French youths take part on March 24, 2016 in Toulouse, in a demonstration against the implementation of the French Labour minister new labour legislation.  / AFP PHOTO / ERIC CABANIS
French youths take part on March 24, 2016 in Toulouse, in a demonstration against the implementation of the French Labour minister new labour legislation. / AFP PHOTO / ERIC CABANIS - AFP

Le cortège des manifestants rassemblés ce jeudi aux abords de la Tour Montparnasse n’a pas encore démarré, que déjà, Thomas, étudiant en droit à l’Université de Créteil (Paris 12) met en garde : « Les débordements violents décrédibilisent notre mobilisation ». Pourtant, à moins de deux mètres plus loin, positionnés devant les organisations syndicales, quelques silhouettes cagoulées s’échauffent face au CRS.

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Ce 24 mars, sept syndicats et organisations de jeunes (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, UNL et Fidl) ont tenté de maintenir le rythme de la mobilisation, deux semaines après le premier rassemblement contre le projet de loi Travail, porté la ministre Myriam El Khomri. Mais la journée a été émaillée par quelques heurts en marge des manifestations parisiennes débutées place d’Italie (13ème arrondissement) puis Boulevard du Montparnasse au sud de la capitale.

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« Régressions historiques »

Si les lycéens et étudiants semblaient s’être davantage déplacés que les salariés, le ministère de l’Intérieur et la préfecture de police de Paris évoquait ce jeudi soir un premier bilan de 4.800 à 5.200 participants. Un chiffre nettement plus modeste que les bilans des précédentes manifestations les 9 et 17 mars, estimés entre 224 000 et 500 000 personnes à travers la France. Pour autant, pas de quoi décourager Cécile, salariée de 26 ans, syndiquée à la CGT : « Aujourd’hui, on essaie simplement de maintenir le mouvement, mais le prochain rendez-vous important, c’est le 31 mars, tout le monde sera là », s’enthousiasme la jeune femme.

Dans un communiqué commun, publié ce jeudi soir, les organisations syndicales de la Fonction publique (CGT, FO, FSU et Solidaires) appellent à une nouvelle grève générale la semaine prochaine pour protester contre le texte qu’ils considèrent comme étant « une addition de régressions historiques ».

Thomas, l’étudiant en droit de l’université de Créteil, également vice-Président de l’UNEF Créteil, compte lui aussi sur cette date du 31 mars pour faire reculer le gouvernement : « On refuse de partir défaitistes. Notre principale revendication reste le retrait pur et simple de la loi, pour ce faire, le mouvement doit s’amplifier et c’est ce qu’il va se passer le 31 mars prochain ».

Une « accumulation »

Dans le cortège parisien, plusieurs retraités se sont joints aux cris des lycéens. Juan, 62 ans, ancien salarié de la Poste et militant communiste, fait partie des manifestants : « Cette loi, c’est une attaque supplémentaire de la part du gouvernement. On nous demande de plus en plus et on nous donne de moins en moins », justifie le retraité.

Pour lui, comme pour Luc et Michel, qui se définissent comme des « anciens », leur présence aux côtés des jeunes est indispensable : « Il s’agit de passer le relais à la jeunesse ». Michel, chômeur âgé de 64 ans, foulard noué autour du cou et béret vissé sur la tête, a participé aux manifestations en Mai 68 : « A l’époque, il a fallu moins que cette loi pour que ça démarre ». En marge de leurs craintes vis-à-vis de la loi Travail, tous les trois dénoncent la politique sécuritaire du gouvernement et une perte des acquis sociaux.

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Sur les trottoirs adjacents et dans les cortèges, les débats autour du projet de loi El Khomri sont rapidement rattrapés par d’autres problématiques. Thomas, Cécile, Luc ou Michel évoquent tour à tour « la politique sécuritaire de Manuel Valls », « la prorogation de l’état d’urgence » ou « la déchéance de nationalité » comme agrégats d’une « cristallisation » d’un mécontentement. Pour Thomas, le soutien de l’opinion publique joue également un rôle important dans la longévité du mouvement étudiant. Ce jeudi, un sondage publié conjointement par Le Parisien et France Info faisait notamment état d’une opposition au texte partagée par 71 % des Français.

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Un état d’urgence qui n’a pas empêché les quelques débordements entamés dès la matinée sur le boulevard de Port-Royal, qui se sont poursuivis cet après-midi près des Invalides et à quelques mètres du Medef, le syndicat patronal. Côté CRS, la diffusion d’une vidéo d’un jeune garçon, scolarisé au lycée Henri-Bergson (XIXe arrondissement), violenté par les forces de l’ordre a suscité l’indignation. Le parquet de Paris a ouvert une enquête judiciaire, confiée à l’IGPN, pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique, a indiqué à l’AFP une source judiciaire. Bilan des heurts ce jeudi : deux voitures incendiées, 20 personnes interpellées sur l’agglomération parisienne dont 15 à Paris et deux policiers blessés.

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