Manifestation nationale des enseignants contre la reforme du collège à
Lyon, (Rhône)
Manifestation nationale des enseignants contre la reforme du collège à Lyon, (Rhône) - FAYOLLE PASCAL/SIPA

Le feu n’est toujours pas éteint. Annoncée le 11 mars 2015, la réforme du collège qui doit entrer en vigueur à la rentrée 2016 suscite toujours l’hostilité d’une partie des enseignants. La preuve avec la quatrième grève organisée ce mardi sur le sujet. 20 minutes revient sur les points qui font toujours grogner dans les salles des profs.

La plus grande autonomie laissée aux collèges, toujours critiquée

Chaque établissement pourra, dès la rentrée 2016, décider lui-même de 20 % de l’emploi du temps, soit quatre heures par semaine. Ces heures pourraient être consacrées à du travail en petits groupes, à de l’accompagnement personnalisé et à des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Un système qui va créer « une concurrence entre les disciplines et créer des conflits entre les enseignants qui vont tous vouloir obtenir le plus d’heures possible », estime Jean-Rémi Girard, vice-président du Snalc (Syndicat national des lycées et collèges). « Les problèmes affleurent déjà, les chefs d’établissements commençant à faire les répartitions d’horaires pour préparer la rentrée », insiste Roland Hubert, Co- secrétaire général du Snes-FSU.

L’interdisciplinarité doit rester une option pour beaucoup d’enseignants

Les syndicats réfractaires à la réforme ne veulent pas d’une interdisciplinarité imposée et souhaitent garder le vieux principe : une heure, une classe, une discipline. « Si les EPI venaient s’ajouter aux heures disciplinaires que l’on a actuellement, ce serait intéressant. Mais avec la réforme, certaines heures de cours classiques vont être remplacées par des EPI. De plus, les EPI sont utiles aux élèves qui réussissent, mais ne sont pas profitables aux élèves en difficulté », affirme Jean-Rémi Girard à 20 minutes.

« Nous ne sommes pas contre l’interdisciplinarité. Nous estimons seulement qu'elle ne doit pas être systématique, mais être utilisée comme un outil intéressant selon les projets pédagogiques envisagés », estime aussi Roland Hubert. Les professeurs estiment également que la préparation des EPI leur demandera beaucoup de temps de travail collectif, ce qui paraît difficile à réaliser.

L’inégalité face aux classes bilangues dénoncée

Après avoir déclaré la fin des classes bilangues, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé vendredi qu’elles seraient maintenues, mais uniquement pour les élèves ayant appris une autre langue que l’anglais. Dans les faits, pour 2016, certains rectorats ont largement gardé leurs classes bilangues alors que d’autres non.

Un système inéquitable que dénonce Jean-Rémi Girard : « Le ministère a fait cette réforme du collège au nom de l’égalité et, au final, on se retrouve avec 100 % de classes bilangues maintenues à Paris et 5 % à Caen. Chaque rectorat a fait à sa sauce », s’indigne-t-il. Par ailleurs, plusieurs syndicats se demandent comment seront enseignées d’autres langues que l’anglais en primaire, les enseignants n’ayant pas forcément des compétences en la matière. « On est dans le brouillard total », résume Roland Hubert à 20 minutes.

L’affaiblissement du latin et grec ne passe toujours pas

Les langues anciennes seront enseignées via un EPI, Langues et cultures de l’Antiquité. Les éléments fondamentaux des apports du latin et du grec à la langue française feront l’objet d’un enseignement dans le cadre des cours de français. Enfin, un enseignement de complément sera accessible à ceux qui souhaitent approfondir l’apprentissage des langues anciennes, à raison d’une heure en classe de 5e, de deux heures en 4e et en 3e. Mais selon Jean-Rémi Girard : « si l’on compare cet enseignement de complément à l’option actuelle de latin ou de grec, on perd une heure par niveau ».

Les formations des enseignants aux nouveautés de la réforme fustigées

« Les journées de formation des enseignants sur la mise en œuvre de la réforme leur ont montré ce qui allait changer avec ce texte, ce qui ne leur a généralement pas plu », constate Laurent Frajerman, chercheur en histoire sociale. Un avis partagé par Roland Hubert : « ces formations ont renforcé la contestation car elles n’apportent pas de réponses pédagogiques aux problèmes soulevés par les enseignants. La définition d’un EPI varie par exemple d’un formateur à un autre », souligne Roland Hubert. « Plutôt que de formation professionnelle, il s’agit davantage de formatage idéologique », renchérit Jean-Rémi Girard.

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