Ilan Halimi, en 2005.
Ilan Halimi, en 2005. - sipa

Une blessure pour la société française, comme pour la police. Ce samedi, cela fera dix ans qu' Ilan Halimi a été retrouvé agonisant en banlieue parisienne, torturé à mort par le « gang des barbares », avant de perdre la vie le jour même. Un documentaire réalisé par Ben Izaak «L'assassinat d'Ilan Halimi», qui sera diffusé sur France 3 ce jeudi à 23h10, revient sur l’enlèvement et l’assassinat du jeune homme en 2006 et notamment sur l’échec de la police à obtenir sa libération.

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Car Mario Menara commandant à la Brigade criminelle de Paris le reconnaît, Ilan Halimi est « la première personne enlevée qu’on n’a pas retrouvée vivante. C’est un échec qui a marqué beaucoup de collègues », déclare-t-il. Pourtant, Yaël, la sœur d’Ilan, estime que « la police a fait son maximum » dans cette affaire. Près de 400 policiers ont en effet été mobilisés pour cette enquête et tous n'ont pas ménagé leur peine. Ce que confirme aussi dans le documentaire, Jean-Jacques Herlem, le directeur adjoint de la Police judiciaire de Paris : « tous les gens de cette maison ont fait ce qu’ils pouvaient », insiste-t-il, « on peut mettre toute son énergie, toute son expérience et puis ne pas aboutir », reconnaît-il.

Une mauvaise stratégie de départ

Un échec qui s’explique par le fait que le « gang des barbares » a déstabilisé la police judiciaire de Paris par son mode de fonctionnement. « Je pense qu’ils n’étaient pas préparés à ce type d’enlèvement, à ce type de personnes derrière », analyse Yaël Halimi. « Il y a eu une série de ratés », estime aussi Patricia Tourancheau, chroniqueuse judiciaire à L'Obs. Les policiers ont d’abord refusé que la rançon de 450.000 euros exigée par Youssouf Fofana soit payée, car le protocole de l’époque ne permettait un tel versement, qu’en cas de libération de l’otage. Avant de se raviser. Or, Fofana a déstabilisé la police en demandant que la rançon soit versée par un système de transfert d’argent. « Jamais Fofana ne s’est mis en situation de récupérer l’argent physiquement », souligne la journaliste et donc de libérer l’otage en même temps. Ce qui a mis à mal la stratégie des policiers.

 

Les policiers ont aussi eu beaucoup de mal à retracer les appels du gang, dont beaucoup provenaient de Côte d’Ivoire. «On a manqué de chance», insiste Mario Menara. La police a aussi incité les preneurs d’otages à communiquer par mail pour identifier leur adresse IP. Mais de nombreux messages ont été postés à partir de cybercafés. Quand les policiers ont décidé de les surveiller, l'opération a d'abord était payante, puisqu’une photo de Fofana a été prise par une caméra de surveillance. Les policiers ont d'ailleurs été en passe de l’arrêter deux fois, mais il leur a filé entre les doigts. Malchance toujours.

Une discrétion qui n'a pas payé

La police a sans doute aussi commis l’erreur de ne pas dévoiler cet enlèvement dans les médias pendant les 24 jours de séquestration d’Ilan pour ne pas mettre sa vie en péril. Elle a aussi refusé de diffuser le portrait-robot de «l’appât» qu’elle avait en sa possession fin janvier « Notre conviction est qu’on ne travaille pas bien sous le feu des médias«, justifie Jean-Jacques Herlem. Pourtant, selon Julien Dray, «si on avait médiatisé l’affaire peut être la loi du silence aurait-elle été brisée». Car si Youssouf Fofana, a orchestré l’enlèvement d’Ilan Halimi, il a bénéficié de nombreux complices qui ont gardé le silence pendant la séquestration du jeune homme. « Il aurait fallu juste un appel » pour que l’enquête avance, rappelle Yaël Halimi.

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La police a aussi fait fausse route en pensant que l’enlèvement d’Ilan était un crime crapuleux et en minimisant son aspect antisémite. « Cet aspect-là, on l’a en tête, mais ça ne peut pas être un axe d’enquête à lui tout seul », explique Germain Nouvion, chef de section à la brigade criminelle. Mais selon Yaël Halimi si les policiers «avaient tenu compte de la judaïté d’Ilan, ils n’auraient jamais coupé le contact» avec son ravisseur. Car au bout de 15 jours, les policiers ont demandé au père d’Ilan, seul interlocuteur de Fofana, de ne plus répondre aux appels du ravisseur. Pourtant «c’est à ce moment-là qu’il fallait reprendre la main», estime Patricia Tourancheau, car Fofana se faisait de plus en plus menaçant.

Au final, les tortionnaires d’Ilan «ont réussi à balader la police des polices de France», résume Yaël Halimi. Une affaire qui les a marqués durablement...

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