Illustration. Un jeune homme fumant du cannabis.
Illustration. Un jeune homme fumant du cannabis. - Nelson Antoine/AP/SIPA

Des quartiers défavorisés remplis de jeunes consommateurs de cannabis versus des milieux favorisés exempts de drogues ? Attention cliché ! Le poncif ne résiste pas aux études évoquées ce mardi à Paris, lors d’une rencontre de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca).

Contrairement aux idées reçues, à 17 ans, la consommation de cannabis est plus importante en Languedoc-Roussillon et en Bretagne… qu’en Ile-de-France. A Paris, les jeunes de 17 ans des quartiers aisés du sud-ouest de la capitale ont plus expérimenté le cannabis (58 %) que ceux du nord-est (50 %), selon une étude de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (Ofdt). Pour François Beck, directeur de cet observatoire, « il y a dans les quartiers populaires toute une jeunesse qui ne consomme pas de cannabis, et qui ne veut pas du tout être associée à cette petite partie de jeunes très consommatrice. » Un minorité «beaucoup plus visible, qui occupe le terrain», et façonne l'image du quartier, rejaillissant sur l’ensemble des jeunes le peuplant.

Sentiment d’invulnérabilité des jeunes

Cependant, dans ces quartiers, la consommation régulière de cannabis est plus forte que dans les milieux aisés. Pour quelles raisons ? Pour Richard Rechtman, psychiatre, anthropologue et directeur d’étude à l’Ehess, le « sentiment d’invulnérabilité » recherché par les jeunes y participe pour beaucoup. « Tous les jeunes qui expérimentent la drogue cherchent à être invulnérables, relève le médecin. Mais ce sentiment fonctionne encore plus dans les quartiers défavorisés, car il est battu en brèche par une école, des parents, des travailleurs sociaux en difficulté, et un discours ambiant très violent à leur égard »

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Outre des perspectives d’avenir et un environnement compliqués, ces jeunes sont aussi confrontés à la pression financière générée par les trafics de stupéfiants, relève Fadela Amara. Pour l’ex-présidente de « Ni putes ni soumises », « l’entrée de beaucoup de jeunes des quartiers dans la consommation de drogue et la dépendance est liée la question financière. On a par exemple des enfants qui deviennent guetteurs à 8 ans ». Cette « porte d’entrée » vers la drogue, qui génère des revenus, deviendrait une perspective pour certains jeunes qui n’y croient plus.

La prévention des jeunes en direction des jeunes

Face à la « décomposition sociale des quartiers », l’ex-secrétaire d’Etat chargée de la politique de la Ville insiste sur des politiques publiques au long cours, et le retour de structures associatives dans ces quartiers. « Nous, on a eu des structures d’éducation populaire, eu la possibilité de se construire dans l’avenir, mais aujourd’hui on n’a plus ça », déplore Fadela Amara.

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Agir global, mais aussi au plus près des différents consommateurs. Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la Midelca, revendique un « travail de dentelle » en direction des consommateurs de drogue. Cela se traduit notamment par une communication des jeunes vers les jeunes. « Les messages de "prévention par les pairs" fonctionnent bien. Ce sont notamment des petits clips vidéo montés par des lycéens et des collégiens, en direction de leurs copains, pour montrer ce que peut être le dérapage vers la dépendance. C’est par exemple quand on renonce à sortir avec les copains parce que l’on préfère fumer des joints, seul chez soi », souligne Danièle Jourdain-Menninger. Car s’« il n’y a pas de société sans drogues », relève cette professionnelle, c’est le passage vers la dépendance qu’il faut éviter à tout prix.

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