Place de la Nation, 11h. Des grappes de lycéens de Paris et d’Ile-de-France convergent ce jeudi vers cette place du 12e arrondissement de Paris, répondant à l’appel des organisations de la jeunesse à se mobiliser contre le projet de loi de réforme du droit du travail.

 

>> EN DIRECT. Environ 69.000 manifestants dans toute la France, selon les autorités... Plus de 150.000 jeunes, selon l'Unef...

« C’est nous les travailleurs de demain ! »

Parmi la foule, il y a ceux qui sont venus combattre la loi El Khomri, et ceux qui semblent moins concernés par la politique et le droit du travail. « Y’en a qui font ça pour louper les cours », reconnaît Antoine, en seconde au lycée Arago, bloqué depuis ce matin. Lui est venu car il s’inquiète pour son avenir. « On sera pas beaucoup à devenir patrons, on va majoritairement être des travailleurs. A 30 ans, on aura peut-être des enfants, et si notre patron décide de changer nos horaires, on n’aura pas le choix. Cette loi ne nous protégera pas ».

Paul et Antoine devant le lycée Arago à Paris, le 17 mars 2016.
Paul et Antoine devant le lycée Arago à Paris, le 17 mars 2016. - L. Cometti / 20 Minutes

 

Beaucoup redoutent de se retrouver sur un marché du travail perçu comme atone voire menaçant. « C’est nous les travailleurs de demain ! Demain, c’est nous qui allons travailler plus de 35h par semaine et que les patrons pourront virer quand ils voudront », s’indigne un groupe de jeunes filles du lycée Jacques Monod. « Eux au gouvernement, ils sont tranquilles dans leurs bureaux, ils ne nous écoutent pas », lâche l’une d’elles. « Mes parents sont venus du Mali pour que j’aie un meilleur avenir, mais si cette loi passe ça ne sera pas le cas », craint Binta.

« Je suis venu pour être avec mes potes »

Si certains affirment être venus pour préserver les acquis obtenus par « la SFIO et le Front populaire », pour d’autres la manifestation relève plutôt du rite initiatique. « Je suis venu pour être avec mes potes », assume Yadis, « comme au moins la moitié des lycéens qui sont là aujourd’hui et qui s’en fichent de la loi Travail ».

Une poignée de casseurs s’est attaquée à une banque du 11e arrondissement, dès 10h30. Les CRS, nombreux, ont répliqué avec du gaz lacrymogène. Trois manifestants ont été interpellés et deux policiers légèrement blessés. Hormis cet incident, que la majorité des lycéens condamne, le rassemblement se déroule dans une ambiance bon enfant.

Vers midi et demie, la majeure partie des lycéens quitte la place de la Nation. Certains se dirigent vers la place de la République, par petits groupes. Mais d’autres retournent en cours ou rentrent chez eux, « fatigués d’avoir marché depuis 6h du matin ».

Des lycéens et de étudiants manifestent à Paris contre la loi El Khomri, le 17 mars 2016.
Des lycéens et de étudiants manifestent à Paris contre la loi El Khomri, le 17 mars 2016. - L. Cometti / 20 Minutes

 

Place de la République, la moyenne d’âge augmente un peu. Etudiants, lycéens et sympathisants de syndicats CGT, Sud, FO et FSU sont rassemblés mais les trois catégories ne se mélangent pas totalement. Les aînés regardent les plus jeunes avec bienveillance. « La relève est là, ça me remonte le moral de voir que les jeunes se mobilisent », confie Colette, retraitée de l’Education nationale qui estime qu’avec la loi El Khomri, « le gouvernement va enterrer les droits pour lesquels nous nous sommes battus après la guerre ».

Des manifestants moins nombreux que le 9 mars

Sous un soleil clément pour ce mois de mars, le cortège, aéré, avance jusqu’à la place d’Italie, terminus de la manifestation où les manifestants arrivent dès 16 h avant de se disperser rapidement.

Certains restent assis à discuter de la manifestation. C’est l’heure du bilan pour cette deuxième manifestation d’une série qui doit se poursuivre les 24 et 31 mars. L’espoir domine, avec le soulagement de constater que les annonces faites par le gouvernement lundi n’ont pas désamorcé le mouvement de contestation, même si la CFDT et la Fage ont quitté le mouvement. « Même si le gouvernement a fait de soi-disant concessions, ça ne démobilise pas les jeunes. J’ai l’impression qu’on peut gagner », observe un étudiant de Paris-I.

>> Loi El Khomri: La jeunesse peut-elle tout faire basculer?

La police a dénombré 69.000 manifestants dans toute la France. L’Unef en a compté « plus de 150.000 ». Le 9 mars dernier, les autorités avaient comptabilisé environ 224.000. Mais « peu importe les chiffres, on n’est pas seuls dans ce combat », insiste une étudiante. Moins optimiste, Florian, 25 ans, estime que « s’il n’y a que les jeunes dans la rue, ça va pas le faire ». Il craint également un « mouvement éclair », qui risque de s’essouffler.

 

>> Cliquez ici pour voir des images de la manifestation sur votre mobile

Mots-clés :