Un compliment évident (illustration).
Un compliment évident (illustration). - PULSE/SIPA

L’enfer est pavé de bonnes intentions. La preuve avec le 1er mars, Journée mondiale du compliment. Ses initiateurs – des Néerlandais – ont voulu en faire « le jour le plus positif de l’année » en incitant les quidams à se féliciter les uns les autres. Oui mais voilà : tout le monde n’aime pas les compliments.

Bien sûr, nous ne parlons pas des fausses louanges. Celles qui sont intéressées - « Dis chéri, tu me prépares un sandwich ? Tu les fais tellement mieux que moi ! » - ou équivoques - « Je t’admire d’oser porter un pantalon comme ça » - ou carrément déplacés - « Chère employée, vous êtes très en beauté aujourd’hui ».

Non, ce sont les compliments sincères que Marie, 25 ans, a du mal à apprécier : « En tout cas ceux qui sont liés au travail. Je ne sais jamais comment répondre. Ma gêne se voit immédiatement et elle grille le fait que je n’ai pas confiance en moi. »

« Le compliment est aussi entendu comme une attente »

Aurélie, 32 ans, est quant à elle « hyper mal à l’aise » face à « tous types de compliments ». Et réagit à chaque fois de la même manière : en ne disant jamais « merci ». « Si on me dit que je suis jolie, je réponds que c’est parce que je suis bien maquillée. Si on me dit que j’ai assuré, je vais balancer : “Tu dis ça pour me faire plaisir”. Mes amis trouvent cela fatigant… ».

Catherine Perissol, psychothérapeute et auteur de l’ouvrage E.M.O.T.I.O.N. 7 étapes pour se comprendre (éditions Albin Michel), estime que cela est tout à fait normal : « Avoir du mal à accepter un compliment est un signe de bonne santé psychique. Bien sûr, une partie de nous réclame le compliment, qui est une valorisation du moi. Mais une autre partie ressent un embarras parce que le compliment est aussi entendu comme une demande, une attente. Concrètement, l’autre me dit qu’il aime quand je souris/m’occupe de lui/rends un bon dossier. Mais si je déroge à ce sourire/cette disponibilité/cette performance, m’appréciera-t-il encore ? »

Aurélie ne dit pas autre chose quand elle nous confie : « La première pensée que j’ai quand j’entends un compliment, c’est : “Demain, ce ne sera plus le cas.” Donc ça m’angoisse plus qu’autre chose. »

« L’acceptation de soi ne passe par la satisfaction de l’autre »

Mais alors, comment accepter le compliment sans s’encombrer de la pression sous-jacente ? « En ne renonçant pas à sa liberté. En se disant : “Cette personne aime que je sois souriant, mais pour autant, je reste libre d’être de mauvaise humeur.” En intégrant que l’acceptation de soi ne passe par la satisfaction de l’autre. Il faut aussi comprendre que la personne qui nous offre un compliment parle davantage d’elle que de nous : elle nous dit ce qu’elle aime, et non ce que nous sommes. » Dès lors, le compliment peut être utilisé par celui qui le reçoit avec altruisme : « L’élogieux s’ouvre à vous. Il faut arriver à le voir. »

Finalement, le plus problématique pour Catherine Perissol, ce sont « les personnes toujours en quête de compliments, parce que cela prouve qu’elles sont restées dans un registre très infantile, où seul le regard de l’autre permet d’exister ». D’ailleurs, la thérapeute n’est pas tendre avec l’éducation « au compliment » : « Des générations de parents ont élevé leurs enfants en ne cessant de les féliciter, pensant ainsi renforcer leur confiance en eux-mêmes. Mais la confiance ne s’acquiert pas ainsi. »

« Permettre à l’autre d’exprimer ce qu’il a expérimenté »

Comment, alors, s’acquiert-elle ? « Plutôt que de dire à un enfant que son dessin est joli, mieux vaut le questionner sur ce qu’il a aimé faire dans ce dessin, sur les difficultés auxquelles il a été confronté. Ce n’est plus l’avis de maman ou de papa qui est mis en avant, mais l’expérience personnelle de l’enfant. La véritable reconnaissance est de permettre à l’autre d’exprimer ce qu’il a expérimenté et éprouvé », répond Catherine Perissol.

La recette s’applique également aux adultes. Le compliment suprême ne serait donc pas de dire « Super ton dossier ! », mais plutôt : « Super ton dossier : comment t’y es-tu pris [e] ? ». Bien sûr, cela prend plus de temps. Mais c’est plus efficace. Ce qui est efficace aussi, « c’est l’apprentissage de l’auto-bienveillance », assure Catherine Perissol. Et pourquoi ne pas commencer dès à présent en saisissant le prétexte de cette Journée mondiale du compliment pour se féliciter soi-même ?

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