Démonstration d'un vol de drone à Paris le 9 février 2015.
Démonstration d'un vol de drone à Paris le 9 février 2015. - Francois Mori/AP/SIPA

On est passé tout près de la catastrophe. Ou pas. Depuis la révélation d’un incident impliquant un Airbus A320 et un drone, qui ont failli se percuter le 19 février à l’approche de Roissy, les spécialistes débattent des conséquences qu’aurait pu avoir une telle collision. 20 Minutes fait le point sur cette nouvelle menace.

Quelle menace un drone représente-t-il pour un avion de ligne ?

Jamais encore un drone n’est entré en collision avec un avion. Mais l’hypothèse inquiète l’Association internationale du transport aérien (IATA), qui craint un tel accident mais aussi l’interférence des fréquences radio utilisées pour contrôler les drones avec les systèmes de contrôle aérien. Un accident aurait-il toutefois des conséquences graves ? Les spécialistes sont partagés. Pour Michel Polacco, l’expert aéronautique de France Info, la collision entre l’avion et « un petit drone, même s’il ne pèse que quelques kilos », « peut rendre l’équipage incapable de piloter cet avion, s’il y a une fracture du cockpit ou du pare-brise ». « Avec un choc à 600 km/h, on peut parfaitement créer une catastrophe aérienne », imagine-t-il. Mais Xavier Tytelman, un ancien pilote qui tient un blog sur la sûreté aérienne, n’y croit pas. D’après lui, un impact avec un drone de grande taille pourrait certes provoquer une « fissuration » du pare-brise de l’avion, mais les pilotes savent manœuvrer dans ces conditions. Idem si le drone entrait dans un réacteur. « Même si l’on imaginait l’extinction d’un moteur, il s’agit d’une situation tout à fait maîtrisable à laquelle les pilotes s’entraînent plusieurs fois par an », poursuit-il. Quant à la carlingue, elle ne serait pas plus abîmée que ça, avance-t-il.

Les drones sont-ils nombreux aux abords des avions ?

En 2015, la gendarmerie des transports aériens a constaté huit signalements de survols illicites autour de l’aéroport de Roissy, selon l’AFP. Aux Etats-Unis, les chiffres sont plus impressionnants : le Centre d’étude des drones à l’université de Bard a recensé 921 incidents impliquant des drones entre décembre 2013 à septembre 2015. Trente-six d’entre eux concernent des incidents « proches d’une collision ». Dans 28 cas, les pilotes d’avions de ligne ont dû manœuvrer pour éviter une collision. En juillet 2015, un avion de la Lufthansa a frôlé un drone lors de sa descente vers Varsovie, en Pologne. L’engin est passé à 100 mètres de l’appareil, qui se trouvait alors à 760 mètres d’altitude. Au Royaume-Uni, un Airbus A319 est passé encore plus près d’un drone le 30 septembre. A l’approche de Manchester, les deux engins se sont frôlés d’environ six mètres.

Comment un drone peut-il se retrouver sur la trajectoire d’un avion ?

En France, un arrêté publié en décembre a réglementé l’utilisation de l’espace aérien des « aéronefs qui circulent sans personne à bord », autrement dit des drones. Ces derniers ne sont pas autorisés à voler à proximité des aéroports (parfois à 10 kilomètres à la ronde, pour certains aérodromes) ni à survoler des zones habitées. Et, surtout, ils ont l’interdiction de voler à plus de 150 mètres à portée de vue de leur opérateur.

Problème : « On sait bien que ces appareils sont furtifs et décollent de n’importe où », dénonce le président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), Philippe Evain, interrogé sur BFMTV. Le 19 février, l’Airbus A320 d’Air France assurant la liaison Barcelone-Paris a croisé un drone à 1.600 mètres d’altitude, à l’approche de l’aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle.

Comment repérer les drones grâce aux outils technologiques ?

La technologie en est aujourd’hui incapable. Les avions de ligne et les contrôleurs aériens disposent uniquement d’instruments leur permettant de connaître la position des gros appareils évoluant à proximité, rappelle l’AFP. Les drones, trop petits, n’apparaissent pas sur les écrans de radar. Il faudrait pour cela que le drone soit doté d’un système anti-collision. Seule la vigilance du pilote de l’avion peut donc permettre d’éviter la collision. L’Etat finance tout de même des systèmes de détection d’appareils autonomes afin d’assurer la protection des sites sensibles. Une décision prise après l’affaire des survols de centrales nucléaires. « Il faudra travailler sur les radars des tours de contrôle pour qu’ils puissent les détecter », estime pour sa part Philippe Evain, au nom du SNPL.

Peut-on au moins chasser les drones ?

Pour l’instant, on en est surtout au stade de la réflexion. Selon Xavier Tytelman, des solutions techniques existent déjà : le piratage du drone, la perturbation du système GPS s’il est autonome, le développement de drones chargés de faire la police, la formation de rapaces pour abattre les intrus… Outre les systèmes de détection des appareils, l’Etat français finance d’ailleurs le développement de systèmes de neutralisation.

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