Homme chez le barbier (illustration).
Homme chez le barbier (illustration). - PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP

Peut-on être barbu sans être djihadiste ? Aussi stupide qu’elle paraisse, la question semble ne pas susciter de réponse claire pour tout le monde, à en croire les principaux intéressés. Surtout depuis le vendredi 13 et les attentats qui ont frappé Paris et Saint-Denis.

Les assaillants identifiés au cours de l’enquête ont beau ne pas porter la barbe eux-mêmes, cet attribut semble en effet devenu, pour certains, un symbole de l’islamisme radical, au même titre que le voile. Et tant pis s’il n’a rien de religieux et qu’il est devenu tendance ces dernières années dans toutes les couches de la population…

Les barbus de tout poil sont formels : comme après les attentats de janvier, leur système pileux semble, depuis une dizaine de jours, de nouveau irriter la sensibilité de certaines personnes. Parfois, cela se traduit par de simples conseils de proches inquiets à l’idée que leur ami au look zztopien se fasse agresser par des islamophobes peu mélomanes. Comme Alexandre, 22 ans, qui habite entre Bordeaux (Gironde) et Santander, en Espagne, et dont la famille et les amis « n’ont pas envie [qu’il] prenne le risque d’être assimilé à un terroriste ». Il peut aussi s’agir de blagues, plus ou moins lourdes, selon Bastien Gaillardon, l’administrateur de la page Facebook Barbu et fier, qui les a recensées : « “Tu pars en Syrie ?”, “Tu te convertis ?”, “Tu caches une kalachnikov ?” »…

Vers la discrimination et au-delà

Stefan, 28 ans, en entend à longueur de journée à Belfort (Territoire de Belfort). « On a l’impression qu’après le point Godwin, on atteint désormais le point djihad, regrette-t-il. Et encore, moi je suis de type caucasien, j’imagine ceux qui ont un visage plus mat… » C’est le cas de Zack, un Strasbourgeois de 20 ans, d’origine maghrébine et musulman pratiquant. « Sur moi, la barbe fait plus salafiste que hipster », plaisante-t-il. Depuis dix jours, il assure que les moqueries à son sujet se sont multipliées. « Mais il y a sûrement des gens qui pensent vraiment ce que mes proches peuvent dire sur le ton de la blague », confie-t-il. Ce qui peut poser problème sur un plan professionnel quand on cherche du travail, comme Zack.

Un fantasme ? Certains témoignages donnent pourtant du crédit à la thèse de la barbophobie ambiante.

Même son de cloche à l’antenne de Beur FM, où un auditeur a raconté ses trajets en métro.

Un poil d’audace, et on prononcerait même l’expression « délit de faciès ». « Le soir des attentats du 13 novembre, un membre de la communauté Barbu et fier a voulu se recueillir dans une cathédrale à Paris, raconte Bastien. Le seul sac qui a été fouillé, c’était le sien. Et quand il en a demandé la raison à l’agent de sécurité, il lui a répondu “j’ai des ordres”. » Une anecdote qui rappelle celle de @Le_M__, sur Twitter.


Ou encore celle-ci, racontée sur Beur FM.

La fondatrice de La Barbière de Paris, Sarah Daniel-Hamizi, assure de son côté que le travail de ses barbiers s’est accru depuis les attentats. Mais attention, pas un de ses clients n’a demandé un rasage intégral, prévient-elle : « Pour eux, la barbe, c’est super-important. J’en connais même qui cauchemardent et s’imaginent rasés de près. » Non, si ses clients viennent la voir plus fréquemment, « c’est pour couper un peu ». « Ils veulent surtout ne pas paraître négligés pour ne pas être suspects », explique-t-elle. Ainsi, Fabien, 32 ans, l’un de ses clients, a-t-il décidé de « couper un ou deux centimètres, en partie à cause des remarques » qu’il subit.

Les autres ont, semble-t-il, décidé de mener une cyberguerre à tous crins.

Et si tout ça ne marche pas, amis barbus, vous pourrez toujours tenter les paillettes, pour émouvoir vos voisins de métro.

Ou, mieux, rappeler que les combattants anti-Daesh ont, parfois, également la barbe fournie.

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