Une femme devant une affiche anti-excision à Abidjan, en 2005.
Une femme devant une affiche anti-excision à Abidjan, en 2005. - KAMBOU SIA / AFP

Il y avait en 2004 environ 53.000 femmes excisées dans l’Hexagone selon les estimations de l’Institut national d’études démographiques (Ined). Souvent, elles ont subi ces mutilations génitales pratiquées principalement en Afrique subsharienne, au Proche-Orient et en Asie du Sud-Est, avant leur arrivée en France ou lors d’un retour dans leur pays d’origine. Depuis une trentaine d’années, la Fédération nationale Gams (Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles et des mariages forcés) leur vient en aide.

Libérer la parole

Cette mission est délicate, reconnaît la directrice générale de la fédération, Isabelle Gillette-Faye, dans son bureau du vingtième arrondissement de Paris. Si « la parole se libère peu à peu, notamment grâce à la médiatisation de la chirurgie réparatrice dès les années 2000 », le sujet reste « tabou ».

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Autre difficulté, « certaines femmes ne savent pas si elles ont été excisées, soit par refoulement, soit parce que l’excision a été faite à un très jeune âge. Elles ont parfois des doutes, mais n’osent pas en parler à leurs proches ». Le Gams essaie d’ouvrir le dialogue à travers des ateliers dans les centres sociaux et les associations ou en milieu scolaire pour toucher les adolescentes. Formés, les professionnels de la santé, les membres d’associations et les agents de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) jouent aussi le rôle de relais.

Soutien psychologique et information médicale

Chaque année, 1.300 femmes viennent dans l’une des antennes du Gams. « Certaines ne ressentent aucune douleur et disent avoir une vie sexuelle épanouie. Pour d’autres, les rapports sexuels avec pénétration sont douloureux. Certaines se plaignent de douleurs permanentes qui les empêchent même de porter un pantalon serré ou un jean », égrène la directrice du Gams.

L’association est d’abord un espace pour parler librement de l’excision. « Nous les écoutons et nous les informons notamment des conséquences pour leur santé », insiste Isabelle Gillette-Faye. Les conséquences des mutilations génitales féminines peuvent être dramatiques, d’abord au moment où elles sont pratiquées. En France, « elles ont causé la mort de quatre petites filles depuis 1979 », déplore-t-elle.

Les femmes traînent toute leur vie les effets de ces mutilations. Plus sujettes aux complications urogénitales, elles ont davantage de risques d’hémorragie, de césarienne et de réanimation du nouveau-né lors de l’accouchement, en particulier si elles ont subi une infibulation.

La réparation chirurgicale

Les conséquences ne sont pas seulement médicales. Un an après avoir subi une opération de reconstruction du clitoris, une jeune femme de 30 ans a commencé à « revivre en boucle son excision ». Son cas révèle la profondeur du traumatisme psychologique que peut entraîner l’excision.

Certaines femmes excisées franchissent le cap de la reconstruction chirurgicale, pratiquée dans plusieurs hôpitaux en France, comme la maternité du centre hospitalier de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) qui a créé une unité dédiée en 2013. « Nous en parlons beaucoup avec elles avant car l’opération suscite de la peur, de l’angoisse, et parfois de faux espoirs. Ce n’est pas magique », décrit la directrice du Gams. Mais toutes affirment que cette intervention leur a permis de « se réapproprier leur corps ».

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