Journée sans viande: Pourquoi deviennent-ils tous végétariens?

ALIMENTATION Les Français qui ne consomment pas de viandes seraient en France entre 2 et 3 %...

Thibaut Le Gal

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Végétarienne, illustration.

Végétarienne, illustration. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Le crépitement du morceau de bœuf au beurre persillé sur la poêle n’est, pour eux, qu’un lointain souvenir. Depuis quelques années, la visibilité des végétariens s’amplifie. Ils seraient, en France, entre 2 et 3 %*. 10 % des Français envisageraient même de le devenir, selon un sondage Opinion Way pour Terraeco, réalisé en janvier*. A l’occasion de la journée internationale sans viande, le 20 mars, 20 Minutes s’est penché sur les raisons qui poussent les personnes à abandonner leur consommation de viande.

« J’ai vu un reportage sur les abattoirs, ça m’a particulièrement choquée »

Les questions de bien être animal et d’éthique sont les plus invoquées par les partisans de ce régime alimentaire. C’est le cas d’Olivia, 29 ans, clerc de notaire dans le Val-d’Oise. « J’ai toujours été proche de la cause animale. Mais je ne faisais pas le lien et mangeais de la viande tous les jours. Je ne voulais pas me culpabiliser… Jusqu’à l’affaire Spanghero », assure-t-elle.

En 2013, un scandale éclate lorsque de la viande de cheval est retrouvée dans des lasagnes. « Cela m’a amené à avoir des réflexions sur le sujet de la traçabilité. Puis je me suis autorisée à regarder des vidéos d’abattage sur Internet, j’ai commencé à manger moins de viande, puis plus du tout. J’étais pourtant une vraie viandarde… », sourit-elle aujourd’hui.

Les raisons sont identiques pour Sonia, 41 ans, en recherche d’emploi en Côte-d’Or. « A 14 ans, j’ai vu un reportage sur les conditions de vie dans les abattoirs, ça m’a particulièrement choquée. Quelques minutes seulement m’ont suffi pour ne plus cautionner. J’ai arrêté de manger de la viande, du poisson, des produits contenant de la gélatine animale », confie-t-elle.

Les Français consomment de moins en moins de viande

Les questions environnementales sont également des facteurs de conversion au végétarisme. L’élevage industriel est par exemple responsable de 14.5 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales.

« A mes 20 ans, ce n’était pas vraiment à la mode, et je m’intéressais déjà à l’écologie. Un livre m’a fait prendre conscience de l’impact environnemental de la production de viandes rouges notamment », rapporte Noé, comédien parisien de 28 ans. « Ça tombait bien car à l’époque, j’étais étudiant et je n’avais pas forcément les moyens d’en manger », rappelle-t-il.

Le prix, le coût écologique, et la prise en compte de la souffrance animale sont autant de raisons qui poussent les Français à se détourner, au moins en partie, de la consommation de viande. Après avoir atteint un pic en 1998 avec 94,1 kg en équivalent carcasse consommés par habitant (kgec/hab.), celle-ci est descendue à 86 kgec/hab. en 2014 et serait continuellement en baisse,selon les chiffres de France Agrimer de juin dernier.

Toutes les catégories sont représentées

Deviendrons-nous, à long terme, tous végétariens ? « Il est difficile d’obtenir des statistiques lourdes et rigoureuses en la matière car il n’y a pas un mais plusieurs végétarismes », prévient Arouna Ouédraogo, chercheur-sociologue à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique). « On peut toutefois dire que le profil social du végétarien est beaucoup plus éclaté qu’on ne pense. C’est d’abord un phénomène urbain, mais toutes les catégories sociales sont représentées », rappelle le chercheur.

«D'ici 2050, nous serons 9 milliards d'habitants. On ne pourra pas rester sur le régime alimentaire actuel pour tous», assure Gilles Demarque, nutritionniste à Paris. «Tous les indicateurs laissent supposer que le végétarisme est l'alimentation de demain».

« La tendance est à la hausse car les canaux d’apprentissage d’une consommation alternative (famille, réseaux sociaux, médias, magasins d’alimentation) est de plus en plus présente et visible », poursuit Arouna Ouédraogo. L’image a également beaucoup évolué. « Il y a quelques années, j’étais vu comme un OVNI. Le végétarien était le rabat-joie, le type qui ne profite pas de la vie », s’amuse Noé. « Aujourd’hui, c’est devenu tendance. Comme pour le réchauffement climatique, la société est, petit à petit, en train de l’accepter ».

>> A lire aussi l'interview de Gilles Demarque, nutritionniste à Paris: «On peut être végétalien et en parfaite santé»

 

*Une enquête réalisée par Opinion Way pour « Terra eco » les 27 et 28 janvier 2016 sur un échantillon représentatif de 1052 personnes.