Les fausses informations envahissent le web après l'attentant perpétré contre "Charlie Hebdo".
Les fausses informations envahissent le web après l'attentant perpétré contre "Charlie Hebdo". - 20Minutes

Les attentats du 13 novembre 2015 ont été orchestrés par le gouvernement, avec l’aide des services de renseignement pour mettre en œuvre une politique sécuritaire renforcée en France. Voilà un exemple de théorie du complot circulant dans certains collèges et lycées. Pour tenter d’endiguer ce phénomène grandissant, Najat Vallaud-Belkacem organise ce mardi une journée d’étude avec des enseignants, des journalistes et des chercheurs sur le sujet.

Le but : créer des outils pédagogiques destinés aux enseignants pour les aider à répondre aux élèves véhiculant des contrevérités. « Les enseignants doivent être accompagnés et soutenus. Ils doivent être formés car ces discours ont un public de plus en plus nombreux », affirme la ministre de l’Education. Selon deux sondages, 51 % des Français sont en effet sensibles aux sujets conspirationnistes (sondage OpinionWay de mai 2012et 36 % des 15-24 ans croient à l’existence d’une société secrète qui dirigerait le monde (sondage Ipsos de 2014). Et les jeunes de 13 à 19 ans passant en moyenne 13h30 par semaine sur Internet (autre sondage Ipsos de 2014), les probabilités de tomber sur ces théories fumeuses sont grandes.


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Les réseaux sociaux, caisses de résonance

Un phénomène dont est témoin Lionel Vighier, professeur dans un collège de l’académie de Versailles : «Les théories du complot ont toujours existé. On se rappelle d’ailleurs celles qui ont fleuri après le 11-Septembre. Mais depuis les attentats de janvier 2015, elles se sont multipliées, car les réseaux sociaux font caisse de résonance. Et le fait que certains élèves ne suivent sur Facebook que des jeunes qui pensent comme eux conforte encore plus leurs croyances erronées», explique-t-il.

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Selon le ministère de l’Education, parmi les théories du complot les plus répandues figure celle qui concerne le 11 septembre 2001, selon laquelle les Etats-Unis auraient organisé les attentats pour justifier l’invasion militaire en Irak et en Afghanistan et accéder ainsi à leurs réserves de pétrole. Les autres tops de la complosphère concernent l’assassinat de JFK qui, selon elle, aurait été orchestré par les services secrets américains, les chemtrails (traînées blanches) des avions qui seraient répandues par les gouvernements pour réguler les populations et l’homme qui n’aurait pas marché sur la Lune. Les juifs sont aussi régulièrement au cœur des théories complotistes. «Quant aux morts de célébrités, elles souvent remises en cause par les élèves. Et à chaque attentat, de nouvelles théories apparaissent», constate également Lionel Vighier.

L'éducation aux médias promise à un bel avenir

Selon l’enseignant, si les jeunes se laissent prendre par ces théories douteuses «c’est parce que les adolescents ont besoin de réponses. Certaines théories très romanesques sont plus confortables pour eux que des faits qu’on ne sait pas expliquer. Par ailleurs, certains ds élèves éprouvent une fierté lorsqu’ils ont l’impression de connaître une pseudovérité que les autres ignorent», indique-t-il. Reste que, selon lui, il n’existe pas de profils plus susceptibles de tomber dans le panneau : «Par exemple, être bon élève ne protège pas de la mauvaise interprétation de l’actualité, car il faut des compétences spécifiques pour évaluer la fiabilité d’une information».

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D’où l’intérêt pour les enseignants de plancher avec leurs élèves sur le sujet, car éveiller leur esprit critique semble le seul moyen efficace de lutter contre ces théories du complot. L’enseignement moral et civique, qui est dispensé depuis septembre du CP à la terminale, aborde d’ailleurs l’éducation aux médias. Certains enseignants, à l’instar de Lionel Vighier, font aussi un travail spécifique de décryptage des théories du complot : «Avec une classe de troisième, nous avons travaillé sur la rhétorique des théories complotistes pour leur démontrer qu’il y avait une récurrence de certains procédés», explique-t-il. Une initiative qui pourra être partagée avec les autres enseignants après la journée d’étude de mardi.

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