Sylvie Coché, sage-femme depuis trente-deux ans.
Sylvie Coché, sage-femme depuis trente-deux ans. - Olivier Guerrin / Editions de l'Opportun

« Ma femme a perdu les os », s’exclame un futur père. « Je ne peux pas me recoucher, j’ai une aiguille dans le dos », s’inquiète une femme primipare après la pose de la péridurale. Dans Poussez, Madame !*qui paraît jeudi en librairie, Sylvie Coché, sage-femme depuis trente-deux ans, raconte ses meilleurs souvenirs professionnels.20 Minutes a rencontré cette passionnée, qui est intarissable sur son métier.

Chaque accouchement apporte son lot de surprises. Quel est celui qui vous a le plus déroutée ?

Celui du « bébé trampoline » au début de ma carrière. Sa mère est arrivée à la maternité sans se rendre compte que le travail était déjà bien amorcé. J’ai juste eu le temps de l’aider à se déshabiller quand j’ai vu son bébé rebondir sur sa culotte et glisser sur le sol. Mais fort heureusement, la petite fille se portait comme un charme !

Quelles histoires vous ont valu les plus beaux fous rires ?

Un soir de Noël, une patiente qui était en train de pousser a postillonné sur l’obstétricien, ce qui l’a fait s’esclaffer. Son rire était tellement communicatif que toute l’équipe médicale en a fait de même. Et ce sont les éclats de rire de la jeune mère qui, en contractant ses abdominaux, ont poussé le bébé vers la sortie. Il est né dans l’atmosphère la plus joyeuse qui soit !

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Certaines anecdotes semblent à peine croyables tant elles sont loufoques…

Oui, et elles sont pourtant vraies, comme l’histoire d’une patiente qui s’est introduit du yaourt dans le vagin à la petite cuillère car elle avait lu sur Internet que c’était bon pour combattre les mycoses. Elle avait juste mal compris : il est en effet bon de manger des yaourts en cas de mycose intestinale, mais pas vaginale ! Elle était très gênée de sa méprise quand je la lui ai expliquée. Pas question pour autant de me moquer d’elle car je sais que les femmes enceintes sont particulièrement fragiles. Autre anecdote déroutante : celle d’une arrière-grand-mère qui, en rendant visite à son arrière-petit-fils, lui a fait téter ses seins. Elle m’a expliqué qu’elle voulait juste rendre service à sa petite fille qui, fatiguée par son accouchement , s’était endormie alors que son bébé pleurait. Je suis sortie illico de la chambre, car je ne savais pas comment réagir. Je me souviens aussi d’avoir été interloquée en constatant qu’une mère, qui s’impatientait en ne voyant pas arriver sa montée de lait, avait donné un biberon de café au lait à son bébé. Je lui ai expliqué qu’il ne fallait pas recommencer.

Certaines mères ne semblent pas toujours bien comprendre les consignes médicales. Quels sont vos souvenirs les plus désopilants ?

J’ai trouvé un jour une femme qui tentait de peser ses seins après la tétée sur un pèse-bébé pour voir si son bébé avait bien pris. Elle n’avait pas compris qu’il fallait peser le bébé pour cela, pas ses seins ! Et une patiente s’est plainte un jour de ne pas réussir à s’introduire un suppositoire. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant qu’elle n’avait pas ôté l’emballage ! Ces femmes étaient pourtant bien « cérébrées », mais la fatigue leur avait fait perdre le sens commun. Dans ces cas-là, j’ai toujours dédramatisé la situation pour qu’elles évitent de culpabiliser.

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Les patientes prennent parfois les sages-femmes pour des larbins. Comment réagissez-vous dans ces cas-là ?

Ils sont rares. Certaines patientes m’ont appelée par exemple pour ramasser quelque chose par terre. Ce sont généralement des femmes qui n’ont pas une vie familiale épanouie et qui ont besoin de se sentir importantes à la maternité. C’est agaçant, mais je n’ai jamais refusé de leur rendre service, en leur faisant cependant remarquer que ce type de tâche ne faisait pas partie de mon boulot…

Vous avez souvent été la confidente de vos patientes. Quels secrets intimes avez-vous recueillis ?

