aéroport Charles de Gaulle à Roissy — ALAIN JOCARD AFP

La réponse a été immédiate. Aussitôt après les attentats meurtriers qui ont frappé Bruxelles ce mardi, Bernard Cazeneuve a annoncé le renforcement des mesures de sécurité sur l’ensemble du territoire. Pas de quoi rassurer pour autant les Français, qui sont plus de 87 % à juger qu’il est probable qu’un nouvel attentat frappe l’hexagone dans les prochains mois, selon un sondage YouGov pour 20 Minutes*.

Des mesures jugées insuffisantes

Le dispositif de sécurité était déjà proche de son maximum. Mais depuis mardi, plus de 1.600 policiers et gendarmes supplémentaires sont déployés sur le territoire,les contrôles s’intensifient aux frontières, et la sécurité dans les transports publics et les aéroports est renforcée. « C’est la réponse sécuritaire qui s’impose à tous les responsables en charge de la sécurité dans de telles circonstances. Le renforcement visible des mesures de sécurité, de la présence policière, doit forcément être mis en place pour dissuader, perturber et neutraliser les terroristes qui pourraient passer à l’acte », explique Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme à la  Direction de la surveillance des territoires (DST). « Ne pas le faire serait une erreur ».

Pourtant, près de 65 % des Français estiment que ces mesures sont insuffisantes face à la menace terroriste. « Ce dispositif est indispensable, mais inadapté et insuffisant, parce que les terroristes sont prêts à se sacrifier et peuvent être partout, se déplacer sans qu’on puisse les empêcher d’agir », poursuit Louis Caprioli. Face à ce constat, près de 60 % des personnes interrogées ne se sentent pas en sécurité sur le territoire. « Les Français sont conscients qu’il estimpossible de sécuriser absolument tous les lieux publics », abonde l’ex-responsable de la lutte antiterroriste. A défaut, il faudrait renforcer les moyens humains en termes de renseignement, « recruter pour arriver à quadriller et infiltrer les réseaux », préconise-t-il. Or, « il faut 18 personnes pour surveiller un seul individu 24 heures sur 24, et plus encore pour identifier tous ceux avec qui il pourrait entrer en contact. Cela demande des moyens considérables, que l’on n’a pas, donc il faut faire des choix, au risque de passer à côté de quelque chose », déplore-t-il.

La prolongation nécessaire de l’état d’urgence

Dans ce contexte,la prolongation de l’état d’urgence, prévu jusqu’au 26 mai, semble s’imposer pour les trois quarts des Français (73,5 %). « C’est une bonne chose. Quand il a été déclenché au lendemain des attentats du 13 novembre, plus de 3.000 perquisitions ont été réalisées, durant lesquelles des armes de guerre ont été retrouvées. On ne peut pas tout judiciariser : l’état d’urgence est nécessaire parce qu’il est réactif et permet de faire du nettoyage, de lever des doutes », analyse Louis Caprioli.

Autre intérêt de l’état d’urgence : « décentraliser la lutte antiterroriste. Le système français est basé à Paris. Lorsque l’état d’urgence est en place, les préfets, qui ont une vision plus précise de ce qu’il se passe sur leur territoire, peuvent déclencher les opérations, indique-t-il. A l’approche de l’Euro 2016, cela semble particulièrement pertinent. C’est un instrument dont on ne peut pas se faire l’économie ».

*Enquête réalisée du 22 au 23 mars 2016 sur un échantillon de 1.009 personnes représentatif de la population nationale française âgée de 18 ans et plus (méthode des quotas).