Illustrations d'allaitement au sein et au biberon.
Illustrations d'allaitement au sein et au biberon. - Vladimir Godnik / Mood /REX/SIPA - PureStock/SIPA

Faut-il allaiter au sein pour être une bonne mère ? En 2016, la question semble encore agiter les esprits et nombreuses sont les mères qui se sentent jugées parce qu’elles ont choisi de ne pas le faire. Une pression dénoncée par la blogueuse et auteure Titiou Lecoq et par la journaliste Lauren Bastide, dans une tribune publiée mercredi sur Libération. « L’allaitement au sein ou au biberon doit rester un choix personnel. Chaque femme mérite un respect égal dans ses choix. Nous demandons de conserver notre droit à décider sans devoir affronter une culpabilisation permanente », déclarent les deux femmes en préambule de ce texte. Des mots dans lesquels se retrouvent de nombreuses femmes et mères, et qui sont martelés pour revendiquer la liberté de choisir.

Un jugement permanent

« Je n’ai pas allaité mes enfants, c’est mon choix, pourtant, il y a toujours quelqu’un pour vous dire ce que vous devriez faire et remettre vos décisions en question », explique Titiou Lecoq. « Ce qui est frappant, c’est que la société s’est arrogé le droit de juger les femmes en permanence, surtout les mères, dans l’ensemble de leurs choix », relève-t-elle. Une pression sociale qui ne pesait pas autant sur la génération précédente. « Nous avons eu l’idée de cette tribune après avoir été interpellées par une amie un peu plus âgée que nous, qui nous disait être bien contente d’avoir fait ses enfants il y a une vingtaine d’années, à l’abri de cette pression négative qui pèsent aujourd’hui sur nous les femmes et de toutes ces injonctions dont nous sommes assaillies », poursuit Titiou Lecoq.

Une pression que ressentent les mères qui optent pour le biberon, mais qui n’épargne pas celles qui allaitent leur bébé. « Il nous arrive d’être pointées du doigt, considérées comme des arriérées d’un autre temps. Il y a une méconnaissance totale sur l’allaitement. On est jugées quand on allaite en public, quand on veut continuer l’allaitement en reprenant le travail. Tout le temps », témoigne Aurélie Serry, présidente de la Coordination française pour l’allaitement maternel (Cofam). « Dans les faits, ce sont toujours les femmes qui trinquent, quoi qu’elles fassent », déplore-t-elle. Un régime qui ne s’applique pas à tout le monde. « Il y a quelque chose de sexiste derrière ça. Les pères ne subissent pas cette pluie incessante de critiques », note Titiou Lecoq.

La liberté de choisir

« Il y a un retour en arrière, on est en train de perdre quelque chose », avertit la blogueuse. « La pression sur les mères n’a jamais été aussi forte, et elle s’accentue avec cette tendance du retour à la nature, du bio et du surinvestissement à l’égard de ses enfants. Beaucoup considèrent aujourd’hui qu’à partir du moment où elles choisissent de faire un bébé, les mères doivent offrir le mieux à leurs enfants, mais dans une dimension sacrificielle », analyse-t-elle. Un genre de raisonnement propice aux dérives. « La continuité, c’est de considérer que les droits des femmes, en tant qu’individus, passent après les devoirs de mères », craint Titiou Lecoq, percevant le risque de dépossession des femmes de leur propre corps.

« Pas question pour autant de remettre en cause celles qui allaitent. Nous plaidons pour que soit respectée la liberté de choisir de toutes les femmes », insiste l’auteure. « Il ne faut pas opposer les femmes entre elles selon qu’elles allaitent ou non, abonde Aurélie Serry. Une mère qui n’allaite pas n’est pas une moins bonne mère. L’important, c’est que toutes femmes disposent d’une véritable information pour choisir librement comment elles vont nourrir leur enfant ».

En moins de 48 heures, la pétition a déjà recueilli plus de 4 500 signatures. « Peut-être qu’elle ne changera rien, confie Titiou Lecoq. Nous réaffirmons une liberté de choix qui nous semble évidente, mais en même temps, beaucoup de femmes nous ont fait part cette culpabilisation qui leur pèse, et nous ont dit que ce texte leur fait du bien. Et en ça, cette pétition a quelque chose de salutaire ».

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