François Hollande à Bruxelles, le 19 février 2016
François Hollande à Bruxelles, le 19 février 2016 - EMMANUEL DUNAND AFP

La France doit-elle rester dans l’UE ? Plus d’un Français sur deux (53 %) souhaiterait pouvoir répondre à cette question à travers un référendum, révèle une étude dirigée par l’Université d’Édimbourg. Pour autant, en cas de consultation, le « oui » l’emporterait, avec 45 % des suffrages, devant le « non » (33 %), tandis que 22 % des Français se disent indécis. Comment faut-il analyser ce résultat ? 20 Minutes a posé la question à l’eurodéputée centriste Sylvie Goulard.

Quel regard portez-vous sur ce sondage ?

Il confirme ce que je craignais : le fait de permettre à des citoyens, en l’occurrence aux Britanniques, de voter pour ou contre le maintien de leur pays dans l’UE ne peut que donner envie aux autres Européens de s’exprimer également. Et comme ces derniers n’ont pas cette opportunité, ils ressentent de la frustration.

Fallait-il donc interdire à David Cameron d’organiser un référendum dans son propre pays ?

Non, d’autant plus que les textes prévoient cette possibilité. Ce que je critique, c’est la gestion de cette affaire par les dirigeants européens. Quand un pays menace de s’en aller et qu’il obtient davantage pour rester, cela ne peut constituer une bonne base de départ pour construire un avenir commun et solide. Autrement dit : si les dirigeants jugeaient les revendications britanniques légitimes, ils auraient dû prendre des nouvelles mesures pour tous les Etats et pas seulement pour le Royaume-Uni. A minima, ils auraient pu demander au parlement européen et aux parlements nationaux des 28 pays de l’UE de valider l’arrangement conclu le 19 février. Ce qu’ils ont soigneusement évité de faire.

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Cette envie de référendum chez les Français serait donc seulement liée à la situation britannique ?

Non, il y a également un malaise avec l’UE et nous constatons que les Français sont en la matière plus frustrés que d’autres peuples. Mais que veulent-ils exactement ? Quitter l’Europe ou la remettre à l’endroit ? Ce qui est sûr, c’est que les Français ne comprennent pas la politique européenne menée par la France. Et pour cause : François Hollande leur promettait un plan B, il disait vouloir mettre en œuvre une Europe plus sociale, privilégiant la croissance et l’emploi… Quatre ans après, où en sommes-nous ? Il n’y a pas eu la moindre avancée. Les citoyens constatent en revanche que leur pays ne cesse de perdre de son influence au niveau européen.

En tout cas, ils constatent que la France ne parvient pas à obtenir l’aide qu’elle attendait de la Commission européenne en matière d’agriculture, par exemple sur l’étiquetage des produits transformés…

La voix de la France ne porte pas et nous pouvons nous en plaindre. Mais la vérité, c’est que la France ne s’organise pas et qu’elle ne s’est jamais organisée pour que sa voix porte. Regardez les députés qu’elle envoie à Bruxelles et à Strasbourg ! Je ne parle même pas du fait qu’un tiers des eurodéputés français soient contre l’Europe, ce qui ne risque pas de la faire avancer. La classe politique française qu’elle soit de gauche ou de droite n’a jamais pris au sérieux l’UE. Elle n’y envoie pas ses meilleurs éléments, contrairement à l’Allemagne ou au Royaume-Uni. Ce qui explique pourquoi elle ne se fait pas entendre, d’autant plus qu’elle n’est pas aidée par ses médiocres performances économiques. A un moment, cela se paie.

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Pensez-vous que les Français veuillent « divorcer » de l’Europe ?

Ce n’est pas ce que le sondage indique. Et puis, divorcer pour faire quoi ? Alors que la France ne parvient pas à convaincre ses partenaires européens en étant dans l’UE, pensez-vous qu’elle y parviendrait mieux en étant à l’extérieur ? Au niveau mondial, croyez-vous que les Etats-Unis et la Chine inviteront la France revenue au franc à la table des négociations quand ils traiteront de questions monétaires ? La Banque centrale européenne continuerait d’être invitée, mais la Banque de France ne le serait pas. Les Français ne veulent pas divorcer de l’Europe, mais ils ont un incroyable besoin d’en discuter et les gouvernants sont dans le déni de cette réalité.

N’est-ce pas surprenant que les Français réclament la tenue d’un référendum alors que leur « non » n’a pas été entendu lors du référendum de 2005 ?

Mais les Français ne sont pas seuls au monde ! A l’époque, l’UE regroupait 25 pays et 20 d’entre eux avaient validé le traité établissant une constitution pour l’Europe : 18 via leurs parlements nationaux et deux par référendum. Trois pays ne s’étaient pas exprimés et seuls deux avaient voté « non », dont la France. Alors, ce « non » français justifiait-il de bloquer la volonté de 20 autres pays ? Il faut le dire : le traité qui a été négocié par la suite a tenu compte de la position française, mais il a aussi tenu compte de celle des 20 autres Etats. N’est-ce pas là une preuve de respect de la démocratie ?

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