L'entrée de l’hôpital George Pompidou à Paris le 7 novembre dernier.
L'entrée de l’hôpital George Pompidou à Paris le 7 novembre dernier. - THOMAS SAMSON / AFP

Lundi 14 décembre, Jean-Louis Megnien, cardiologue de renom de l’hôpital européen Georges-Pompidou, a repris le travail après un long arrêt maladie. Trois jours après, ses collègues ont appris sa mort, le praticien s’est jeté par la fenêtre du 7e étage de l’établissement.

Passés le deuil et le choc, plusieurs voix se sont élevées dans les rangs du personnel hospitalier pour dénoncer le harcèlement généralisé qui règne dans les couloirs de ce paquebot médical.

« Il a vécu l’enfer »

Libératon a enquêté au sein de l’hôpital et les témoignages sont accablants : « Jean-Louis Megnien n’était pas un être fragile, mais depuis deux ans, voire trois ans, il a vécu l’enfer dans son service », écrit un proche du cardiologue.

Le quotidien raconte les humiliations, les déceptions : « Le Dr Jean-Louis Megnien avait rejoint l’hôpital Pompidou dès la création, en 2001, de ce service de médecine préventive cardio-vasculaire. L’homme est brillant, féru d’informatique et d’enseignement. En 2011, il est nommé agrégé, à près de 50 ans, tardivement donc. Pour tout le monde, s’il est enfin nommé, c’est qu’il va prendre la suite du chef de service ». Or la promotion n’arrive jamais et certains accusent la direction de favoriser ses « pions ».

Le temps passe, le Dr Jean-Louis Megnien finit par être arrêté puis hospitalisé pendant neuf mois. Lorsqu’il retrouve ses collègues le 14 décembre dernier, la serrure de son bureau a été changée. « Quand je le vois, il est vraiment mal (…) Il me dit que le personnel a reçu la consigne de ne pas lui parler », publie Libération, citant un de ses collègues.

Rendre des comptes

Une semaine après l’annonce du décès de son collègue, le chef de service de psychiatrie à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris, le Pr Bernard Granger, estimait par ailleurs que le directeur général de l’AP-HP Martin Hirsch aura « sans doute » à « rendre des comptes ».

Dans une lettre adressée à M. Hirsch, rendue publique par son auteur, membre de la Commission médicale d’établissement (CME), le Pr Granger estime que « la complexité d’un acte suicidaire sur le lieu de travail » ne doit pas être « un prétexte pour occulter la façon dont ce collègue a été objectivement maltraité ».

Un mail envoyé pour prévenir la direction

Le Pr Granger fait notamment état d’un mail envoyé par un collègue du cardiologue il y a plus d’un an et resté sans réponse, selon lui, mettant en garde contre le « risque suicidaire » de ce médecin, qui s’est jeté jeudi dernier par une fenêtre de l’hôpital Pompidou.

Affirmant que la maltraitance venait « de ses pairs et de l’administration », il ajoute : « Ces médecins et vos subordonnés auront des comptes à rendre. Vous aussi sans doute. » « Le devoir du directeur général est de protéger ses personnels, et sauf à vous rendre complice de cette maltraitance, il vous appartient de prendre les décisions qui s’imposent pour préserver ceux qui se plaignent d’en être victimes », poursuit-il, évoquant des « luttes claniques » au sein de l’hôpital Pompidou.

Ouverture d’une enquête de police

Interrogée par l’AFP, la direction de l’AP-HP n’a pas souhaité réagir à ce courrier. Un CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) extraordinaire s’est tenu le lendemain en présence de M. Hirsch, qui avait annoncé « la saisine » de la commission d’analyse des suicides.

M. Hirsch a adressé mercredi un courrier au personnel leur annonçant, entre autres, le lancement d’une deuxième commission, composée de trois personnalités « extérieures à l’hôpital, pour procéder à une mise à plat des sujets conflictuels dans l’établissement, des problématiques mal résolues, de tous les éléments de contexte d’un hôpital qui a connu plusieurs crises au cours des dernières années ». Le directeur précise que leur mission se déroulera en janvier et février. Parallèlement, une enquête de police est en cours, précise M. Hirsch.

 

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