La ministre du Travail Myriam El Khomri, le 3 février 2016 à Paris.
La ministre du Travail Myriam El Khomri, le 3 février 2016 à Paris. - THOMAS SAMSON / AFP

Six Français sur dix sont opposés à la réforme du Code du travail dessinée dans l’avant-projet de loi du gouvernement selon un sondage exclusif réalisé par Harris Interactive pour 20 Minutes* dont les résultats sont publiés ce jeudi. En outre, plus des deux tiers des personnes interrogées estiment que la réforme El Khomri n’aura pas d’effet sur la réduction du chômage en France.

Très net rejet des sympathisants de gauche

A peine un tiers des personnes interrogés se déclarent favorables à l’avant-projet de loi El Khomri, du nom de l’actuelle ministre du Travail. Mais d’importants écarts peuvent être observés, notamment en fonction de l’orientation politique des sondés. La réforme du Code du travail recueille le soutien d’une majorité des sympathisants de droite du centre (54 %), mais une très large majorité des sympathisants de gauche (66 %), du Front de gauche (89 %) et du Front national (79 %) s’y oppose. L’âge joue également : plus les sondés sont jeunes et plus ils rejettent la réforme (70 % chez les moins de 35 ans et 65 % chez les 35-49 ans, contre 53 % d’opinion favorable chez les plus de 65 ans).

« Il y a une vraie difficulté pour François Hollande d’entraîner son électorat », observe Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique/Opinion de Harris Interactive. Pour le politologue, c’est la première fois que ce « décrochage » est si net. « Même à l’époque du pacte de responsabilité, une majorité de son électorat le suivait. Aujourd’hui les sympathisants de droite soutiennent cette réforme, on est à front renversé. »

Pour Bernard Vivier, directeur de l’Institut supérieur du travail, ces résultats reflètent aussi l’influence de la présidentielle de 2017 dans le débat sur la réforme. « Le décrochage d’une partie des électeurs de gauche peut être analysé à l’aune des disputes internes au sein de la majorité, divisée entre les réformateurs du gouvernement et les frondeurs. »

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Une « désillusion » quant à la baisse du chômage

En outre, une majorité des personnes interrogées ne voit guère d’effets positifs à la réforme du Code du travail. Pour plus de deux tiers des sondés, les mesures proposées par le gouvernement ne permettront ni d’améliorer les conditions de travail des salariés, ni de réduire le chômage. Mais près d’un Français sur deux estime que la réforme améliorera la situation économique des entreprises.

Ces résultats sont le « signe du discrédit de l’exécutif sur la question de l’emploi », analyse le sociologue Didier Demazière. « Il y a une désillusion des Français quant à l’efficacité de cette réforme. Le discours selon lequel l’amélioration de santé économique des entreprises permet de créer de l’emploi n’a plus de prise », souligne le chercheur au CNRS et enseignant à Sciences-Po.

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Très net rejet du plafonnement des indemnités prud’homales 

Invités à s’exprimer sur quatre mesures prévues par la réforme El Khomri, les sondés rejettent majoritairement le plafonnement des indemnités prud’homales en cas de licenciement abusif (68 %), l’élargissement des conditions du licenciement économique (58 %) et la possibilité de diminuer la rémunération des heures supplémentaires (56 %).

Selon Didier Demazière, il n’est guère surprenant que le plafonnement des indemnités prud’homales suscite une telle crispation. « Ce principe touche à la perte de l’emploi, une peur latente chez de nombreux Français, et surtout à un système de correction, de rééquilibrage après un licenciement abusif, en somme un dispositif de justice dans le rapport entre le salarié et l’employeur. Le gouvernement touche à un symbole. »

En revanche, ils sont 65 % à approuver le recours au référendum d’entreprise en cas de rejet d’un accord d’entreprise par les syndicats. «  Le cas de l’entreprise Smart, où les salariés ont accepté de travailler plus sans gagner plus pour sauver des emplois, a marqué l’opinion publique », relève Dider Demazière.

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* Enquête réalisée en ligne les 24 et 25 février 2016 par Harris Interactive pour 20 Minutes, auprès d’un échantillon de 1.182 personnes, représentatif des Français âgés de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

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