Une femme sur un quai de métro le 28 octobre 2010 à Paris
Une femme sur un quai de métro le 28 octobre 2010 à Paris - Miguel Medina AFP
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Les faits se sont déroulés en plein jour, dans le très calme 15e arrondissement de Paris. Ce mardi vers 10h30, une étudiante américaine de 19 ans a été violée à la station de métro Dupleix. Alors qu’elle empruntait un escalator, un homme positionné derrière elle lui a baissé le pantalon avant de lui imposer une pénétration digitale. Un peu plus tôt cette semaine, une étude menée par  l’association Mémoire traumatique et victimologie pointant la persistance des stéréotypes et préjugés des Français sur le viol et les agressions sexuelles. Le Dr Gilles Lazimi, médecin généraliste et coordinateur de « Mémoires », une campagne contre le viol lancée sur le web et les radios dès le 5 mars par le Collectif féministe contre le viol*, réagit.


Des victimes de viol témoignent pour une… par 20Minutes

La pensée commune veut que les risques pour une personne d’être violée sont plus importants le soir, à l’extérieur, dans une rue sombre, plutôt qu’en pleine journée, dans les transports. Est-ce vrai ?

Les risques sont partout, notamment dans le métro. Les violences et harcèlements à caractère sexiste dans les transports en commun sont une réalité, c’est d’ailleurs incroyable que les sénateurs aient retiré l’amendement sur ce sujet de la proposition de loi sur la sécurité dans les transports ( réintégré depuis, ndlr). Peut-être faudrait-il plus de personnel déployé dans les transports pour assurer la sécurité des usagers.

Mais si des agressions sexuelles sont commises dans des lieux publics, la sphère privée est loin d’être épargnée. Dans huit cas sur dix, le violeur fait partie de l’entourage de la victime.

On ignore pour l’heure s’il y avait du monde dans la station de métro au moment des faits, mais il y a eu plusieurs cas d’agressions en public où personne n’est intervenu pour secourir la victime, qu’est-ce que cela révèle ?

Nous vivons dans une société peu empathique. Les gens ne réagissent pas parce qu’ils ne prennent pas en compte la souffrance des victimes. Ils ne veulent pas les voir, donc les secourir. Pourtant c’est un devoir d’agir si l’on est témoin d’une telle attaque. Si on en est capable, on intervient directement, sinon, il faut tirer la sonnette d’alarme, alerter la police, crier, interpeller les autres passants pour intervenir collectivement, prendre l’agresseur en photo… Il y a de nombreuses façons d’agir contre ces violences.

Tout cela implique une meilleure éducation à la citoyenneté et à l’égalité entre les sexes. Une éducation qui doit être dispensée dès le plus jeune âge au sein même de la famille et à l’école.Le viol est le crime qui a le plus de conséquences psychotraumatiques sur les victimes, qui subissent une violence extrême et vivent ensuite dans la douleur. Or chaque année, encore 86.000 viols sont commis en France. Seules 10 % des victimes portent plainte et moins de 2 % aboutissent à des condamnations. Il faut un message politique fort pour enfin punir plus systématiquement les violeurs, pousser les témoins à agir et aider les victimes à parler.

Une étude parue cette semaine montre qu’il y aurait une culture française du viol…

Si la même étude avait été réalisée il y a trente ans, les chiffres auraient sans doute été trois fois plus accablants. Les choses progressent, lentement. Mais c’est vrai, il y a encore énormément de travail à accomplir sur le terrain de la lutte contre le viol et la protection des victimes. Il faut que tout le monde, citoyens, policiers ou encore juges, soit en capacité de dire à une victime de viol : « Je vous crois, je vais vous aider, la loi est de votre côté ».

Mais il y a encore une culture française du viol. Ce n’est pas normal que les victimes de viol ne soient trop souvent pas crues, pas accompagnées, pas écoutées et aient honte de ce qui leur est arrivé. C’est sidérant de lire encore aujourd’hui qu’une partie des Français pensent qu’une personne qui a été violée a une part de responsabilité « l’a bien cherché, qu’elle a aguiché son agresseur » et d’autres horreurs de ce genre. Il y a un refus de comprendre que la victime de viol n’est jamais coupable de ce qu’elle subit.

* « VIOLS – FEMMES – INFORMATIONS », 0 800 05 95 95, du lundi au vendredi, de 10h à 19h.

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