La jeune femme condamnée pour avoir "appâté" Ilan Halimi, un Juif de 23 ans tué en 2006 par Youssouf Fofana après trois semaines de séquestration par le "gang des barbares", est récemment sortie de prison où elle a passé un peu moins de six années, a-t-on appris vendredi auprès de son avocate.
La jeune femme condamnée pour avoir "appâté" Ilan Halimi, un Juif de 23 ans tué en 2006 par Youssouf Fofana après trois semaines de séquestration par le "gang des barbares", est récemment sortie de prison où elle a passé un peu moins de six années, a-t-on appris vendredi auprès de son avocate. - Pierre Verdy afp.com

« Les Juifs utilisent aujourd’hui dans leur propre intérêt leur statut de victimes du génocide nazi », « les Juifs sont plus riches que la moyenne des Français » ou « les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine des médias ». Voilà le type d’affirmations sur lesquelles un panel de sondés a été invité à se prononcer, à l’occasion des 10 ans de l’affaire Halimi. Le résultat de ce sondage Ifop* sur les clichés relatifs au judaïsme, publié vendredi dans Le Parisien, soulève autant d’indignation pour ses résultats que pour sa conception, sur Twitter notamment.

Plusieurs personnalités ou internautes s’indignent de la formulation même des questions, accusées de véhiculer elles-mêmes les clichés dénoncés. Le même type de critiques avait été émis sur un autre sondage publié il y a deux semaines dans le JDD et portant sur l’origine des personnes commettant des agressions.

Pour le président de l’Union des Etudiants Juifs de France (UEJF), Sacha Reingewirtz, invité à commenter cette vague d’indignation en ligne, il n’y a pas matière à polémiquer : « Ce qui est aujourd’hui manifeste, c’est que l’état des préjugés est toujours aussi présent. Ca fait des années que les associations antiracistes font un travail de fond pour déconstruire les préjugés à l’université, dans les écoles. C’est important de faire un travail d’analyse de la situation. »

« Avec le temps, il y a une évolution douce »

La formulation des questions du sondage n’a donc rien de choquant selon l’association. Ceux qui entretiennent les préjugés vis-à-vis des Juifs ne sont « pas les personnes qui répondent à un sondage ou qui posent les questions. Ce sont les idéologues de haine qui alimentent ces préjugés en postant des vidéos complotistes en accusant les Juifs de contrôler le monde ou autre chose… »

Cette vision est également défendue par la sociologue Dominique Schnapper, invité à se prononcer sur les critiques formulées lors de la publication du sondage « ethnique » du JDD. Poser une question sur des clichés relatifs à une catégorie religieuse n’est pas raciste selon elle. « Cette question ne crée aucune catégorie, elle reprend les formulations spontanées des interviewés recueillies dans les entretiens qualitatifs. Ces termes ne sont pas les nôtres mais ceux de la population, d’ailleurs souvent repris dans les médias. On ne peut recueillir l’adhésion ou le refus des préjugés si on ne les formule pas, cela ne signifie évidemment pas que nous les partageons », affirmait récemment la directrice d’études de l’École des hautes études en sciences sociales.

Elle va même plus loin : « Dire que la question est en elle-même raciste est absurde, c’est remettre en question toute possibilité d’enquête sur ces sujets. » Il serait donc possible de mesurer les préjugés sans les propager. Quitte à choquer une partie de la communauté concernée.

* Etude menée en ligne du 3 au 5 février auprès de 1468 personnes

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