Selon les derniers chiffres publiés par l’Insee la natalité en France a baissé de 2,3 % entre 2014 et 2015 ce qui porte le nombre de naissances à son plus bas niveau depuis 10 ans.
Selon les derniers chiffres publiés par l’Insee la natalité en France a baissé de 2,3 % entre 2014 et 2015 ce qui porte le nombre de naissances à son plus bas niveau depuis 10 ans. - Philippe Huguen AFP

Moins de biberons ou de tétées en pleine nuit, moins de couches, mais aussi moins de premiers sourires et de dents qui poussent. C’est d’une certaine manière le bilan comptable des familles françaises l’année dernière puisque celles-ci ont fait 19.000 enfants de moins qu’en 2014. Les derniers chiffres publiés par l’Insee révèlent une baisse de la natalité de 2,3 %, ce qui porte le nombre de naissances à son plus bas niveau depuis 10 ans.

La chute est conséquente, mais n’a rien d’alarmant selon Laurent Toulemon, démographe spécialiste de la fécondité. « On revient autour de 800.000 naissances par an. Ce sont des niveaux moyens sur 40 ans. En fait, il y a eu une fécondité très élevée entre 2006 et 2014. Ça relativise un peu la baisse. » Par ailleurs, avec un taux de 1,96 enfants par femme, la France fait toujours figure de bonne élève face à ses voisins européens qui tournent autour d’1,5.

Baisse du quotient familial et réduction du congé parental

Pas de quoi s’affoler, donc, mais il ne faudrait pas que la chute se poursuive dans les années à venir. « On doit garder ce taux de fécondité, c’est indicateur du bien-être des familles » prévient Marie-Andrée Blanc, la présidente de l’Union nationale des Associations Familiales (Unaf), associations apolitique et aconfessionnel représentant les 18 millions de familles sur le territoire français.

Pour elle, ce tassement de la natalité n’est pas surprenant. Depuis plusieurs années, l’Unaf met en avant les atteintes à la politique familiale. Et ce, dans une réflexion transpartisane. « La baisse du quotient familial et la réduction du congé parental depuis le 1er janvier 2015 » sont les principales mesures dénoncées. « Les familles s’interrogent. La confiance est perdue », poursuit Marie-Andrée Blanc en brandissant un chiffre clé : d’après une enquête de 2013, le désir d’enfant des Français est de 2,37 enfants par famille. Il est donc bien plus important que le nombre effectif d’enfants.

Le chômage responsable ?

Cet écart peut s’expliquer par la situation économique des ménages en temps de crise. Avoir plusieurs enfants demande généralement une stabilité concernant le logement, l’emploi, les revenus. Le pouvoir d’achat des familles n’étant pas extensible, le choix d’une deuxième naissance serait de moins en moins évident. « C’est inquiétant car un pays avec des enfants est un pays qui consomme et finance ses retraites. »

L’argument économique est également validé par le démographe. Même s’il le nuance légèrement. « On sait qu’en période de croissance du chômage, il y a moins de naissances, note Laurent Toulemon. Mais je ne crois pas que l’affaiblissement de la politique familiale puisse avoir un impact. On n’a pas encore de données précises. » Le chercheur pense notamment à la récente restriction d’allocations pour les familles aisées (+ de 6.000 euros de revenus).

En attente de la 3e vague du baby-boom

Il valide en revanche une autre piste liée à la baisse du nombre de mariages depuis 1970. «Les couples mariés ont plus d’enfants que les autres. Et quand les couples mariés font peu d’enfants, la fécondité baisse.» Enfin à moyen terme, le déficit de naissances peut s’expliquer par la baisse du nombre de couples en âge d’avoir des enfants. La deuxième vague du baby-boom ayant déjà eu des enfants, il faudra peut-être attendre que la troisième génération se fasse appeler papa et maman.

Natalité/fécondité: La natalité est l'étude du nombre de naissances au sein d'une population. Il ne faut pas la confondre avec la fécondité qui est l'étude du nombre des naissances par femme en âge de procréer.

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