Le gendarme a été exposé à l'amiante lors d'une perquisition au siège d'Eternit.
Le gendarme a été exposé à l'amiante lors d'une perquisition au siège d'Eternit. - JEAN-PIERRE MULLER / AFP

Son travail consistait à enquêter sur le scandale de l’amiante. Il a fini par en tomber malade. Selon nos informations, un gendarme de 45 ans a été dédommagé par le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante (Fiva) après avoir été exposé à la fibre blanche cancérigène dans le cadre de ses fonctions. Une première en France.

Membre du prestigieux Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), ce gendarme a développé un épaississement de la plèvre après avoir mené une perquisition au siège de la société Eternit à Vernouillet (Yvelines), alors qu’il enquêtait sur le scandale sanitaire de l’amiante.

Les fibres d’amiante peuvent entraîner des maladies 15 à 40 ans après avoir été inhalées.
CHARLY TRIBALLEAU/AFP


« Le Fiva lui a reconnu un taux d’incapacité de 8 %, explique Romain Bouvet, l’un de ses avocats. En conséquence, il a reçu une indemnisation de 27.000 euros et s’est vu attribuer une rente viagère de 780 euros par an. » La décision date du 10 août 2015. Elle a été acceptée par le plaignant en fin d’année et le versement, effectué. Ces informations ont été confirmées à 20 Minutes par une source proche du dossier.

Des étagères bâties en fibres d’amiante

« Cette indemnisation est justifiée, abonde Michel Ledoux, son autre avocat. Sa maladie risque de s’aggraver avec le temps. » Les études scientifiques montrent, en effet, que les fibres d’amiante peuvent engendrer des maladies respiratoires et des cancers entre 15 et 40 ans après l’exposition.

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Celle de ce gendarme date de 2006. Toujours en poste au sein de la gendarmerie, il n’a pas souhaité témoigner auprès de 20 Minutes. Mais Gérard*, un de ses collègues, a accepté de raconter la journée de travail au cours de laquelle ils ont, tous les deux, respiré la fibre cancérigène.

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« C’était en avril 2006. Nous avons été envoyés au siège d’Eternit pour une perquisition. Nous avons fouillé les archives pleines de poussières. Ce n’est qu’après plusieurs heures que nous nous sommes rendu compte que les étagères étaient, en fait, bâties en fibres d’amiante. Elles volaient partout dans la pièce… »

« Un chien de chasse coincé dans un terrier »

Après avoir « décroché », les gendarmes ont donc fait un rapport. « Eternit a été obligé de désamianter son propre siège social, poursuit Romain Bouvet. La gendarmerie a, par la suite, confirmé l’exposition à l’amiante subie par ses hommes. »

Dans cette affaire, Gérard regrette surtout que sa hiérarchie n’ait pas pris les précautions nécessaires. « J’ai travaillé à l’Oclaesp jusqu’en 2009 et je n’ai jamais vu la couleur d’un masque de protection. J’ai l’impression d’avoir été un chien de chasse coincé dans le terrier de sa proie. »

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Contrairement à son collègue, Gérard n’a pas développé de maladie. « Pas encore, redoute-t-il. Mais rien ne dit que cela ne va pas m’arriver à l’avenir. » Pour cette raison, il a déposé un recours devant le tribunal administratif de Melun (Seine-et-Marne) afin de faire reconnaître son préjudice d’anxiété. Celui-ci devrait être examiné cette année. Selon un rapport du Sénat, l’amiante, interdite en 1997, pourrait causer la mort de 100.000 personnes d’ici à 2025. Contactée par 20 Minutes, la gendarmerie nationale n'a pas souhaité faire de commentaires sur cette affaire.

* Le prénom a été changé

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