Lutte antiterroriste: A quoi va servir le nouveau magistrat de liaison entre Paris et Bruxelles?

TERRORISME Au lendemain des attentats du 13 novembre, des critiques avaient été émises à l’encontre des services de renseignement belges… 

Helene Sergent

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Des agents de police lors d'une perquisition dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Paris, le 30 décembre 2015, à Molenbeek, près de Bruxelles, en Belgique.

Des agents de police lors d'une perquisition dans le cadre de l'enquête sur les attentats de Paris, le 30 décembre 2015, à Molenbeek, près de Bruxelles, en Belgique. — AFP

« Fluidifier l’entraide entre les deux pays », voilà l’ambition affichée lundi 1er février par le Premier ministre Français, Manuel Valls et son homologue Belge, Charles Michel, en matière de lutte contre le terrorisme.

A l’occasion d’un mini-sommet organisé à Bruxelles, les deux chefs des gouvernements et leurs ministres de l’Intérieur et de la Justice ont annoncé la nomination d’un magistrat de liaison Français en Belgique. Une initiative qui vise à améliorer la coopération entre les services, particulièrement fustigée après les attaques du 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis perpétrées par des terroristes belges et français.

  • Quel sera le rôle de ce magistrat ?

La France a déployé 14 magistrats de liaison à travers le monde. Installés dans les ambassades françaises des pays dans lesquels ils interviennent, ils ont pour vocation de faciliter les relations entre les acteurs judiciaires des deux Etats et d’établir des relations institutionnelles privilégiées. « S’il existe des échanges à l’échelle européenne, via le réseau Eurojust, il n’y avait rien en matière de relations bilatérales entre la France et la Belgique », rappelle Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance des territoires (DST).

>> VIDEO. Attentats à Paris : Le renseignement belge a-t-il commis des erreurs ?

Le premier magistrat de liaison a été déployé par le ministère de la Justice en Italie dans les années 90. Déjà à l’époque, ce dernier était chargé de faciliter les échanges dans le cadre des dossiers sensibles comme la lutte antimafia. « Sa nomination n’a rien de nouveau, tempère Véronique Léger, secrétaire Nationale de l’Union syndicale des magistrats (USM), ce qui est nouveau c’est qu’il soit attelé à un secteur particulier, ici la coopération en matière de lutte contre les réseaux djihadistes ».

  • Pourquoi cette nomination a été actée ?

Les parcours et les identités des terroristes qui ont tué 130 personnes à Paris et Saint-Denis la nuit du vendredi 13 novembre ont suscité de nombreuses interrogations. « Quel échec pour nos services de renseignement ! », s’était notamment désolé, dans une interview au Soir, Philippe Moureaux, l’ancien maire de Molenbeek, la ville où résidaient certains des kamikazes, non sans égratigner également les services français. Avec l’arrivée d’un magistrat de liaison, l’objectif est clair : éviter de futurs loupés.

Car les difficultés sont nombreuses. Une source interne à l’exécutif belge a confié à 20Minutes : « En France, les enquêteurs appartiennent à divers services et dépendent de nombreuses institutions, on ne sait pas toujours à qui s’adresser et cela a pour conséquence de saucissonner l’enquête ». La nomination de ce « trait d’union » entre les services devrait donc faire gagner du temps aux enquêteurs et aux juges en charge des différents dossiers terroristes en Belgique comme en France.

  • Quel sera le profil de ce magistrat ?

Pour gérer la mise en place d’éventuelles commissions rogatoires à l’étranger et pour faciliter les procédures entre les deux pays, le magistrat de liaison doit avoir une « excellente connaissance de la législation du pays dans lequel il intervient », rappelle Véronique Léger. D’autant que des différences importantes existent entre les systèmes belges et français. Le Parquet fédéral belge, contrairement au parquet français, dispose par exemple d’une quasi-totale indépendance vis-à-vis du ministère de la Justice. Jean-Jacques Urvoas, nouveau ministre de la Justice, devrait annoncer la nomination de ce magistrat tant attendu, dans les prochaines semaines.