Nanterre (Hauts-de-Seine). Des malades ayant pris du Médiator réclament d'être indemnisés pour leur préjudice d'anxiété.
Nanterre (Hauts-de-Seine). Des malades ayant pris du Médiator réclament d'être indemnisés pour leur préjudice d'anxiété. - FRED TANNEAU / AFP

« C’est une épée de Damoclès au-dessus de leur tête… », imagine Charles-Joseph Oudin, l’un de leurs avocats. Quarante-cinq patients ayant pris du Médiator vont réclamer, ce mardi devant la chambre des référés du tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine), que les laboratoires Servier indemnisent leur « préjudice d’anxiété ». Selon nos informations, chacun de ces plaignants réclame 15.000 euros.

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Ils ne sont pas malades. Mais angoissés à l’idée de le devenir. « Ils savent qu’ils ont pris un produit nocif qui peut entraîner, à l’avenir, une maladie mortelle », justifie Charles-Joseph Oudin. Prescrit comme un coupe-faim pendant des années, le Médiator a été retiré de la vente en 2009 après l’apparition, chez plusieurs patients sous traitement, de valvulopathies cardiaques ou encore d’hypertension artérielle pulmonaire. Selon une expertise, ce scandale sanitaire pourrait conduire à la mort de 2.100 Français sur les 5 millions ayant pris ce médicament.

Ils doivent passer des examens pour s’assurer qu’ils n’ont rien…

« Ce sont des gens, souvent âgés, et très angoissés, détaille à 20 Minutes Martine Verdier, une autre avocate qui les défend. Pour certains, nous disposons même de certificats médicaux attestant de l’angoisse qu’ils vivent à cause de cette affaire. » Notamment utilisé dans les procès civils de l’amiante, le préjudice d’anxiété a été défini par la Cour de cassation en 2010 comme « une situation d’inquiétude permanente face au risque de déclaration, à tout moment, d’une maladie ». Selon Charles-Joseph Oudin, cela correspond donc parfaitement à la situation de ses clients qui « doivent fréquemment passer des examens médicaux pour s’assurer qu’ils n’ont pas développé de maladie liée au Médiator ».

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« S’ils avaient dû développer une maladie, ils l’auraient déjà fait »

Contactée par 20 Minutes, lundi, Nathalie Carrère, l’avocate des laboratoires Servier, explique qu’elle va demander que les patients soient déboutés en raison de la prescription des faits. « Le Médiator a été retiré de la vente en 2009. Compte tenu du délai écoulé, nous pensons que si ces personnes avaient dû développer une maladie, ils l’auraient déjà fait ! »

Pour les laboratoires au cœur du scandale sanitaire, l’enjeu est énorme. Si le tribunal de Nanterre donnait raison aux quarante-cinq premiers patients à lui réclamer justice, Servier pourrait s’attendre à devoir indemniser les Français ayant pris, durant plus de trois mois, du Médiator. « Pour nous, il y a un vrai risque de condamnation en cascade », avoue Nathalie Carrère. La décision devrait être mise en délibéré.

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