Extrait de la vidéo publiée par L214 dénonçant l'abattoir du Vigan (Gard).
Extrait de la vidéo publiée par L214 dénonçant l'abattoir du Vigan (Gard). - Capture d'écran

Après l’abattoir d’Alès, l’association L214 dénonce celui du Vigan… L’association n’a pas eu besoin d’aller très loin pour trouver d’autres atrocités à filmer : à 60 km à l’ouest d’Alès, dont l’abattoir avait été dénoncé en octobre 2015 par l’association de protection des animaux, c’est l’abattoir intercommunal du Vigan (Gard) qui est dans le collimateur de L214. L’association, qui « milite pour la fin de l’élevage et la fermeture des abattoirs » selon ses propres termes, a utilisé la même méthode qu’à Alès : une personne ayant accès à l’abattoir y a posé une caméra qui a tourné des images pendant quelques journées entre mai 2015 et février 2016. Comme d’habitude, les images sont accablantes (et peuvent choquer).

Projections d’ovins et saignées d’animaux conscients

Les infractions à la réglementation sont assez semblables à celles qui ont été observées à Alès : maltraitances diverses, notamment « par projection d’ovins » lorsque les moutons sont jetés violemment dans le couloir où ils refusent d’aller, saignées alors que les animaux sont encore conscients, électronarcoses (étourdissement par courant électrique) insuffisantes…

Contacté par 20 Minutes lundi dans la soirée, le directeur de l’abattoir, Laurent Kauffmann, n’avait pas encore vu les images, mais expliquait qu’une « reprise de conscience des animaux après une électronarcose, sans visiblement d’actions correctives de la part du personnel, ça peut arriver. Mais ça ne devrait pas arriver », ajoute-t-il. Quant aux cas de manipulations brutales des moutons, Laurent Kauffmann précise qu’il n’est « pas en mesure de dire si ces choses sont effectivement arrivées, mais si c'est le cas c’est une faute professionnelle. »

Défaillances dans la surveillance ?

Le directeur de l’abattoir rappelle également que les abattoirs sont suivis par la DDPP (Direction départementale de la protection des populations), en charge du respect des normes sanitaires, mais que cette surveillance « régulière » a sans doute eu des failles. « Nous sommes un tout petit abattoir, nous sommes trois et moi-même j’en suis responsable, mais à mi-temps », prévient-il.

Le rapport du vétérinaire qui a visionné les images conclut à « l’absence d’encadrement technique permanent des opérateurs permettant de s’assurer du respect des procédures » et déplore « des opérateurs peu formés et encore moins sensibilisés à la protection animale ». L’expert indépendant, qui qualifie toutefois les abattoirs « d’antichambres de la mort », estime que le cas particulier de maltraitance des ovins « doit faire l’objet de sévères sanctions professionnelles et judiciaires ».

Sur son site Web, l’abattoir assure qu’« encore dernièrement (février 2014), l’ensemble du personnel a suivi les formations et obtenus les certificats de compétence pour la protection et le bien être animal ». La visite guidée de l’abattoir filmée en août 2014 montre une image bien plus reluisante des locaux, partiellement rénovés en 2014 « avec le soutien de l’Etat, du conseil régional Languedoc-Roussillon et du conseil général du Gard » qui souhaitait ainsi soutenir l’agriculture locale.


Le bio a des progrès à faire

Ce qui change par rapport à l’affaire d’Alès, c’est que cette fois, l’abattoir est « bio ». Il a en effet obtenu un agrément européen pour abattre des bêtes élevées selon les principes de l’agriculture biologique. S’il n’y a pas de cahier des charges spécifiques pour les abattoirs, ils doivent néanmoins se conformer à la réglementation européenne qui précise que « toute souffrance, y compris la mutilation, est réduite au minimum pendant toute la durée de vie de l’animal, y compris lors de l’abattage » (art. 14.1 du règlement CE n° 834/2007).

« Ce serait bien si les éleveurs bio étaient choqués par ces images, explique l’association L214. Nous savons qu’il y a une grande différence entre élevage bio et élevage standard, nous ne voulons pas dire que tout se vaut. Notre idée est plutôt de faire progresser le cahier des charges bio. » L’association a porté plainte contre l’abattoir. Celui d’Alès avait pu rouvrir après deux mois de fermeture administrative.

Mots-clés :