Une petite fille en train de méditer.
Une petite fille en train de méditer. - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

C’est la nouvelle marotte des parents avides de méthodes favorisant l’épanouissement de leurs enfants. La méditation gagne du terrain dans les familles françaises. La preuve : Calme et attentif comme une grenouille*, une méthode de méditation pour les enfants de 5 à 10 ans, sorti en 2015, s’est déjà vendue à 200.000 exemplaires. Et la littérature sur le sujet ne cesse de proliférer, comme le montre encore la parution en mars prochain de Méditer avec les enfants**. Chacun de ces livres, s’accompagne d’exercices de méditation à réaliser chez soi ou à l’école. Parallèlement les ateliers de méditation proposés à des groupes d’enfants font le plein.

Un engouement qui n’étonne pas Jeanne Siaud-Faccin***, psychologue clinicienne qui anime ce type d’ateliers : « notre attention automatique est passée de 15 à 8 secondes en 15 ans, car nous sommes exposés en permanence à des distracteurs visuels et sonores. Les enfants subissent de plein fouet cette pollution attentionnelle, qui les empêche de se concentrer, les énerve et même génère parfois des difficultés d’endormissement. D’où leur besoin croissant d’être relié à ce qu’ils sont en train de vivre, ce à quoi vise la méditation », indique-t-elle. Et avec une pression scolaire de plus en plus intense, les parents dont les enfants présentent des troubles de l’attention ou du comportement accueillent favorablement cette méthode susceptible d’améliorer les choses.

« Se relier avec les sensations de leur corps »

Car la méditation permet à l’enfant « de se poser pour voir clair », explique Clarisse Gardet, qui anime de tels stages. « Ce n’est pas une réflexion spirituelle, mais bien un entraînement mental tout à fait laïc. Il s’agit de s’exercer à être plus attentif, plus centré sur ce que l’on vit », tient aussi à préciser Jeanne Siaud-Faccin. Une activité qui s’adresse aussi bien aux enfants de 5 ans, qu’aux adolescents, même si les exercices sont évidemment adaptés à chaque âge.

Chaque séance de méditation commence généralement par une minute de silence. « Quand les enfants sont petits, il s’agit davantage d’exercices sensoriels », indique Jeanne Siaud-Faccin. « Avec eux, je fais par exemple, l’exercice de la petite fourmi, qui les invite à se relier avec les sensations de leur corps, petit bout par petit bout. Je leur demande ainsi de s’allonger et de s’imaginer qu’une fourmi va partir de leur pied pour remonter à leur tête », explique la psychologue. De son côté Clarisse Gardet les invite par exemple se concentrer sur leur souffle et leur respiration pour se rapprocher de ce qui se passe dans leur corps. Autre exercice : fermer les yeux et s’imaginer par exemple comme un arbre avec un oiseau au sommet ou comme un roi sur son trône. On peut aussi écouter des bruits proches et lointains. Et à la fin de chaque séance, les enfants sont amenés à commenter ce qu’ils ont ressenti.

Pour les enfants plus âgés « les exercices vont davantage travailler les émotions », indique Jeanne Siaud-Faccin. Exemple avec « la météo en toi », qui consiste à demander à un enfant quel temps il fait en lui : beau, orageux, neigeux… Un exercice qui aide l’enfant à s’éloigner de son brouhaha émotionnel pour prendre conscience de ses humeurs et arriver à mieux les affronter. Lors des ateliers réunissant plusieurs enfants, Clarisse Gardet organise aussi le jeu de la balle magique. Un enfant doit lancer une balle à un autre en faisant un compliment, ce qui lui permet de se concentrer sur des émotions positives. Autre classique : l’exercice avec une fraise tagada, où l’enfant va d’abord la regarder, avant de la tâter, de la faire naviguer dans sa bouche pour en apprécier la texture, avant de la croquer. Un moyen de se reconnecter avec la notion de plaisir.

Des bénéfices sur le sommeil, le bien être, la concentration

Et selon plusieurs travaux scientifiques, la méditation apporte de nombreux bénéfices. Une étude Belge de 2012 a ainsi démontré une amélioration significative de l’attention des enfants souffrant de troubles de l’attention et d’hyperactivité après 8 semaines d’entraînement à la méditation. « En entraînant le cerveau à être attentif à ce qu’il vit, on crée de nouvelles connexions neuronales, qui vont permettre à l’enfant de se concentrer plus vite, plus intensément et plus efficacement. Ainsi habitué à cette gymnastique, leur cerveau se fatiguera moins », souligne Jeanne Siaud-Facchin.

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Une autre étude parue au British Journal of Pyschiatry montre les effets positifs de la méditation ches les 12-16 ans sur le niveau de stress et sur leur capacité à éprouver du bien-être. « J’ai entendu mon cœur », témoigne un enfant dans Méditer avec les enfants. « J’avais l’impression de respirer avec les autres » et « je me suis sentie tranquille » déclarent deux autres. Preuve de ce bien être qu’ils éprouvent après les exercices. Plus sereins, ils sont aussi moins sujets aux troubles du sommeil. Et les « effets sont aussi favorables sur le comportement et la socialisation de ces enfants », observe Clarisse Gardet. Les parents témoignent aussi des impacts d’une pratique régulière de la méditation sur le sommeil des enfants.

Quant aux enseignants avant gardistes qui utilisent la méditation en classe, ils estiment généralement que ses effets sont positifs : « ça les aide à réguler leur classe et cela permet aux enfants de mieux mémoriser les apprentissages. Et pratiquée avant un contrôle, la méditation fait baisser le stress des élèves et améliore leur confiance en eux », affirme Jeanne Siaud-Facchin. Des arguments qui convaincront sans doute les sceptiques.

 

*Calme et attentif comme une grenouille, Eline Snel, Les Arènes,24,90 euros.

**Méditer avec les enfants, Clarisse Gardet, Le Livre de Poche,16,90 euros.

*** Jeanne Siaud-Facchin est auteur de Tout est là, juste là. Méditation de pleine conscience, les enfants et les adolescents aussi, Odile Jacop, 2014,

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