Raphaël Saint-Vincent, chargé de la prévention du risque terroriste au sein de l'Union des sociétés d'éducation physique et de préparation militaire (USEPPM) et co-auteur de l'ouvrage "Vivre avec la menace terroriste" (éditions Eyrolles).
Raphaël Saint-Vincent, chargé de la prévention du risque terroriste au sein de l'Union des sociétés d'éducation physique et de préparation militaire (USEPPM) et co-auteur de l'ouvrage "Vivre avec la menace terroriste" (éditions Eyrolles). - V. POINT/20 MINUTES

Après une année marquée par les attentats, chacun s’attend à ce qu’une nouvelle attaque se produise. Et à se retrouver, peut-être, au mauvais endroit au mauvais moment. Mais que faire dans ce cas-là ? C’est à cette question que répond l’ouvrage Vivre avec la menace terroriste (éditions Eyrolles). Rencontre avec Raphaël Saint-Vincent, l’un de ses auteurs, par ailleurs chargé de la prévention du risque terroriste au sein de l’Union des sociétés d’éducation physique et de préparation militaire (USEPPM).

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Comment est né ce livre ?

Après les attentats du 13 novembre, mon frère Olivier et moi-même redoutions le « sur-attentat » comme il pouvait se produire au milieu des années 1990 en Algérie. Nous l’avons oublié mais à cette époque, les islamistes du GIA attendaient les funérailles des personnes qu’ils avaient assassinées pour commettre un nouvel attentat. Dès le 15 novembre, nous avons rédigé à l’attention de nos proches une liste des bonnes pratiques à adopter en cas d’attaque. Les réactions que nous avons eues nous ont incités à retravailler cette liste pour la transformer en ouvrage destiné à tous.

Les secours racontent comment ils ont vécu les attentats à Charlie et à l’Hyper Cacher

En préambule, vous dites qu’« il ne faut pas avoir peur », sans doute le slogan de l’année 2015. Mais comment y parvenir ?

Quand on questionne les citoyens sur les attentats, nombre d’entre eux se réfugient derrière le « causalisme » : ils répondent que l’armée française frappe en Syrie et qu’il est donc normal qu’il y ait des répliques en France. Mais ce lien ne justifie pas la manière dont les meurtres ont été commis sur le sol français. Il ne doit pas non plus dispenser les citoyens de parler des attentats, de décrire la manière dont ils les ont vécus. La meilleure façon de combattre sa peur est de l’affronter en en parlant. Il est ensuite nécessaire de modifier certaines de ses habitudes et d’acquérir quelques réflexes.

Lesquels ?

Grâce aux décisions du gouvernement et au travail des services de police, de gendarmerie et des renseignements, de nombreux attentats ont été déjoués cette année. Mais l’Etat ne peut pas mettre un policier derrière chaque citoyen. Il appartient à chacun de ne pas donner l’envie ou l’idée à un illuminé de commettre un acte terroriste. Je ne dis pas qu’il ne faut plus aller en terrasse ou à un concert. Mais il est opportun de penser à l’endroit où l’on va se placer. De même, il faut réfléchir avant de se rendre dans des lieux bondés, surtout s’ils sont un symbole du capitalisme. Plus largement, les gens doivent se réveiller : quand ils sont dans l’espace public, ils doivent être « présents » et ne pas se laisser abrutir, par exemple par la consultation de leurs smartphones. S’il est bon d’être ouvert d’esprit, il est également bon d’avoir l’esprit ouvert, c’est-à-dire d’être attentif à son environnement.

Au risque de devenir complètement paranoïaque…

Il y a une différence entre la paranoïa et la vigilance. Le 21 août dernier, ce sont des citoyens lambda qui ont désarmé El Khazzani dans un Thalys. Sans leur vigilance, un carnage aurait été commis. Il faut que nous devenions collectivement plus vigilants.

Vous dites que tout le monde devrait maîtriser la technique du « placage au sol ». En quoi consiste-t-elle ?

Il s’agit de passer, en cas d’attaque, de la position debout à la position couchée, sans chuter vers l’avant mais en faisant en sorte que nos mains prennent la place de nos pieds. Il faut également veiller à relever l’un des genoux pour protéger les parties génitales et à tourner le visage pour ne pas se casser le nez ou les dents. Surtout, une fois que vous êtes allongé, vous ne devez plus bouger.

Face à une arme de type Kalachnikov, où faut-il s’abriter ?

En intérieur : derrière un mur porteur ou un poteau métallique. Dans la rue : derrière la roue avant d’une voiture – seuls le moteur et l’essieu peuvent arrêter ce type de balles. Ce qui laisse peu d’option. Le mieux est de se coucher et de rester allongé. On ne le dit pas assez mais il est très difficile de tirer sur une personne couchée, à moins d’être surentraîné ce qui n’est pas le cas des terroristes qui ont frappé ou tenté de frapper la France.

Se coucher, ne pas bouger, n’est-ce pas ce que font instinctivement les victimes d’attentats ?

Le 13 novembre, de nombreux impliqués ont eu ces réflexes. Mais certains ont été victimes d’un « état de stress dépassé » : ils sont restés cloués sur place. Il n’existe pas de recette infaillible pour prévenir à 100 % ce stress négatif, ni pour survivre à un attentat. Mais acquérir certaines techniques permet d’accroître ses chances de survie. Ce qui est déjà pas mal.

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