Le 18 mai dernier à Ramadi, le groupe terroriste Daesh venait de prendre le contrôle de la ville.
Le 18 mai dernier à Ramadi, le groupe terroriste Daesh venait de prendre le contrôle de la ville. - AAMAQ NEWS VIA YOUTUBE / AFP

Le tout nouveau site d’information payant Les Jours, lancé ce jeudi par d’anciens journalistes de Libération, dévoile une conversation téléphonique entre un djihadiste français en Syrie et le consulat de France à Istanbul, en Turquie. Bilel (le prénom a été modifié, indique le site), est membre de l’organisation Etat islamique (EI) en Syrie. Cet homme de 27 ans, père de trois enfants, souhaitait revenir en France après un an passé au coeur du groupe terroriste.

En désaccord avec les attentats du 13 novembre

Longuement interviewé par David Thomson, auteur des Français djihadistes, le jeune père de famille affirme ne pas avoir participé aux combats et explique vouloir rentrer en France, par désaccord avec les attentats du 13 novembre.

Pour attester de la véracité de sa démarche, Bilel a par ailleurs enregistré ses conversations téléphoniques avec le consulat avant de les transmettre aux Jours. Il affirme que le ton entre le fonctionnaire et lui est « courtois », presque « bienveillant ». Les deux hommes, a priori dans des camps que tout oppose en temps de guerre, cherchent ensemble une solution à cette situation hors du commun.

« Ils ont la gâchette facile »

Tout l’enjeu de la conversation est de savoir comment Bilel, sa femme et leurs trois enfants, dont un nouveau-né de trois semaines, vont pouvoir passer la frontière turco-syrienne. Bilel, préoccupé, tente à plusieurs reprises de s’assurer que les autorités turques ne tireront pas sur sa famille.

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« Ils ont la gâchette facile », affirme-t-il. Quand il demande au fonctionnaire s’il pense que les autorités turques vont leur tirer dessus, la réponse est hésitante. « Non, je ne pense pas qu’ils vont vous tirer dessus », affirme dans un premier temps son interlocuteur. « Je ne pense pas mais on ne peut vous donner aucune garantie, bien évidemment. On n’est pas à leur place. Euh maintenant, ça semble peu plausible qu’ils vous tirent dessus. Voilà, puisqu’ils sont au courant, ils nous ont répondu, donc c’est bon signe. Voilà, mais on ne peut évidemment vous donner aucune garantie. »

Passer la frontière, et après ?

En revanche, le fonctionnaire donne des réponses plus précises à Bilel quand celui-ci l’interroge sur la suite de la procédure, s’il parvient à passer la frontière sans encombre. « Et vous savez comment ça va se passer après ? », demande le jeune homme. « Après c’est une procédure d’expulsion. Ça peut durer assez longtemps, en moyenne trois semaines », explique le fonctionnaire, qui souhaite malgré tout « bon courage » à Bilel.

Les cinq membres de la famille ont pu passer la frontière peu après cet échange téléphonique. Comme l’avait indiqué le consulat à Bilel, sa femme et ses enfants ont été expulsés vers la France trois semaines après les faits. Lui a été incarcéré en Turquie et est le premier Français poursuivi pour des faits de terrorisme.

Conscient de son passif auprès de l’organisation Etat islamique, Bilel sait qu’il retournera en prison une fois en France. « C’est quand même une faute ce que j’ai fait, ce n’est pas quelque chose de léger. »

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