Une patiente très perturbée m’a avoué qu’elle ne savait pas si elle allait donner naissance à un bébé blanc, qui serait l’enfant de son mari, ou à un bébé noir, celui de son amant. C’était trop dur à porter pour elle. Lorsqu’elle a mis au monde un bébé blanc, elle a éclaté en sanglots de soulagement. Son mari n’a jamais su pourquoi.

Les salles de naissance semblent souvent être des arènes où l’on lave son linge sale en famille. Comment réussissez-vous à désamorcer ces conflits ?

Les sentiments sont exacerbés lors de la naissance d’un enfant. Cela fait ressortir des tas de choses négatives. Comme des conflits entre gendre et belle-mère par exemple. Une fois, j’ai dû aussi gérer un conflit entre une patiente et son mari car elle venait d’apprendre que son mari la trompait avec sa meilleure amie. J’ai fait sortir son mari et je les ai calmés tous les deux afin qu’ils puissent accueillir leur bébé sereinement.

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Les pères ont des comportements parfois déplacés dans les maternités. Quels sont les exemples les plus frappants ?

Il y a ceux qui ont le nez sur le périnée de leur femme et qui disent « c’est comme les chutes du Niagara, mais en en rouge ». Il y a ceux qui m’expliquent mon métier. Ceux qui s’évanouissent. Ceux qui vous draguent ouvertement. Mais ces cas sont heureusement rares !

Vous avez aussi connu des moments de malaise comme le jour où votre blouse est restée coincée dans une porte et que vous êtes entrée en sous-vêtements dans la chambre d’une patiente…

J’avais 23 ans et j’étais mortifiée. Et pourtant il a bien fallu que j’entre à nouveau dans la chambre !

Vous dites aussi que certains jours sont moins propices aux accouchements, comment expliquez-vous cela ?

Oui, il y a peu d’accouchements les soirs de matchs de foot, comme si cela bloquait les femmes. Peu de bébés naissent aussi le jour de la Toussaint comme si les mères faisaient tout pour que l’anniversaire de leur enfant ne coïncide pas avec la fête des morts. A croire que l’on accouche que lorsque son corps et sa tête sont mûrs pour cela !

Vous citez plusieurs noms improbables qu’ont donnés les parents à leurs bébés, lesquels vous ont le plus amusée ?

Kim Ankull, Mégane Renault, Lara Clette.

Quels accouchements vous ont laissé les souvenirs les plus émouvants ?

Celui d’une patiente qui avait perdu son mari la nuit précédente. C’était d’une intensité incroyable. Elle a été très courageuse et a crié le nom de son mari lorsque son bébé est sorti de son ventre. J’en ai pleuré. Je me souviens aussi de la naissance de deux siamoises qui étaient dans les bras l’une de l’autre. On savait malheureusement qu’elles ne survivraient pas. Les accouchements sous X sont aussi bouleversants. La détresse des mères est palpable et leurs bébés ont une gravité impressionnante. Ils ne pleurent pas, comme s’ils ne voulaient pas déranger. Chaque année, je gère aussi des accouchements à l’issue duquel on découvre un handicap chez le bébé (spina-bifida, trisomie, bec-de-lièvre…). Je fais toujours en sorte de prévenir la mère du problème afin d’atténuer le choc et je l’accompagne du mieux que je peux.

Etes-vous blindée face à ces cas ?

Non, on ne peut jamais être indifférent. Ce n’est pas rare que j’aille pleurer dans mon coin.

Avez-vous eu l’impression de marquer à vie certaines femmes que vous avez aidées à devenir mère ?

Je pense que oui. D’ailleurs, je reçois régulièrement des cadeaux et des lettres. Et certaines femmes que j’ai aidées à accoucher me demandent pour leur deuxième enfant. C’est super gratifiant.

 

* Poussez, Madame !, Editions de l’Opportun, 9,90 euros.

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