L'appartement de Lucile et Yassin et ses moisissures.
L'appartement de Lucile et Yassin et ses moisissures. - 20 minutes

« Depuis qu’on habite ici, on est tout le temps malade », confie Lucile, 22 ans, qui loge dans un appartement de 27 m2 à Paris avec son conjoint Yassine, 25 ans. Une situation de mal-logement avec des conséquences sur la santé, comme celles qui sont décrites dans le 21e rapport de la fondation Abbé-Pierre rendu public ce jeudi.

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« Lorsque nous avons emménagé à l’été 2014, nous étions apprentis. Nous étions ravis d’avoir trouvé ce petit deux pièces, pour un loyer de 730 euros, charges comprises. Mais on a vite déchanté », raconte la jeune femme. Dès le mois d’octobre suivant, lorsque la température baisse, les mauvaises surprises commencent. « Des moisissures sont apparues aux fenêtres et de l’eau a perlé sur les murs. On pensait que c’était dû à un dégât des eaux, mais pas du tout », poursuit-elle. Lucile et Yassine préviennent alors le propriétaire, mais il ne répond pas à leurs appels. Ils lui envoient des photos de l’appartement, mais cela ne déclenche aucune réaction.

La fenêtre de l’appartement de Lucile et Yassin. - 20 minutes

« On enchaîne les rhumes et les angines »

En attendant, l’état de santé des deux locataires se dégrade. « Yassin, qui dort du côté du mur plein de moisissures donnant sur la rue, a commencé à avoir des boutons sur tout le corps. Son médecin a tout de suite dit que cela était dû à l’état de l’appartement. Il a eu de plus en plus de migraines et a développé des troubles du sommeil. Depuis, il est devenu accro aux somnifères. Et tous les deux, on enchaîne les rhumes et les angines », décrit-elle. Avec l’humidité, des lattes en bois de leur lit se sont aussi cassées, ce qui leur occasionne des problèmes de dos.

Outre leur santé physique, leur moral est aussi atteint. « Tous nos vêtements sentent l’humidité, on a honte. On n’invite jamais d’amis à la maison, car on tente de cacher notre situation », avoue Lucile.

Le sommier du matelat du jeune couple, rongé aussi par la moisissure. - 20 minutes

« Il fait froid tout le temps »

En décembre 2014, le propriétaire daigne enfin se déplacer. Etant donné qu’il n’y a aucune aération, il en fabrique au plafond. Il fait aussi des trous à la perceuse au-dessus des fenêtres. « Mais du coup, on est envahi de mouches. Et il fait froid tout le temps. Même en branchant les radiateurs toute la journée, il ne fait que 16 degrés en hiver. De plus les fenêtres ont gondolé et ferment mal », décrit Lucile.

Le plafond de l’appartement, tout moisi. - 20 minutes

Une situation qu’ont à nouveau dénoncée les locataires au propriétaire, qui refuse de faire d’autres travaux. « Lors de nos derniers échanges téléphoniques en 2015, il était très nerveux, limite menaçant. Il m’a dit que si nous n’étions pas contents, nous n’avions qu’à déménager », raconte Lucile. Pour obtenir de l’aide, le couple a sollicité la fondation Abbé-Pierre, l’UFC et le service technique de l’habitat de la mairie de Paris. Ce dernier a mis en demeure le propriétaire afin qu’il réalise des travaux. Une menace qui ne le fait pas bouger. En contactant les anciens locataires, le jeune couple apprend aussi que cet appartement est insalubre depuis longtemps : « Ils nous ont raconté qu’ils repeignaient régulièrement les murs avec de la peinture anti moisissure », raconte Lucile.

Le seul recours pour sortir de l’impasse est juridique. « Mais nous ne sommes pas sûrs d’avoir les moyens de payer un avocat », indique Lucile. Bien sûr le jeune couple pense à déménager, mais pour l’heure cela semble impossible. « Quand on visite un logement, on nous demande toujours des quittances pour vérifier que nous avons toujours payé notre loyer, ce qui est le cas. Or, le propriétaire ne nous en fournit plus depuis longtemps. Il n’a pas envoyé non plus un papier à la CAF pour nous permettre de toucher les APL. Donc depuis le début 2016, nous n’en touchons plus », poursuit la jeune femme. « On voudrait tellement tourner la page, nous avons trop de mauvais souvenirs ici », conclut-elle.

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